L'outsider, la contestataire et la force tranquille!
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Jean-Francois Parent
2017-04-12 15:00:00

Droit-Inc. a sollicité des experts de l'image et de la stratégie de communication pour analyser les sorties publiques et la présence sur les réseaux sociaux de Paul-Matthieu Grondin, Lu Chan Khuong et Claudia P. Prémont.
Voici le bilan des forces et des faiblesses de chacun des candidats, selon Leslie Molko, directrice, conseil et communications corporatives, chez Octane Stratégies et de Victor Henriquez, associé chez Flanagan Relations publiques.
Les candidatures sont analysées en ordre alphabétique.
L'outsider
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Distillant ses propositions aux deux jours sur les médias sociaux avec une régularité de métronome, « sa grande force est la clarté », déclare Victor Henriquez.
L'habitué de la stratégie politique soupçonne d'ailleurs qu'une équipe de campagne rompue à la politique est derrière Me Grondin. « La régularité, l'auditoire bien ciblé, les messages... je reconnais la technique », dit-il.
L'ex-président du Jeune Barreau de Montréal démontre d'ailleurs une expérience politique et présente le profil d'un administrateur d'expérience.
Tant son positionnement que son utilisation des réseaux sociaux sont habiles, remarque Leslie Molko. Avec quelque 5000 abonnés sur Facebook et LinkedIn, « il utilise bien les médias sociaux pour renforcer son positionnement en axant ses publications et ses commentaires sur ses propositions et sur des formulations positives, sans jamais attaquer ses adversaires de front », dit-elle.

Sa force est d'ailleurs sa plus grande faiblesse : « Ses publications relativement consensuelles auront peut-être du mal à se distinguer », estime Leslie Molko. Victor Henriquez estime quant à lui qu'il a « l'air packagé » et qu'il adopte une posture « très politicienne », ralliant les avocats plus conformistes.
Cela étant, Paul-Matthieu Grondin a tout à gagner et pratiquement rien à perdre : «Dans le pire des scénarios, il se positionne très positivement pour le reste de sa carrière, dit Leslie Molko. Et, qui sait, il pourrait même réussir à se faufiler entre ses adversaires en rassemblant ceux qui veulent sortir du conflit de personnalités. »
La contestataire

« Sa campagne est menée avec régularité, gagnant en intensité. » Ses comptes de réseaux sociaux sont très actifs, elle compte plus de 10 000 abonnés, où elle propose beaucoup de « moments de vie ».
Victor Henriquez remarque que Me Khuong bénéficie d'un fort capital de sympathie, qui transcende les générations. « On est vendus à elle. »
« Celle par qui la tempête est arrivée », selon Leslie Molko, mise sur sa personnalité flamboyante et ses opinions tranchées. « Elle est active, elle débat et elle n’hésite pas à miser sur les controverses ».
Son plan d'attaque « fait valoir une personnalité qui a du leadership, des valeurs fortes, des soutiens prestigieux et qui n’a pas peur de s’imposer », constate Leslie Molko. Cette dernière estime cependant que « son attitude plus agressive laisse peu de place aux propositions concrètes et positives ».
Me Khuong joue son va-tout dans cette campagne. « Il n’est pas seulement question de gagner l’élection, croit Leslie Molko, mais de retrouver son prestige et sa légitimité en démontrant ses soutiens concrets et véritables dans le milieu. Une proportion importante de votes accomplirait ce résultat, même sans remporter l’élection. »
La force tranquille

Elle n’utilise à peu près pas les médias sociaux pour sa campagne et se contente de relayer des informations générales ou des publications médiatiques. Selon Leslie Molko, Me Prémont « fait le pari de la crédibilité, de l’expérience et de la modération après avoir hérité de ce poste en pleine tempête interne et médiatique ».
Victor Henriquez poursuit : « Elle ne se défend pas des attaques, adoptant la position que ses actions sont garantes de l'avenir. Elle représente l'expérience et la tranquillité », dit-il.
Elle n'a pas un lourd bilan à défendre, ses flancs sont donc moins ouverts à l'attaque.
C'est d'ailleurs la grande force de sa campagne, ajoute Leslie Molko. « Elle mise sur la légitimité et se place au-dessus de la mêlée en ne jouant pas la carte du débat vif. » L'expérience, la compétence, la force tranquille. « Le mandat qu'elle a complété, c'est sa carte de visite », ajoute la directrice d'Octane.
Sa cible électorale est moins active sur les réseaux sociaux, ce qui donne une campagne qui se joue davantage sur les contacts personnels, observe Victor Henriquez.
C'est là sa principale faiblesse : dans une course à trois, se jouant sur la capacité de mobiliser ses électeurs et de faire sortir le vote, LinkedIn, sur lequel semble miser davantage Me Prémont, ne suscite pas beaucoup l'engagement, surtout auprès d'un électorat davantage traditionnel et conservateur, qui voudrait la continuité proposée par Claudia P. Prémont.
Négliger le potentiel de conviction permis par les réseaux sociaux peut être un désavantage, croit Leslie Molko, qui trouve cependant difficile de voir ce que Me Prémont a à perdre dans cette élection.
Quoiqu'il arrive, « elle sera celle qui s'est levée pour reprendre le ' bâton' d'un Barreau en crise ».