Du terrain à la direction : le parcours d’un avocat de l’aide juridique
Après plusieurs années à pratiquer à l’aide juridique, un avocat amorce un nouveau chapitre de sa carrière. On a jasé avec lui.

Son parcours à l’aide juridique a débuté sur les bancs du stage en 2018. Aujourd’hui, près de huit ans plus tard, Me Félix Arsenault accède à un nouveau rôle en devenant directeur par intérim du Bureau d’aide juridique de Crémazie.
Au fil de son parcours au sein de plusieurs bureaux d’aide juridique, Me Arsenault a développé une pratique diversifiée, touchant notamment au droit civil et familial, au droit de l’immigration ainsi qu’au droit administratif, souligne l’organisation.
À l’occasion de cette nomination, Droit-inc est allé à sa rencontre afin de discuter de son cheminement, de ses nouvelles responsabilités et des défis qui l’attendent dans ses nouvelles fonctions.
Vous venez d'être nommé directeur par intérim du bureau d'aide juridique de Crémazie. Comment accueillez-vous cette nomination? Que représente-t-elle dans votre parcours?
Je suis très content. J'ai fait toute ma carrière à l'aide juridique, y compris mon stage. Cette nomination représente une belle marque de confiance de la part de l'organisation. C'est aussi l'occasion d'assumer de nouvelles responsabilités, de mieux comprendre le fonctionnement de l'aide juridique et d'explorer davantage le volet de la gestion.
J'avais déjà suivi une formation en leadership offerte à l'interne pour préparer de futurs gestionnaires. Cette nomination me permet maintenant de mettre ces apprentissages en pratique et de voir si ce type de rôle me convient.
Quels sont les principaux défis que vous avez déjà identifiés dans vos nouvelles fonctions?
Je suis en poste depuis peu, donc je suis encore dans une phase d'apprentissage. Lorsqu'on est avocat au sein d'une équipe, on se fait une idée de la façon dont les choses pourraient fonctionner, mais lorsqu'on passe en gestion, on découvre aussi les contraintes qui accompagnent les décisions.
Les principaux défis demeurent la gestion de la charge de travail et le maintien de la qualité des services. Les avocats de l'aide juridique doivent composer avec un volume important de dossiers, dont la complexité augmente. Nous accompagnons également une clientèle souvent confrontée à des problèmes de santé mentale ou à des situations de grande désorganisation. Il faut donc réussir à répondre à la demande tout en offrant un service de qualité.
Le bureau de Crémazie fait-il face à des réalités particulières?
Chaque bureau développe une certaine culture en fonction de son milieu et des réalités socio-économiques du secteur qu'il dessert. Cela dit, avec les règles actuelles de l'aide juridique, les citoyens peuvent présenter leur demande dans différents bureaux. Nous recevons donc aussi des dossiers provenant d'autres secteurs, par exemple de personnes de Laval qui ont un dossier au palais de justice de Montréal.
Comme je viens d'arriver au bureau de Crémazie, il est encore trop tôt pour dresser un portrait précis. En revanche, il existe un profil de clientèle propre à l'aide juridique : il s'agit souvent de personnes qui vivent des défis importants et qui ont besoin d'un accompagnement particulier.
Vous avez effectué toute votre carrière à l'aide juridique. Pourquoi avoir choisi ce milieu?
Je savais que je voulais travailler directement auprès des individus. Cela excluait déjà une partie de la pratique du droit davantage orientée vers les entreprises ou les institutions. Je n'ai pas non plus une fibre entrepreneuriale très développée et je n'aime pas particulièrement parler d'argent.
À l'aide juridique, je peux me concentrer sur mes clients sans avoir constamment en tête les questions de facturation. En plus, je rends un service public là où les besoins sont les plus grands. Pour moi, c'est un double avantage.
Y a-t-il un dossier qui a particulièrement marqué vos premières années de pratique?
Il y en a plusieurs, mais un me revient particulièrement en tête. Il s'agissait d'un homme ayant une déficience intellectuelle qui travaillait depuis une trentaine d'années pour le même employeur. À la suite d'une détérioration de sa santé mentale, certains comportements ont conduit à son congédiement. Aucun grief n'avait toutefois été déposé par son syndicat. Avec sa famille, nous avons présenté une plainte pour défaut de représentation contre l'association de salariés. Nous avons obtenu gain de cause.
Concrètement, cette décision a complètement changé la situation de notre client. Plutôt que de quitter son emploi avec seulement quelques semaines de salaire, il a obtenu une indemnité beaucoup plus représentative de ses nombreuses années de service. Surtout, il a pu conserver son droit aux prestations d'assurance salaire, puisque les comportements ayant mené à son congédiement étaient directement liés à sa maladie mentale.
C'est un dossier dont je suis particulièrement fier, parce que cette victoire a eu un impact très concret sur la vie de cette personne. C'est le genre de résultat qui rappelle pourquoi on choisit de pratiquer à l'aide juridique.
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