D’urbaniste à future avocate

D’urbaniste à future avocate
Sonia Semere

Sonia Semere

2026-08-28 15:00:36

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Du service de l’urbanisme de la Ville de Montréal au droit municipal : une urbaniste réoriente sa carrière et entame un nouveau chapitre dans un grand cabinet. Entrevue.


Laurence Boisvert-Bilodeau - source : LinkedIn

Après près de 12 ans à la Ville de Montréal, Laurence Boisvert-Bilodeau a troqué les règlements d’urbanisme pour les bancs de la Faculté de droit.

Aujourd’hui stagiaire chez Bélanger Sauvé, elle poursuit en droit municipal un parcours qui, loin de constituer un changement de cap, s’inscrit dans le prolongement naturel de son expérience en développement et aménagement urbains.

Membre de l’Ordre des urbanistes du Québec depuis 2017, elle a travaillé dans plusieurs arrondissements centraux de Montréal comme conseillère en aménagement.

Planification, design urbain, zonage, urbanisme discrétionnaire, rédaction réglementaire : au cours de sa carrière, elle a eu l’opportunité de toucher à plusieurs facettes de l’aménagement municipal. Puis, au fil de ses dossiers, un vif intérêt pour le droit s’est développé.

En 2018, elle entreprend alors un certificat en droit avant de faire, quelques années plus tard, le pari de retourner sur les bancs d’école à temps plein. Laurence Boisvert-Bilodeau quitte alors la Ville de Montréal pour se consacrer à un baccalauréat en droit à l’Université de Montréal, qu’elle obtient en 2025.

On a jasé avec elle de ce virage professionnel et de ce que son passé d’urbaniste lui apporte aujourd’hui comme future avocate.

Vous avez passé plusieurs années à la Ville de Montréal. À quoi ressemblait votre quotidien comme urbaniste?

Mon travail portait principalement sur l’urbanisme discrétionnaire, donc sur les autorisations réglementaires, notamment les PIIA, les PPCMOI et certaines dérogations mineures.

J’accompagnais les promoteurs et les citoyens dans leurs demandes d’autorisation, en faisant l’analyse des projets, tant sur le plan urbanistique que réglementaire. J’étais aussi une courroie de transmission entre les citoyens, les promoteurs et les élus, puisque ce sont les élus qui prennent les décisions.

En parallèle, je travaillais sur des projets de planification à plus long terme, comme des programmes particuliers d’urbanisme (PPU). Lorsque j’ai commencé ma carrière en 2012, mon premier mandat portait justement sur le PPU du Quartier latin.

J’ai également beaucoup travaillé sur le développement réglementaire, notamment la modification des règlements d’urbanisme, le zonage, le lotissement ou encore les règlements sur les nuisances.

Vous avez travaillé dans différents arrondissements montréalais. Quelles différences avez-vous observées entre leurs réalités urbanistiques?

J’ai surtout travaillé dans des arrondissements centraux, donc il y avait plusieurs similitudes, notamment en matière de densité et de bâti. Mais chaque territoire avait aussi ses particularités. Dans les arrondissements issus de l’ancienne Ville de Montréal, comme Ville-Marie, le Sud-Ouest et Rosemont, la réglementation présente certaines similitudes puisqu’elle provient d’un même règlement qui a ensuite été adapté aux différents arrondissements.

La réglementation d’Outremont était différente, puisqu’il s’agissait auparavant d’une ville liée qui avait son propre règlement. Les enjeux variaient également selon les territoires. Le centre-ville constitue le cœur métropolitain du Québec, le Sud-Ouest compte plusieurs anciennes friches industrielles, tandis que Rosemont présente un tissu davantage résidentiel.


Concrètement, quel rôle joue l’urbanisme dans la vie des citoyens?

L’urbanisme consiste en quelque sorte à essayer de marier les différents intérêts qui entrent en jeu dans un milieu bâti ou urbain : l’architecture, la réglementation, le patrimoine, les intérêts économiques, etc. L’urbaniste a une vision d’ensemble pour essayer de faire en sorte que le développement soit harmonieux. On travaille d’abord sur des visions et des orientations d’aménagement, qui se traduisent ensuite par des règlements et des projets concrets.

Comment est née votre décision de passer de l’urbanisme au droit?

C’est arrivé très progressivement. En travaillant avec les règlements et les lois, j’ai développé un intérêt pour le droit. J’ai commencé un certificat en droit en 2018, à raison d’un cours par session. Je l’ai terminé en 2022. J’ai vraiment aimé l’expérience et j’ai trouvé que le droit rendait ma pratique plus intelligente.

Ça améliorait ma façon de réfléchir aux enjeux d’urbanisme. À un moment donné, je me suis demandé ce que je voulais faire pour la suite de ma carrière. En 2023, j’ai donc décidé de m’inscrire au baccalauréat en droit et de quitter la Ville pour me consacrer entièrement à mes études.

En quoi votre expérience comme urbaniste influence-t-elle aujourd’hui votre façon d’aborder le droit?

Je connais déjà les lois municipales et la complexité du droit de l’urbanisme, notamment les différents paliers de planification et les liens de concordance entre eux. Je pense aussi que les urbanistes ont une vision plus globale.

On essaie de fédérer plusieurs intérêts autour d’un projet. Cette expérience m’amène probablement à avoir une approche assez « big picture ». Mais il y a aussi un défi : le souci du détail. Au Barreau et dans mes études en droit, j’ai dû apprendre à accorder énormément d’importance à chaque mot, parce qu’un seul mot peut complètement changer un argument.

Qu’est-ce que le droit va vous permettre d’accomplir ou d’approfondir que votre expérience d’urbaniste ne vous permettait pas de faire?

En urbanisme, lorsque je rédigeais un règlement, mon objectif était de résoudre un problème concret sur le territoire. Je cherchais à créer une règle qui répondait à une situation donnée. Mais mes règlements étaient ensuite révisés par les avocats du contentieux, qui soulevaient parfois des situations auxquelles je n’avais pas pensé ou des éléments qui pouvaient poser problème sur le plan juridique.

En travaillant maintenant en droit, je comprends mieux pourquoi cette précision et cette prudence sont nécessaires. Pour un client, l’objectif est notamment d’éviter de se retrouver en situation de litige ou de créer une vulnérabilité juridique.

Comment pensez-vous pouvoir faire le pont entre les urbanistes et le milieu juridique?

Je suis toujours impliquée auprès de l’Ordre des urbanistes et je continue d’échanger avec mes confrères. J’entends notamment leurs préoccupations concernant la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme et les difficultés pratiques liées à son application. Je pense qu’il y a beaucoup de travail à faire sur le plan juridique.

La société est de plus en plus litigieuse et judiciarisée et le domaine de l’urbanisme n’y échappe pas. Mon expérience juridique va donc me permettre, je l’espère, de continuer à aider les urbanistes et de faire le lien entre les deux professions.

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