L'acheteur mystère de Sarrazin+Plourde sort de l'ombre
Rene Lewandowski
2026-08-21 15:00:08
Le cabinet des deux futurs adversaires politiques a trouvé preneur. Et le nouveau propriétaire savait très bien qu'il achetait un cabinet sans ses fondateurs…

Le mystère aura duré une journée. Nordence a annoncé jeudi l'acquisition du cabinet Sarrazin+Plourde et l'intégration de ses 15 professionnels au sein de sa division Trivium avocats.
Droit-inc révélait mercredi que le cabinet montréalais aurait déjà trouvé preneur auprès d'une jeune pousse du milieu juridique, sans que l'identité de l'acquéreur soit connue. C'est donc Nordence — 120 employés, huit places d'affaires au Québec, plus jeune cabinet à figurer au top 25 des plus grands cabinets juridiques de la province — qui met la main sur la boutique fondée en 2013.
La transaction survient alors que les deux associés fondateurs quittent la pratique pour la politique. Me Nicolas Plourde, ex-bâtonnier de Montréal et du Québec, a été confirmé le 13 août comme candidat du Parti libéral du Québec dans Anjou–Louis-Riel. Me Marie-Claude Sarrazin, procureure vedette de la commission Gallant sur le fiasco SAAQclic, fera pour sa part le saut sous les couleurs du Parti québécois. Sa candidature l'oblige à se départir de ses parts dans le cabinet.
Questionné par écrit par Droit-inc, Marc-Antoine Cloutier, président et chef de la direction de Nordence, ne cache pas que la transaction s'est conclue en sachant que les deux fondateurs partaient.
« Notre désir d'aller de l'avant avec cette acquisition, malgré le départ de Me Plourde et Me Sarrazin, a été renforcé par l'extraordinaire équipe de talents, la clientèle, l'expertise et le savoir-faire du cabinet », écrit-il.
En entrevue au journal Les Affaires, le dirigeant a précisé ce qui avait retenu son attention : les actifs intangibles du cabinet. Il évoque des processus internes et des façons de faire en intelligence artificielle qu'il qualifie d'« assez avancés » et qui permettront selon lui à Nordence de franchir des étapes supplémentaires dans cette direction.
Le communiqué diffusé jeudi, lui, ne souffle mot des départs des deux fondateurs. On y lit plutôt une citation de Me Sarrazin se réjouissant de joindre « un cabinet québécois qui partage notre vision et nos valeurs ».

La troisième associée du cabinet, Me Sophie Gratton, demeure au sein de l'organisation. Pas au même titre, toutefois.
Nordence précise ne pas fonctionner avec une structure d'associés, comme c'est le cas plus traditionnellement dans les cabinets juridiques. Me Gratton n'est donc pas actionnaire : elle agira comme directrice d'un département de pratique et siégera au comité de direction élargi de l'entreprise.
C'est elle qui chapeautera la transition des dossiers, avec Me Mélanie St-Onge, vice-présidente litige chez Nordence.
« Aucun dossier n'était travaillé exclusivement par les associés »

Reste la question qui intéresse le marché : que devient la clientèle quand les deux principaux générateurs de mandats quittent le navire ?
Me Cloutier soutient que le risque est contenu. Selon lui, l'une des forces de Sarrazin+Plourde est justement qu'aucun dossier n'était traité en vase clos par les associés, plusieurs membres de l'équipe y étant impliqués. Me Gratton connaîtrait par ailleurs très bien les dossiers et les clients.
Plusieurs avocats seniors de Nordence viendront s'impliquer dans les dossiers où Me Sarrazin et Me Plourde agissaient « davantage en appui » aux équipes qui restent, indique-t-il. Un plan d'action a été déployé pour assurer la continuité des mandats.
« La clientèle est également attachée à l'équipe et à d'autres facteurs qui demeurent, au-delà des dirigeants », plaide le dirigeant.
Nordence n'a pas précisé quelle proportion du chiffre d'affaires reposait sur la clientèle personnelle des deux fondateurs.

Le communiqué présentait la gouvernance et la gestion du savoir de Sarrazin+Plourde comme un actif stratégique en vue de l'intelligence artificielle. Qui portera cet héritage sans les fondateurs ?
Deux employées, répond Nordence : Marion Andrieu, cheffe des opérations, et Me Julia Pomeroy, directrice de la gestion du savoir. Elles travailleront avec Me St-Onge et avec le département de gestion du savoir de Nordence, dirigé par Me Sylvie F. Lévesque, en plus d'être appuyées par l'équipe innovation.
Les dirigeants des deux cabinets ont rencontré l'ensemble des employés au cours des derniers jours, des rencontres que Me Cloutier décrit comme des moments « empreints d'humanité et d'ouverture ».

Une situation unique
Nordence en est à sa deuxième transaction d'envergure cette année et d'autres sont annoncées pour 2026. Le départ des dirigeants d'une cible juste après son acquisition constitue-t-il un risque récurrent de cette stratégie de croissance ?
Me Cloutier écarte l'hypothèse. La situation serait « tout à fait particulière et unique ». Jusqu'ici, rappelle-t-il, les dirigeants des entreprises acquises par Nordence sont demeurés dans les rangs du cabinet.
Sarrazin+Plourde s'est fait connaître en droit disciplinaire, en contrats collaboratifs, en projets d'infrastructure et en transformation numérique. Son bureau devient la place d'affaires montréalaise de Nordence, qui compte aussi Saguenay, Brossard, Laval (2), Napierville, Saint-Jérôme et Rosemère.
Nordence n'a pas répondu aux questions de Droit-inc concernant l'échéancier précis des départs, l'incidence de ceux-ci sur la valorisation de la transaction, ni l'existence de clauses de rétention ou de non-concurrence liant les deux fondateurs.
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