Jusqu’où l’IA peut-elle transformer le travail des avocats?
Fasken déploie une plateforme d’IA agentique pour soutenir ses professionnels. Entrevue intelligente mais non artificielle…
L’intelligence artificielle agentique est-elle en voie de transformer la façon dont les avocats travaillent?
Alors que les cabinets explorent de plus en plus les possibilités offertes par ces nouveaux outils capables d’automatiser certaines étapes d’un dossier, plusieurs questions demeurent : quels gains concrets peuvent-ils apporter? Comment encadrer leur utilisation? Et quel rôle continueront de jouer les professionnels du droit dans un environnement où certaines tâches peuvent désormais être prises en charge par la technologie?
C’est dans ce contexte que Fasken entreprend le déploiement à l’échelle du cabinet d’une nouvelle plateforme d’intelligence artificielle agentique développée avec Legora.
L’objectif : offrir aux professionnels un outil capable de les accompagner dans certains flux de travail, tout en maintenant l’expertise humaine au cœur de l’analyse et de la prise de décision.
Cette initiative s’inscrit dans une réflexion amorcée depuis plusieurs années au sein du cabinet. Fasken avait notamment participé au développement de Walter AI dans le cadre d’un programme conjoint d’innovation, avant que cette technologie soit intégrée à Legora.
Pour discuter de cette nouvelle étape et de ses impacts sur la pratique juridique, Droit-inc s’est entretenu avec Rachelle Thompson, qui dirige l’équipe Innovation de la pratique et pour les clients à l’échelle du cabinet, ainsi qu’avec Marie-Josée Neveu, nouvelle présidente du Conseil des associés de Fasken.
Pour commencer, à quelle étape du déploiement de ce nouvel outil d’intelligence artificielle se trouve Fasken aujourd’hui?

Pour aider à comprendre l’impact concret d’un tel outil, pouvez-vous donner un exemple de tâches qui pourraient être prises en charge?
Rachelle Thompson : L’outil pourra notamment soutenir les professionnels dans des tâches répétitives ou à haut volume. L’objectif n’est pas de remplacer l’expertise juridique, mais plutôt d’appuyer les avocats et les professionnels dans certaines étapes du travail.
Marie-Josée Neveu : L’intelligence artificielle pourra soutenir une grande variété de tâches dans plusieurs groupes de pratique : l’analyse de documents, les revues plus intelligentes, la rédaction ou encore l’examen d’éléments de preuve. Ce qui demeure fondamental, c’est que l’analyse, le jugement professionnel et les décisions finales restent entre les mains de nos professionnels.
Rachelle Thompson : L’un des grands avantages est aussi de permettre une approche plus personnalisée avec les clients. En réduisant certaines tâches répétitives, les professionnels peuvent davantage se concentrer sur les nuances et les besoins particuliers de chaque dossier.
Quels gains d’efficacité avez-vous observés jusqu’à présent?
Rachelle Thompson : Les résultats varient beaucoup selon les tâches. Dans certains cas, nous avons constaté des gains très importants. Des professionnels nous ont notamment rapporté qu’une tâche qui aurait normalement demandé une vingtaine d’heures pouvait être réalisée en une seule heure avec l’appui de l’outil.
Cela dit, il faut nuancer : certaines étapes, notamment la validation, demeurent essentielles et peuvent nécessiter un temps comparable à ce qui était requis auparavant. L’IA permet donc d’accélérer certaines étapes, mais elle ne diminue pas nécessairement tout le processus.

Quel investissement représente un tel outil et comment mesurez-vous son retour?
Marie-Josée Neveu : Les investissements en innovation technologique dans les cabinets professionnels se chiffrent généralement en millions de dollars. Ce sont des investissements importants, mais nous sommes convaincus des bénéfices qu’ils apporteront à nos clients et à l’ensemble du cabinet.
L’évaluation du retour sur investissement ne se limite pas uniquement à des chiffres. Il faut aussi considérer l’impact sur la qualité du travail, l’efficacité des équipes et la capacité des professionnels à se concentrer sur des mandats à plus forte valeur.
Rachelle Thompson : Il y a aussi un aspect lié à la qualité de vie des professionnels. En réduisant certaines tâches administratives ou répétitives, l’outil peut contribuer à un meilleur équilibre entre la vie professionnelle et personnelle.
Vous parlez d’un « partenariat stratégique » avec Legora. Que signifie concrètement cette collaboration?
Rachelle Thompson : Ce partenariat va au-delà de l’utilisation d’un produit existant. Fasken a été impliqué dans un programme d’innovation conjoint autour de Walter AI, ce qui nous a permis de contribuer à l’évolution du produit en fonction des besoins réels d’un cabinet d’avocats. Nous avons apporté notre expertise de la pratique juridique et notre compréhension des besoins de nos professionnels et de nos clients. De leur côté, ils nous apportent leur expertise technologique. C’est une relation où les deux parties bénéficient de l’échange.
Quel impact cet outil pourrait-il avoir sur votre relation avec vos clients et votre modèle de facturation?
Marie-Josée Neveu : C’est une question qui est au cœur des réflexions actuelles dans les cabinets professionnels. Le marché est encore en évolution et les modèles ne sont pas complètement définis. Nous croyons toutefois que des discussions transparentes avec nos clients sur leurs besoins, leurs attentes et la façon dont les services sont offerts permettront de faire évoluer les pratiques dans une direction qui répond aux attentes de tous.
L’arrivée de ces outils change-t-elle votre façon de former les jeunes avocats? Est-ce que ce déploiement aura un impact sur votre stratégie de recrutement?
Rachelle Thompson : Il faudra certainement adapter certains aspects de la formation. L’IA peut devenir un outil supplémentaire pour accélérer l’apprentissage, mais il faudra aussi revoir la façon dont les jeunes professionnels développent leur expertise.
Marie-Josée Neveu : Nous voyons cette évolution comme une occasion pour les jeunes juristes de développer leur pratique autrement. L’intelligence artificielle pourrait leur permettre de consacrer davantage de temps à l’analyse juridique, au développement de leur jugement professionnel et à l’acquisition de compétences à plus forte valeur ajoutée, plutôt qu’à certaines tâches plus administratives. Nous travaillons également à créer davantage d’occasions pour qu’ils participent aux réflexions entourant l’intelligence artificielle et contribuent activement à son intégration dans la pratique.
En revanche, pour l’instant, nous ne prévoyons pas d’impact sur notre stratégie de recrutement ou sur nos besoins en relève.
Comment gérez-vous les enjeux de confidentialité et de protection des renseignements?
Rachelle Thompson : Comme pour toute technologie implantée au cabinet, nous avons suivi un processus rigoureux avant son adoption. La sécurité et la confidentialité des renseignements de nos clients demeurent une priorité. Nous avons également établi des processus internes qui encadrent l’utilisation de ces outils, notamment selon les attentes et les ententes avec nos clients.
Marie-Josée Neveu : Nous avons aussi une politique interne sur l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle qui repose notamment sur deux principes fondamentaux : la transparence et la validation. Si nous utilisons l’IA, nous devons être transparents à ce sujet. Tout contenu produit avec l’aide d’un outil d’IA doit être vérifié par nos professionnels.
Rachelle Thompson : C’est d’ailleurs un élément qui nous a rapprochés de Legora : nous partageons une vision commune d’une utilisation responsable de l’IA. L’intelligence artificielle n’est pas nécessairement la bonne solution pour chaque tâche, il faut toujours se demander quelle approche permettra de mieux servir le client.
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