Quel parti ferait le meilleur cabinet d’avocats?
Rene Lewandowski
2026-09-18 15:00:53
Et si, plutôt que de leur demander de former un gouvernement, on demandait aux cinq principaux partis de former un cabinet d’avocats? Droit-inc a fouillé les CV juridiques…
En 2013, Nicolas Plourde et Marie-Claude Sarrazin accrochaient leurs deux noms à la même porte. Sarrazin+Plourde, boutique de litige, Montréal.
Treize ans plus tard, les voilà chacun à la tête d'un cabinet rival. Un seul point les sépare.
Rassurez-vous, personne n'a claqué de porte. C'est nous qui les avons remis dos à dos.
Voici l'idée. À force de recenser les candidats au parcours juridique dans les cinq principales formations politiques québécoises, une question s'est imposée : si chacune ouvrait demain matin son propre cabinet d'avocats, laquelle aurait la meilleure équipe?
Nous nous sommes prêtés au jeu.
On oublie pour quelques minutes la CAQ, le PLQ, le PQ, le PCQ et Québec solidaire comme partis politiques. On regarde leurs candidats comme un chasseur de têtes examine une pile de CV. On pige parmi les avocats, les anciens avocats, les notaires, les juristes de contentieux, les diplômés en droit. Puis on distribue les rôles : associé directeur, chef du litige, droit des affaires, constitutionnaliste, criminaliste, immigration, conformité.
Il y a de tout dans cette banque : des avocats d'affaires, des criminalistes, des constitutionnalistes, des spécialistes de l'immigration, d'anciens bâtonniers, des juristes de contentieux, des notaires, des professeurs de droit. Et même quelques recrues qui n'ont pas encore fini leurs études.
Notre base de travail comptait, au 12 septembre, 60 candidats présentant un parcours juridique, dont 33 professionnels du droit confirmés. Photo provisoire : les mises en candidature ne ferment que le 17 septembre à 14 h, et Élections Québec ne publiera la liste définitive qu'après.
Neuf catégories, notées sur cinq chacune : séniorité et leadership, droit des affaires, litige, droit public et constitutionnel, pénal-famille-immigration, international et droits humains, conformité et réglementation, gestion et rayonnement, profondeur du banc.
Maximum : 45 points.
Une précision avant d'ouvrir les enveloppes. Ce classement ne mesure ni la compétence individuelle des candidats ni la qualité des services qu'ils offriraient. Il mesure une chose autrement plus ludique : avec les CV disponibles, quel parti pourrait bâtir le cabinet le plus complet?


Si le Parti libéral ouvrait un cabinet, il ressemblerait davantage à un grand multiservice montréalais qu'à une boutique spécialisée.
L'associé directeur s'impose presque de lui-même : Nicolas Plourde. Ancien de Heenan Blaikie, cofondateur de Sarrazin+Plourde, ancien bâtonnier de Montréal et du Québec. Litige commercial, insolvabilité, arbitrage, gouvernance professionnelle.
Autour de lui, une profondeur que les autres peinent à égaler.

Puis arrive Sacha Cannon, spécialiste de l'arbitrage international. À son CV : des arbitrages devant le CIRDI, la CCI et la LCIA, des différends investisseur-État, un passage auprès d'Yves Fortier.
Besoin d'un groupe médias et propriété intellectuelle? Benoit Clermont a pratiqué une dizaine d'années chez Ogilvy Renault avant de passer aux affaires juridiques dans la production télévisuelle, puis de fonder Productions Déferlantes.

Le PLQ peut encore aligner Michelle Setlakwe en droit des affaires, Pinou Thong en contentieux et conformité, Madwa-Nika Cadet en médiation et international, Valérie Assouline, ancienne bâtonnière de Montréal, en famille et jeunesse.
Voilà ce qui fait gagner le cabinet libéral : aucune vedette unique ne porte l'équipe. Des spécialistes dans presque tous les grands secteurs.
Sa faiblesse? Cette richesse vient aussi du nombre. Le PLQ compte 22 profils juridiques dans notre recensement. La largeur du banc pèse lourd dans sa victoire.

Le Parti québécois termine à un point.
Sur papier, son cabinet serait moins large. Dans certains groupes de pratique, il serait redoutable.
À sa tête, Marie-Claude Sarrazin. Cofondatrice de Sarrazin+Plourde, avocate plaidante, spécialiste du droit disciplinaire, du litige civil et commercial, de la construction et des marchés publics. Elle a dirigé un cabinet et présidé le conseil de SOQUIJ. Son travail à la commission d'enquête sur SAAQclic ajoute une corde enquêtes publiques et gouvernance.

Pour le droit des affaires, un joueur difficile à battre : René Branchaud, associé chez Lavery depuis plus de quatre décennies. Valeurs mobilières, fusions-acquisitions, sociétés ouvertes, secteur minier.

L'international reviendrait à Pascal Paradis. Avant la politique, associé chez McCarthy Tétrault, puis cofondateur et directeur d'Avocats sans frontières pendant près de vingt ans.
En constitutionnel, Maxime Laporte apporterait une spécialisation pointue en langue, fédéralisme et autodétermination. Le PQ le présente comme avocat constitutionnaliste et doctorant en droit.
En immigration, Stéphane Handfield affiche 34 ans de pratique.
Et n'oublions pas Paul St-Pierre Plamondon. Son passé juridique est plus étoffé qu'on ne le retient : Stikeman Elliott, Délegatus comme vice-président et actionnaire, puis gestion et pratique dans un cabinet gatinois.
Depuis notre première grille, le PQ a ajouté Jocelyn Caron, ancien notaire devenu parajuriste principal et cadre du système professionnel, candidat dans Orford. Son arrivée renforce la profondeur du banc et la gouvernance.
Si le PLQ ressemble à un grand multiservice, le PQ ressemble à une boutique haut de gamme. Particulièrement forte en affaires, litige, droit public, constitutionnel et international.
La CAQ, cabinet de l'État

Troisième, la CAQ domine pourtant une catégorie : le droit public et constitutionnel.
Son associé directeur serait Mathieu Lévesque, ancien de BCF, formé à McGill en droit civil et common law. Fusions-acquisitions, financement, valeurs mobilières.
Mais le véritable caractère du cabinet vient d'ailleurs.

Et voilà Allison Turner, dont le parcours passe par la défense pénale internationale devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda.
Avec Nathalie Roy en criminel et communications, Karine Boivin Roy en municipal et immobilier et Mario Laframboise côté notarial, la CAQ aligne une équipe crédible.
Son problème apparaît dès qu'on quitte la sphère publique. Peu de profondeur en pratique privée récente, des trous dans certains secteurs commerciaux.
Excellent cabinet pour conseiller un gouvernement. Moins évident pour piloter une acquisition de 500 millions ou une séparation familiale compliquée.
Le PCQ a des associés, pas d'équipe
Le cabinet conservateur serait dirigé par Adrien D. Pouliot. Ancien avocat chez Ogilvy Renault, ancien dirigeant de CFCF, investisseur et ex-chef du PCQ. Affaires, financement, gouvernance. Le parti le présente toujours comme avocat de formation ayant pratiqué le droit corporatif et commercial.
Maïté Blanchette Vézina renforcerait les affaires et le municipal. Elle a pratiqué dans deux cabinets avant de créer sa propre structure juridique, puis de passer par la mairie et le gouvernement.

Marcos Archambault, notaire, compléterait la gouvernance.
Le noyau est cohérent. Manquent les effectifs pour bâtir des départements en litige, en droit familial, en immigration, en international.
Le PCQ a les associés pour ouvrir les portes. Il lui reste à recruter.
QS, la boutique qui se cherche des bras
Québec solidaire ferme la marche. Son cas est pourtant particulier.

Avec Guillaume Cliche-Rivard, le parti tient un associé directeur crédible pour une boutique spécialisée. Fondateur de cabinet, avocat en immigration et droit des réfugiés, ancien conseiller juridique d'Amnistie internationale, chargé de cours à l'UQAM. Le positionnement est net.

Le recrutement de René Gauvreau, ancien député et avocat en droit de la jeunesse, change aussi le portrait. Il figure maintenant dans l'équipe de QS dans Camille-Laurin.
Sa réinscription au Barreau en 2025 est assortie d'une limitation volontaire de pratique aux activités liées au droit de la jeunesse.
Cliche-Rivard en immigration, Gauvreau en jeunesse : QS possède désormais deux avocats d'expérience dans des domaines voisins de l'accès à la justice.
Les étudiantes en droit Orphée Dubé-Gervais et Marianne Locas-Ouimet formeraient la relève.
Trop court pour rivaliser avec les grands cabinets fictifs. Mais pour ouvrir une boutique consacrée à l'immigration, aux réfugiés, à la jeunesse et aux droits humains, le positionnement est clair.
La guerre des anciens grands cabinets
Regarder les candidats sous l'angle de leur ancien employeur donne une autre lecture de l'élection.
Stikeman Elliott apparaît derrière Paul St-Pierre Plamondon et Marc Tanguay. McCarthy Tétrault derrière Pascal Paradis. Heenan Blaikie derrière Nicolas Plourde. Lavery derrière René Branchaud et Chloé Fauchon. Norton Rose derrière Michelle Setlakwe. Dentons derrière Madwa-Nika Cadet. BCF derrière Mathieu Lévesque. Fasken derrière Guillaume Rousseau et Jonathan Poulin. Ogilvy Renault derrière Adrien D. Pouliot et Benoit Clermont.
Une bonne partie des grandes marques du marché juridique québécois se retrouve donc, indirectement, sur les bulletins de vote.
Le PLQ possède le réseau le plus étendu. Le PQ réplique avec quelques profils seniors lourds. La CAQ et le PCQ ont chacun leurs anciens du droit des affaires.
Le recrutement politique ressemble parfois beaucoup au recrutement juridique. Quelques CV suffisent à changer la perception d'une équipe.
Plourde contre Sarrazin, la revanche
Le détail le plus savoureux de l'exercice se trouve aux deux premières places.
Le cabinet fictif libéral est dirigé par Nicolas Plourde. Le cabinet fictif péquiste, par Marie-Claude Sarrazin.
Les deux ont fondé ensemble Sarrazin+Plourde en 2013. Le cabinet, lui, n'a pas survécu à leur double départ. Nordence l'a avalé le 21 août — 120 employés, huit bureaux, le plus jeune cabinet du palmarès des 25 plus grands du Québec. Les 15 professionnels de Sarrazin+Plourde ont été intégrés à sa division Trivium avocats.
Ils sont désormais candidats dans des partis adverses.
D'un côté, Plourde apporte litige commercial, insolvabilité, arbitrage et une longue expérience de gouvernance professionnelle. De l'autre, Sarrazin possède litige, disciplinaire, construction, marchés publics, enquêtes et gestion de cabinet.
Dans la vraie vie, ils ont bâti une étude ensemble.
Dans notre campagne fictive de recrutement, ils se disputent la première place.
Et l'écart est mince.
Le verdict
PLQ, 41,5. PQ, 40,5.
Un seul point sépare les deux premiers.
Le PLQ gagne par sa profondeur et sa capacité à couvrir presque tous les grands secteurs du droit. Le PQ réplique par un groupe plus compact, mais particulièrement chargé en séniorité et en expertises pointues.
Puis viennent la CAQ, reine du droit public, le PCQ, orienté affaires et gouvernance, et Québec solidaire, boutique spécialisée en immigration, jeunesse et droits humains.
Évidemment, personne ne pourra mandater ces cabinets lundi matin.
Mais si les partis politiques étaient des recruteurs juridiques, certains auraient déjà de quoi faire saliver bien des chasseurs de têtes.
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