De bénéficiaire à avocate bénévole : un parcours marqué par l’accès à la justice
De son arrivée au Canada à sa pratique en droit de la famille, une jeune avocate fait de l’accès à la justice un fil conducteur de son parcours. Rencontre.

Ces rencontres lui permettent de mesurer l'impact qu'une information claire et des conseils adaptés peuvent avoir sur le parcours d'une personne.
Quelques années plus tard, elle est assermentée au Barreau du Québec. Après un stage en droit de la famille, puis des passages dans un cabinet boutique et un grand cabinet, elle choisit de lancer sa propre pratique.
On a jasé avec elle de ses débuts comme avocate en droit de la famille, de la réalité de sa pratique et de son engagement bénévole.
Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous orienter vers le droit de la famille?
Mon parcours est un peu atypique. J'ai d'abord étudié en développement international à l'Université d'Ottawa. Dès ma première session, j'ai découvert le programme de droit et développement international. J'ai décidé d'essayer, et très rapidement, j'ai su que j'étais à ma place.
Avec le recul, je réalise que j'avais déjà une fibre juridique sans le savoir. J'étais souvent celle vers qui mes amis se tournaient pour régler leurs conflits ou arbitrer des désaccords. J'aimais débattre, argumenter et chercher des solutions. Pendant mes études, plusieurs professeurs m'ont encouragée à me diriger vers le litige. Ils voyaient chez moi une aptitude pour la plaidoirie. Le droit de la famille s'est ensuite imposé naturellement : il me permettait à la fois de plaider devant les tribunaux et de travailler directement auprès des personnes.
Comment parvenez-vous à trouver l’équilibre entre l’écoute et l’empathie envers vos clients, tout en conservant le recul et l’objectivité nécessaires à votre rôle d’avocate?
Il faut développer un véritable recul professionnel. Les dossiers sont souvent très émotifs et peuvent nous toucher personnellement. J'essaie régulièrement de sortir de mon rôle d'avocate pour me mettre à la place du juge. Je me demande : si je devais trancher ce dossier uniquement dans l'intérêt de l'enfant, est-ce que la position de mon client est raisonnable ? Est-ce que la preuve est suffisante ?
En droit de la famille, il ne s'agit pas de déterminer qui est le bon ou le mauvais parent. Ce qui prime, c'est toujours l'intérêt de l'enfant. Lorsque je crois qu'une position risque de ne pas être retenue par le tribunal, j'en parle franchement avec mon client. Mon rôle est de défendre ses intérêts, mais aussi de l'accompagner vers des solutions réalistes.
Qu’est-ce qui représente, pour vous, une victoire dans un dossier?
Pour moi, une victoire, c'est d'abord lorsque mon client a réellement été entendu. Je ne contrôle pas la décision du tribunal, mais je peux m'assurer que la voix de mon client est bien portée devant la Cour. Si une personne repart avec le sentiment que son histoire a été écoutée et prise en considération, c'est déjà une réussite.
Je considère aussi comme une victoire toute solution qui sert l'intérêt des enfants. Et, très souvent, les plus belles victoires se produisent en dehors de la salle d'audience. Lorsqu'on parvient à un règlement négocié, on réduit les coûts, on diminue les tensions et on facilite les relations futures entre les parents.
Comment accompagnez-vous vos clients lorsqu’ils ont des inquiétudes ou une certaine méfiance envers le système judiciaire?
Je crois que la clé, c'est la vulgarisation juridique. Une personne ne devrait jamais quitter le bureau d'un avocat plus confuse qu'en y entrant. Je prends le temps d'expliquer chaque étape, le déroulement du processus, les différents scénarios possibles et les enjeux réels du dossier.
Beaucoup de gens arrivent avec des inquiétudes, par exemple la peur de perdre la garde de leurs enfants. En rendant le droit plus accessible et plus compréhensible, les clients reprennent confiance dans le système de justice et sont davantage en mesure de prendre des décisions éclairées.
En parallèle de votre pratique, vous vous impliquez bénévolement à la Clinique d'information juridique du Y des femmes de Montréal. Qu'est-ce qui vous a motivée à vous engager auprès de cet organisme?
Cet engagement a une signification très personnelle. Lorsque je suis arrivée au Canada avec ma mère, vers 2011-2012, nous avons nous-mêmes bénéficié des services du Y des femmes de Montréal pour obtenir des conseils en immigration. J'avais une dizaine d'années et je me souviens à quel point les explications étaient claires et rassurantes.
Je m'étais promis qu'un jour, moi aussi, je redonnerais à cette communauté. Dès que j'ai été assermentée, j'ai commencé à offrir du temps comme bénévole. Chaque semaine, je constate qu'une simple consultation de 30 minutes peut véritablement changer le parcours d'une personne.
Quels sont les principaux enjeux juridiques et les besoins exprimés par les femmes qui consultent la Clinique?
Certaines souhaitent simplement comprendre les premières étapes d'un divorce : quels documents préparer, quelles démarches entreprendre, à quoi s'attendre. D'autres vivent une situation de violence conjugale et cherchent à savoir comment assurer leur sécurité et celle de leurs enfants. Elles se demandent notamment si elles peuvent quitter le domicile avec leurs enfants, ou quelles pourraient être les conséquences de leurs décisions sur un éventuel dossier de garde.
Nous recevons aussi des femmes déjà engagées dans un processus judiciaire, mais qui n'ont plus les moyens de retenir les services d'un avocat. Elles viennent chercher de l'information pour mieux comprendre les procédures et poursuivre leurs démarches. Notre objectif est de leur donner des outils concrets afin qu'elles puissent prendre des décisions éclairées.
Votre propre parcours d'immigration semble avoir façonné votre vision de la justice. En quoi cette expérience influence-t-elle aujourd'hui votre pratique et votre approche auprès de vos clients ?
Cette expérience a profondément façonné ma vision de la justice. En arrivant au Canada depuis la Côte d'Ivoire, j'ai rapidement compris à quel point un accès clair à l'information juridique pouvait changer le parcours d'une personne. Avec ma mère, nous avons nous-mêmes bénéficié de l'accompagnement d'organismes qui nous ont aidées à comprendre les démarches à entreprendre. Cette expérience m'a marquée.
Aujourd'hui, je considère que rendre le droit accessible fait partie intégrante de ma profession. Être avocate, ce n'est pas seulement représenter des clients devant les tribunaux : c'est aussi prendre le temps d'expliquer, de rassurer et de transmettre l'information dont les gens ont besoin pour avancer.
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