Comment la criminologie peut-elle éclairer la défense criminelle?
Une avocate de la défense mise sur une approche qui tient compte autant du dossier que de la personne derrière l’accusation. Entrevue.

D’abord attirée par la criminologie, Me Anne-Sophie Dagenais s’est progressivement tournée vers le droit criminel, un domaine qui lui permet de conjuguer ses intérêts pour les réalités humaines derrière les infractions et pour les enjeux juridiques qui les entourent.
Aujourd’hui avocate de la défense, elle met à profit un parcours diversifié, marqué par des expériences en enquête, à la Couronne et en défense. Une trajectoire qui lui permet d’aborder ses dossiers avec une compréhension plus large du système judiciaire, mais aussi une attention particulière au parcours des personnes qu’elle représente.
Cette perspective, elle la doit en grande partie à sa formation initiale en criminologie. Celle-ci l’amène notamment à s’intéresser à la personne derrière l’accusation, à son histoire et aux facteurs qui peuvent avoir contribué à sa situation.
« La criminologie amène une approche beaucoup plus humaine au droit criminel », souligne-t-elle en entrevue avec Droit-inc.
Mais comment cette approche se traduit-elle concrètement dans sa pratique? Rencontre.
Vous avez d’abord étudié en criminologie avant de vous tourner vers le droit. Qu’est-ce que cette formation vous apporte aujourd’hui dans votre pratique comme avocate de la défense?
Je pense que le facteur le plus important, c’est que la criminologie amène une approche beaucoup plus humaine au droit criminel. Elle permet d’avoir un regard différent sur la personne accusée, de comprendre davantage son parcours et les facteurs criminogènes qui ont pu mener à l’infraction. Dans ma pratique, je mise beaucoup sur la réhabilitation et la réinsertion sociale. Lorsque j’analyse un dossier ou que je négocie avec la Couronne, je cherche à apporter cet aspect-là, à expliquer la situation de mon client et à comprendre son profil.
Je ne veux pas uniquement regarder les droits et les aspects juridiques du dossier. Je veux aussi orienter mon client vers certaines démarches qui peuvent l’aider, parce qu’au bout du compte, mon objectif est qu’il ne récidive pas. Ça permet d’avoir une approche beaucoup plus humaine et individualisée.
Vous avez également travaillé du côté de la Couronne. Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté?
C’était une expérience extrêmement enrichissante, parce que j’ai pu voir l’autre côté et comprendre davantage le travail des procureurs, les procédures et leur fonctionnement à l’interne.
Aujourd’hui, je trouve que c’est vraiment bénéfique d’avoir vu les deux côtés. Je me sens à ma place en défense, mais le fait d’avoir travaillé à la Couronne me donne une vision plus globale du système judiciaire.
Cette double expérience influence-t-elle votre façon de défendre vos clients?
Elle me permet de mieux comprendre les différents aspects du système judiciaire et de ne pas avoir une approche uniquement centrée sur la défense ou sur la Couronne.
À la défense, on n’est pas là pour cautionner les gestes qui ont été posés. Il faut aussi tenir compte de la gravité de l’infraction, du profil du client et de ce qui est approprié dans le dossier.
Lorsque les versions sont contradictoires, par exemple, il faut être capable de prendre en compte à la fois la version du plaignant et celle de mon client afin d’apporter un éclairage plus complet sur la situation.
Comment établissez-vous une relation de confiance avec vos clients?
Ce qui revient souvent dans leurs commentaires, c’est qu’ils ne se sentent pas jugés. Je veux comprendre leur histoire, leur parcours et leur profil.
Il existe une multitude de situations et de parcours différents. Les clients viennent de milieux très variés, et les facteurs criminogènes peuvent être complètement différents d’une personne à l’autre.
Lorsque je peux mieux comprendre leur situation et les guider en fonction de leurs problématiques, ils sentent qu’ils sont pris en charge de façon plus individualisée.
Vous accordez beaucoup d’importance à la réhabilitation. Comment les accompagnez-vous concrètement dans cette démarche?
Après avoir étudié la preuve et entendu leur version des faits, j’essaie de comprendre les facteurs criminogènes qui ont pu les mener à cette situation, ainsi que les problématiques auxquelles ils sont confrontés. Par exemple, lorsqu’une dépendance joue un rôle dans les difficultés vécues, je vais les orienter vers les ressources appropriées pour les aider à travailler sur cette problématique et, ultimement, à réduire les risques de récidive.
Mais il faut aussi que la personne veuille réellement être aidée. Même si elle entreprend une démarche uniquement pour les besoins de son dossier, si elle ne souhaite pas véritablement changer, le problème risque de revenir une fois le dossier terminé.
Je veux donc leur faire comprendre qu’une démarche de réhabilitation n’est pas seulement bénéfique pour leur dossier. Elle est d’abord bénéfique pour eux.
Et lorsqu’un client doit témoigner, comment le préparez-vous?
La préparation du témoignage dépend beaucoup de la personnalité du client et de ses problématiques. Il faut l’aider à expliquer sa vision des choses de la façon la plus représentative possible de sa personnalité, de son parcours et de sa version des faits.
Lorsqu’on reçoit un dossier, on a souvent d’abord la version de la Couronne. Le témoignage du client est donc l’occasion de présenter une autre vision du dossier et d’expliquer sa réalité.
Je mise beaucoup sur la personne qui se trouve devant moi, sur son histoire et sur la façon dont elle peut expliquer sa perception de l’événement.
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