Suzanne Côté : ira-t-elle jusqu’au bout?
Rene Lewandowski
2026-10-02 15:00:29
À 68 ans, la juge québécoise de la Cour suprême songe à partir. Ou à rester jusqu'à 75 ans. Elle n'a pas tranché.

Le samedi matin, elle sort son panier et ses produits ménagers.
« Ha! Ce matin, je fais les planchers de la maison! », lance-t-elle alors à son conjoint. Et elle est heureuse.
Suzanne Côté, 68 ans, juge à la Cour suprême du Canada, aime faire le ménage. Elle aime aussi repasser. « Quand je repasse, je pense à mes dossiers. Ça m'aide. Je travaille. » (traduction libre)
La confidence est tirée d'une rare entrevue, accordée à Law360 Canada, à l'approche de ses douze ans à la Cour, et dont résumons ici l’essentiel. Et elle cache une vraie nouvelle : la juge pense à la sortie.
Partir ou rester?
« Si je vous disais que je ne pense pas à mon avenir, ce ne serait pas une réponse honnête », admet-elle.
Rester jusqu'à 75 ans, l'âge de la retraite obligatoire? Sept ans encore? « Je n'ai pas pris cette décision. »

Deux choses pèseront. Sa santé : « Présentement, je suis en santé. » Et son conjoint, le plaideur Gérald R. Tremblay, avocat-conseil chez Sarrazin+Plourde, de quinze ans son aîné. « J'aimerais passer du temps avec lui pendant qu'il est encore en forme. »
Debout à 4 h 45
Elle ne ralentit pas pour autant. Les semaines d'audience, elle se lève à 4 h 45, arrive à la Cour à 6 h 30 et abat deux heures et demie de travail avant la réunion de 9 h avec ses collègues. Tapis roulant trois fois par semaine, cinq kilomètres minimum. Au lit à 22 h.
Celle que Law360 décrit comme la juge la plus prolifique de la Cour, la « grande dissidente », a d'abord été généraliste huit ans en Gaspésie. Elle a ensuite dirigé le litige chez Stikeman Elliott, puis chez Osler, à Montréal. En 2014, elle devenait la première femme nommée à la Cour directement de la pratique privée. L’Université Laval lui a d'ailleurs remis un doctorat honorifique l'an dernier.
Sans oublier, son mémorable passage à La Joute, où elle s’était rendu en finale, et dont Droit-inc avait suivi l’ascension!
Et après? Pas question de rien faire. Un retour dans le monde des affaires est possible. Des mémoires, peut-être : elle a conservé notes et dossiers de ses 34 ans au Barreau.
« Mais je pourrais aussi décider de rester. J'ai encore le feu sacré. »
Son vœu pour la postérité? Que ses dissidences, « ou la plupart », deviennent un jour le droit. Comme certaines de celles de Claire L'Heureux-Dubé.
« J'espère que mes successeurs les liront et diront : “Hé, elle n'était pas folle!” »
« Ne lisez pas votre mémoire! »
L'IA, ses trois arrêts phares, Zoom et l'état de droit : la juge Suzanne Côté se livre aussi sur le métier.
L'intelligence artificielle pour l'aider à trancher? « Absolument pas! » La justice doit rester rendue par des humains, insiste la juge dans la seconde partie de son entrevue à Law360 Canada. Surtout en matière de peine, où il faut soupeser circonstances aggravantes et atténuantes. (traduction libre)
Trois arrêts
Ses trois décisions marquantes depuis 2014?
Jordan (2016), qui a fixé des plafonds aux délais judiciaires. Vavilov (2019), sur la norme de contrôle en droit administratif, qu'elle a cosigné avec six collègues : il a apporté « beaucoup de clarté et de certitude ». Et Friesen (2020), sur les peines pour les crimes sexuels contre des enfants, rédigé par le juge en chef Richard Wagner et le juge Malcolm Rowe.
Zoom ou pas Zoom?
Les intervenants ne plaident encore que par visioconférence, cinq minutes chacun, malgré les demandes du Barreau. Est-ce un handicap? « Pour ma part, quand j'entends un intervenant à distance, ça ne fait pas de différence. » Son conseil : répondre aux questions que se posent les juges, plutôt que de réciter des arguments.
Trois conseils aux plaideurs
Un : concentrez-vous sur vos meilleurs moyens. « Deux ou trois points. »
Deux : « Ne lisez pas votre mémoire. Vous perdez votre temps. »
Trois : ne fuyez pas les questions de la Cour. « C'est une belle occasion. » Une fenêtre ouverte sur ce que pensent les juges.
Et l'état de droit?
Ce qui se passe ailleurs doit nous servir de leçon, estime-t-elle : « Nous devons être plus vigilants. » Inquiète pour le Canada?
« Je dirais non. Pas pour le moment. »
La juge retrouvera ses collègues pour la rentrée de la Cour, le 5 octobre.
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