Charest responsable du cafouillage autour de Bastarache?
La Presse Canadienne
2010-06-15 18:11:00
Plutôt que de mandater lui-même la commission dans la précipitation, M. Charest aurait dû s'en remettre à sa ministre de la Justice, Kathleen Weil, qui aurait elle-même pu confier cette tâche à un responsable indépendant comme le vérificateur général, a répété Mme Hivon, porte-parole en matière de justice.
"Jean Charest a un sérieux problème sur les bras, a-t-elle dit. Malgré nos avertissements, il a choisi d'être juge et partie et de mettre en place cette commission même s'il est au coeur des allégations et qu'il va être un des deux principaux témoins entendus."
L'ancien ministre Marc Bellemare, dont les allégations de trafic d'influence dans la nomination des juges ont mené M. Charest à mandater l'enquête publique, a déclaré lundi qu'il contesterait toute assignation à comparaître devant l'ex-juge à la Cour suprême du Canada, Michel Bastarache.
Dans une déclaration médiatique retentissante, M. Bellemare a soutenu que M. Bastarache manquait d'indépendance face à M. Charest, notamment parce que l'ancien magistrat travaille maintenant pour Heenan Blaikie, un cabinet d'avocats proche du gouvernement.
Lors d'un point de presse à Montréal, la ministre du Développement durable, Line Beauchamp, a défendu la crédibilité et l'indépendance de M. Bastarache et invité M. Bellemare à participer à la commission.
"On l'invite à se présenter devant la commission, a-t-elle dit. On a mis une commission en place, présidée par un ancien juge à la Cour suprême, c'est un processus important et crédible."
Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a affirmé mardi que l'enquête publique était mal engagée parce que M. Charest a tenté de confier un mandat trop étroit à M. Bastarache, plutôt que de lui demander d'examiner l'emprise que le secteur privé exerce sur les décisions publiques par l'intermédiaire du financement politique.
"Tout ce cafouillage, c'est le résultat de son indécision à lancer une commission d'enquête publique plus large", a-t-il dit.
M. Khadir a d'ailleurs prévenu M. Bastarache qu'il commettrait une erreur en faisant la sourde oreille à la dimension politique qui a mené M. Charest à lui confier la responsabilité d'enquêter.
"S'il continue à insister pour dire que sa commission n'est qu'administrative ou judiciaire, on a un problème, a-t-il dit. Cette commission, en fait, c'est une partie du tribunal, du procès que les gens veulent avoir pour juger de l'ensemble du tableau."
La leader parlementaire adéquiste, Sylvie Roy, a elle aussi dénoncé l'improvisation dont M. Charest a fait preuve, lorsqu'il a mandaté M. Bastarache, en avril dernier, au lendemain d'une sortie médiatique de M. Bellemare.
"La façon dont on a appelé cette commission d'enquête, ça mène au cafouillage qu'on va connaître", a-t-elle dit.
Selon Mme Roy, si M. Bellemare décide de contester devant les tribunaux une éventuelle assignation à comparaître, ce serait rien de moins que le début du procès de l'enquête publique.
"Ce n'est pas nécessairement très chic, a-t-elle dit. Parce qu'il va essayer de la discréditer."
Dans des déclarations fracassantes aux médias, M. Bellemare a affirmé en avril dernier qu'il s'était plaint à plusieurs reprises à M. Charest d'avoir subi des pressions de collecteurs de fonds du Parti libéral du Québec au moment où il devait nommer des juges.
Ces propos ont été démentis par M. Charest qui, en plus de mandater M. Bastarache, a intenté une poursuite de 700 000 $ en diffamation contre son ancien ministre.