Comment trouver sa voie grâce aux expériences étudiantes?

Comment trouver sa voie grâce aux expériences étudiantes?
Sonia Semere

Sonia Semere

2026-08-18 15:00:06

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Une jeune avocate nous explique comment les expériences accumulées pendant ses études lui ont permis de trouver sa voie en droit de l'immigration.


Victoire Letenneur - sourcce : LinkedIn

Comment les expériences professionnelles acquises pendant les études peuvent jouer un rôle déterminant dans les premiers pas d'une carrière juridique? Emplois étudiants, stages, bénévolat ou expériences en milieu gouvernemental : chacune permet de développer des compétences qui dépassent largement les connaissances acquises sur les bancs d'école.

Pour Me Victoire Letenneur, aujourd'hui avocate en droit de l'immigration chez Immétis, ces expériences ont non seulement confirmé son intérêt pour cette pratique, mais ont aussi façonné sa manière d'accompagner les clients.

En entrevue pour Droit-inc, elle revient sur son parcours et explique comment chaque étape l'a préparée à exercer dans un domaine où les compétences juridiques et humaines sont indissociables.

Vous avez multiplié les expériences pendant vos études. Était-ce une stratégie pour explorer différentes facettes du droit ou des occasions qui se sont présentées?

J'ai fait deux baccalauréats, donc la réalité était très différente d'un programme à l'autre. Mon premier baccalauréat était en relations internationales. À cette époque, j'avais davantage de temps et j'ai travaillé pendant plus de deux ans à la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), tout en poursuivant mes études.

Lorsque je suis entrée au baccalauréat en droit, la charge de travail était beaucoup plus importante. Nous avions six cours par session, ce qui est très exigeant. J'avais donc moins de temps pour travailler durant l'année, mais chaque été, je cherchais des occasions d'acquérir de l'expérience. Je suis quelqu'un de très pratique. J'aime apprendre en faisant. Même si j'aime les études, j'ai toujours préféré la pratique. J'ai donc saisi toutes les occasions qui se présentaient.

Mon expérience à la RAMQ m'a ensuite permis d'intégrer le ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration (MIFI), où j'ai eu un premier véritable contact avec le domaine de l'immigration.

Au début de mon baccalauréat en droit, je pensais plutôt m'orienter vers le droit international. J'ai donc effectué un stage au Bureau international des droits des enfants. Cette expérience s'est déroulée pendant mes études et représentait une charge de travail importante : environ vingt heures par semaine de stage, en plus de mes six cours universitaires. C'était très intense. Par la suite, j'ai ralenti un peu, mais j'ai toujours essayé de profiter de toutes les occasions d'apprendre.

À quel moment avez-vous compris que le droit de l'immigration était le domaine qui vous convenait?

En réalité, mon intérêt pour l'immigration remonte à bien avant mes études. Mes parents sont arrivés de France au Québec au début des années 1990 et se sont établis à Québec. J'ai grandi dans un environnement très multiculturel. J'ai fréquenté le Collège Stanislas, un établissement qui accueillait des élèves provenant de nombreux pays. J'ai donc toujours été entourée de personnes ayant un parcours migratoire.

Mon premier véritable contact avec le droit de l'immigration s'est toutefois fait à la RAMQ. Lorsqu'une personne arrive au Québec avec un permis de travail ou d'études, l'une des premières démarches consiste à obtenir sa couverture d'assurance maladie. Nous étions souvent le premier service public avec lequel ces personnes entraient en contact. Certaines arrivaient directement de l'aéroport pour venir nous rencontrer. Nous étions véritablement en première ligne.


À partir de ce moment-là, une porte s'est ouverte. J'ai ensuite travaillé au MIFI, où j'ai effectué davantage de recherche dans un contexte économique, puis chez Desjardins, où j'ai réellement pratiqué le droit de l'immigration. Le service d'immigration était offert aux employés comme avantage social. C'est là que j'ai eu un véritable coup de cœur pour cette pratique. J'ai compris que le droit pouvait être un outil extrêmement concret pour accompagner les gens dans leurs projets de vie. Bien sûr, il arrive parfois d'annoncer de mauvaises nouvelles, mais la plupart du temps, nous aidions les employés et leur famille à réaliser un projet important.

Par la suite, en pratique privée, j'ai pu accompagner une clientèle très diversifiée : des entreprises, mais aussi des particuliers, des familles et des personnes provenant de partout dans le monde. C'est vraiment cet ensemble d'expériences qui m'a menée vers le droit de l'immigration.

Durant vos études, comment avez-vous appris à conjuguer les aspects juridiques et humains de la profession?

L'aspect humain est fondamental en droit de l'immigration, parce que nous entrons directement dans la vie des gens. Nous devons parfois poser des questions très personnelles. C'est une pratique qui exige beaucoup de délicatesse. Il est important d'être accessible, tout en conservant une certaine neutralité professionnelle. Les clients doivent sentir qu'ils sont écoutés.

Il y a presque une dimension psychologique dans cette relation. Je ne pense pas que cet aspect puisse réellement s'apprendre dans un cours. Durant mes deux baccalauréats, je n'ai d'ailleurs suivi aucun cours spécifiquement consacré au droit de l'immigration. Le baccalauréat en droit fournit une base juridique solide, mais le droit de l'immigration évolue constamment. Les règles changent rapidement et il faut continuellement se tenir à jour. La curiosité est donc essentielle.

Par ailleurs, cette branche du droit est étroitement liée à la politique. Ayant étudié les relations internationales, cet aspect m'intéressait particulièrement. Les changements politiques influencent directement l'évolution du droit de l'immigration. Sur le plan humain, je pense que mes apprentissages ont commencé bien avant l'université. Au cégep, j'ai participé à des stages communautaires au Pérou et au Guatemala.

Ces expériences m'ont amenée à sortir de ma zone de confort et à vivre auprès de communautés très différentes de la mienne. Le bénévolat a également joué un rôle important. À partir de 2022, j'ai commencé à faire du bénévolat à la Clinique juridique de Saint-Michel. J'y ai rencontré des personnes provenant de milieux très variés. Ce n'étaient pas uniquement des personnes en situation de précarité, mais aussi des gens qui n'avaient tout simplement pas les moyens de consulter un avocat.

Ces rencontres m'ont beaucoup appris. J'ai toujours eu une certaine facilité à créer un lien avec les gens. Cela m'a permis d'aborder les dossiers dans une perspective de personne à personne plutôt que de future avocate face à un client.

Y a-t-il un moment ou un dossier qui vous a particulièrement marquée durant votre expérience à la clinique juridique?

Un couple est venu nous consulter parce que le conjoint faisait face à des accusations liées à de la pornographie juvénile. C'est évidemment un sujet extrêmement sensible. Plusieurs bénévoles étaient mal à l'aise à l'idée de prendre ce dossier. En plus, cette personne semblait vivre d'importantes difficultés psychologiques. Elle croyait notamment être suivie par la police et par le FBI. Nous étions donc confrontés à une situation très complexe, autant sur le plan juridique qu'humain.

J'ai finalement accepté de prendre le dossier. Cette expérience m'a permis de constater que j'étais capable de faire la part des choses malgré la charge émotionnelle. Mon rôle consistait à expliquer le droit applicable, notamment les pouvoirs d'enquête de la police et les limites prévues par la loi.

En revanche, nous ne pouvions pas intervenir sur le plan psychologique, puisque nous n'avions pas la formation nécessaire. Cette expérience m'a beaucoup appris sur mes propres limites. Chaque personne possède des sujets qui la touchent davantage. Il est important de se connaître et de réfléchir aux types de dossiers que l'on est capable de gérer sans compromettre son équilibre personnel.

Je pense d'ailleurs que cette réflexion influence souvent le choix du domaine de pratique d'un juriste. Il faut se demander jusqu'où l'on est prêt à aller et si l'on est capable de laisser certains dossiers au bureau lorsqu'on rentre chez soi.

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