Bombardier et Embraer : c'est la guerre!

Gilles Des Roberts
2016-11-24 14:15:00

Embraer a embauché au début de novembre Gar Knutson, qui est le conseil du cabinet Borden Ladner Gervais (BLG) à Ottawa. Le mandat confié à l’avocat est énoncé (volontairement ?) plutôt vaguement : défendre auprès du gouvernement du Canada le besoin d'harmoniser ses règles de l'industrie aérospatiale.
En clair, Me Knutson doit s’assurer que Bombardier n’aura pas ce qu’il désire, soit l’équivalent du milliard de dollars en capital qu’a obtenu l’entreprise du gouvernement du Québec pour soutenir la fabrication et la commercialisation de ses appareils C Serie.
Et ce dernier a de bonnes cartes en main pour faire passer ce message. Gar Knutson a une feuille de route libérale impeccable. Il a été successivement député libéral, secrétaire d’état sous le règne de Jean Chrétien et ministre d’État au commerce international dans le gouvernement de Paul Martin. On lui reconnaît aussi une maîtrise des dossiers complexes de commerce international et il compense sa personnalité plutôt discrète par une préparation minutieuse de ses dossiers.
Depuis son départ de la politique active en 2004, Gar Knutson a défendu 117 dossiers de lobbying auprès de décideurs du gouvernement fédéral. Il semble d’ailleurs avoir une affinité pour les dossiers planants car, en plus d’ouvrir des portes pour Embraer, il est le conseiller de longue date de Sundial Growers, un important producteur de cannabis médicinal albertain.

Dans le coin gauche, on trouve Bombardier Aéronautique dont le président Alain Bellemare multiplie les rencontres avec les décideurs politiques fédéraux pour obtenir l’autre milliard de dollars qui, assure-t-il, est nécessaire à la survie de la série C.
Il doit toutefois se livrer à une véritable course à obstacles pour convaincre les élus, ministres et hauts fonctionnaires du bien-fondé de sa demande. D’abord, il ne peut plus jouer la carte de la création d’emploi avec ses annonces successives de licenciements qui dépassent maintenant 7 500 postes. Selon les informations recueillies, M. Bellemare a également de la difficulté à faire passer son message sur la contribution de Bombardier à l’innovation technologique canadienne.
Il compense toutefois ce manque d’arguments massues par une ténacité remarquable dans ses rapports avec l’état canadien. Depuis sa nomination en février 2015, le président et chef de la direction de Bombardier est entré 367 fois en contact avec des hauts fonctionnaires et des élus canadiens.
Au cours des six derniers mois, l’ingénieur de 55 ans a eu 36 rencontres et communications avec le fédéral. Un de ses interlocuteurs privilégié est Mathieu Bouchard, le conseiller principal du premier-ministre Justin Trudeau avec lequel il a tenu sept rencontres depuis le mois de juin. M. Bouchard, qui est avocat et ancien associé de la firme Irving, Mitchell, Kalichman, a la réputation dans les cercles politiques d’être la personne qui a le plus d’influence auprès de M. Trudeau, particulièrement pour les dossiers qui touchent le Québec.
C’est d’ailleurs dans la Belle province que Bombardier a fait son plus beau coup de lobbying en convaincant le gouvernement d’acheter une participation de 49,5 % dans la société en commandite Avions C series. Il faut dire qu’avec 39 lobbyistes inscrits, l’équipementier a un bon réseau d’influence!