De cheffe cuisinière à avocate en immigration

De cheffe cuisinière à avocate en immigration
Sonia Semere

Sonia Semere

2026-10-30 14:15:26

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De la cuisine à la pratique du droit de l’immigration, portrait d’une avocate au parcours professionnel atypique.


Marie Duchaine-Brunet - source : LinkedIn

Avant de devenir avocate, Me Marie Duchaine-Brunet a mené une première carrière en cuisine, jusqu’à devenir cheffe à l’âge de 23 ans. Elle a ensuite choisi de se réorienter vers le droit, animée par le désir de placer l’humain au cœur de sa pratique.

Aujourd’hui, elle exerce en droit des affaires et en immigration chez Patrice Brunet Avocats, un domaine qui rejoint particulièrement ses valeurs et son désir d’aider les autres.

On a jasé avec Me Duchaine-Brunet de son parcours atypique, de sa pratique en immigration et de la façon dont son expérience en cuisine influence encore son travail d’avocate.

Pourriez-vous nous parler de votre parcours en tant que cheffe et de ce qui vous a amenée à vous réorienter vers le droit ?

La cuisine a toujours été une passion pour moi, et je souhaitais explorer ce domaine assez tôt dans mon parcours. J’ai donc intégré une école culinaire, puis gravi rapidement les échelons jusqu’à devenir cheffe à 23 ans. Après quelque temps, je me suis toutefois demandé si je me voyais exercer ce métier toute ma vie.

Étant issue d’une famille de juristes, j’avais toujours gardé le droit dans un coin de ma tête. À 23 ans, j’ai donc décidé de repartir de zéro en faisant mes équivalences du cégep, puis mes études en droit. Je souhaitais notamment m’orienter vers le droit de l’immigration, un domaine qui me rejoint profondément, tant sur le plan humain que sur celui des valeurs.

Avec le recul, que retenez-vous de votre carrière en cuisine? Quelles compétences avez-vous pu transposer dans votre métier d’avocate?

La cuisine est un milieu qui exige énormément de rigueur, de discipline et d’endurance. Les journées sont longues et le travail repose beaucoup sur l’esprit d’équipe. On apprend à collaborer avec des personnes aux parcours et aux personnalités très différents, ce qui développe une grande ouverture d’esprit et de l’empathie.

Ce sont des qualités particulièrement utiles en droit de l’immigration, mais aussi dans la pratique juridique en général. Il faut également savoir travailler sous pression et rester disponible pour ses clients. Parfois, une situation devient urgente : un client peut, par exemple, se rendre compte que son permis de travail arrive à échéance dès le lendemain.

Il faut alors se retrousser les manches et faire tout ce qui est possible pour trouver une solution dans les délais. Le droit, comme la cuisine, n’est pas toujours un métier aux horaires fixes. Il faut pouvoir compter sur son équipe, se soutenir mutuellement et partager une véritable éthique de travail. Je pense que ce sont des éléments essentiels pour bien exercer, et je suis heureuse de retrouver cet esprit de solidarité au sein de mon cabinet.


Les émissions culinaires donnent parfois une image glamour du métier de cheffe. Quelle était votre réalité au quotidien en cuisine?

Je pense que le métier est aujourd’hui parfois idéalisé, notamment à travers les émissions de cuisine et les concours télévisés. Mais, comme dans n’importe quelle profession, il y a énormément de travail en coulisses. On peut passer six heures à éplucher des pommes de terre avant même de commencer à préparer les plats. Il faut comprendre que devenir cheffe demande beaucoup de temps, d’expérience et d’humilité.

Lorsqu’on sort de l’école, que ce soit en cuisine ou en droit, on ne peut pas tout gérer seul. Il faut accepter d’apprendre pendant des années avant de maîtriser véritablement son métier. En restauration, il faut parfois gérer 200 ou 400 couverts en une soirée. Cela demande une organisation et une précision considérables.

Il faut savoir tout gérer en même temps, sans perdre le fil. C’est finalement assez proche du droit. Il faut être organisé, méticuleux et assurer des suivis rigoureux avec les clients. On ne peut pas laisser passer une échéance. Les deux métiers sont peut-être très différents en apparence, mais ils reposent sur des exigences communes : la discipline, l’expérience, l’humilité et la capacité à travailler sous pression.

Vous êtes donc désormais avocate chez Patrice Brunet Avocats. Quels types de dossiers traitez-vous au quotidien et quelle clientèle accompagnez-vous?

Je touche à plusieurs types de dossiers. Je travaille notamment sur des demandes de parrainage, lorsqu’une personne souhaite faire venir son conjoint ou sa conjointe au Canada, par exemple. Je traite également beaucoup de dossiers d’immigration économique, notamment pour des entreprises qui cherchent à répondre à leurs besoins de main-d’œuvre. Nous avons des clients dans différents secteurs, dont la restauration.

Mon expérience passée dans ce milieu m’aide d’ailleurs à comprendre rapidement certaines réalités et certains enjeux. J’aime aussi les dossiers qui présentent des défis particuliers et qui demandent de faire preuve de créativité. Lorsqu’il faut trouver une solution pour permettre à un travailleur de venir au Canada malgré certains obstacles, il faut parfois envisager différentes stratégies et explorer les options possibles. C’est un aspect du métier que j’apprécie particulièrement.

Les règles et les politiques d’immigration évoluent constamment. Comment parvenez-vous à naviguer dans ce contexte et à trouver des solutions pour vos clients ?

Le contexte actuel est effectivement difficile : les portes se referment dans certains programmes et les quotas diminuent. Il devient donc de plus en plus complexe de trouver des solutions. Au cabinet, nous avons toutefois la chance de pouvoir compter sur une équipe très soudée. Nous sommes tous passionnés par le droit de l’immigration et nous travaillons en étroite collaboration.

L’incertitude administrative peut être très stressante pour les personnes que vous accompagnez. Comment les aidez-vous à traverser ces démarches?

Nous proposons un accompagnement clé en main. Nous disons souvent que nous prenons le stress des clients sur nos épaules : leur rôle est de nous fournir les documents et les renseignements nécessaires, tandis que nous nous occupons de les guider dans le processus. Les délais peuvent être particulièrement anxiogènes.

Un travailleur peut, par exemple, s’attendre à ce que sa demande soit traitée en deux mois, puis découvrir que le processus prendra finalement six mois. Il faut alors faire preuve d’empathie et comprendre les conséquences que cette incertitude peut avoir sur sa vie.

Mon expérience dans le milieu de la restauration m’aide également à mieux saisir certaines de ces réalités. J’avais beaucoup d’amis qui vivaient des démarches similaires, et cette proximité m’a permis de mieux comprendre les craintes et les préoccupations que peuvent ressentir nos clients.

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