Action collective contre le diocèse de Chicoutimi
Une action collective réclame des comptes pour des abus et violences subis à l’orphelinat de Chicoutimi. Qui sont les avocats derrière cette poursuite?

Une ancienne enfant placée à l’orphelinat de Chicoutimi lance une action collective, pour des abus subis au sein de l’établissement.
La demande d’autorisation d’une action collective vise la congrégation des Petites franciscaines de Marie, le diocèse de Chicoutimi et l’évêque de Chicoutimi. La première était responsable des enfants placés à l’orphelinat, tandis que les deux autres sont visés comme autorités responsables des religieux et de l’orphelinat.
La demanderesse, identifiée comme A.B., est représentée par Me Clara Poissant-Lespérance et Me Jessica Lelièvre du cabinet Trudel Johnston & Lespérance.
A.B. entend être désignée représentante du groupe composée de « toutes les personnes ayant subi des abus sexuels, physiques ou psychologiques alors qu’elles fréquentaient l’Orphelinat de l’Immaculée de Chicoutimi entre 1931 et 1968 inclusivement ».
Certaines personnes sont toutefois exclues du groupe. Il s’agit de celles qui ont donné une quittance dans le cadre du Programme national de réconciliation avec les orphelins et orphelines de Duplessis ayant fréquenté certaines institutions.
Abus sexuels, physiques et psychologiques
La demanderesse se décrit comme « une survivante d’abus sexuels, physiques et psychologiques subis alors qu’elle était jeune enfant placée à l’Orphelinat de Chicoutimi. Ces abus ont été commis par des religieux, religieuses ou laïcs sous la responsabilité des défenderesses », indique la demande d’action collective.

Durant la première période où elle était à l’orphelinat, la demanderesse a subi des agressions sexuelles par des religieux et des religieuses, derrière la chapelle de l’orphelinat, dans la pièce où ceux-ci se changeaient pour les offices.
« La demanderesse était seule avec les religieux lors des abus sexuels. Toutefois, elle sait que d’autres enfants ont vécu le même sort qu’elle. En effet, elle a vu d’autres enfants entrer dans la pièce qu’elle venait de quitter. Elle a aussi entendu des cris d’enfants venant de cette pièce », décrit la poursuite.
A.B. a aussi subi des attouchements de la part de religieuses, quand elle était dans son lit, au dortoir. « La demanderesse s’enfuyait souvent en criant et en protestant contre ces abus sexuels. Elle se faisait alors intercepter par d’autres religieuses qui la battaient », allègue la demande d’action collective. Ce type d’abus s’est poursuivi pendant des années, et les agresseuses n’étaient pas toujours les mêmes.
En plus de ces agressions, la demanderesse croit avoir été violée.
Par peur, A.B. n’a pas osé dénoncer les abus dont elle a été victime.
Quand elle a été de retour à l’orphelinat, A.B. a fait face à de nouvelles tentatives d’agressions sexuelles, « mais la demanderesse protestait davantage et les abus sexuels ont cessé ».
Outre les agressions sexuelles, la demanderesse a aussi subi de la violence physique et psychologique. « Elle était battue régulièrement, surtout lorsqu’elle tentait d’échapper ou de protester contre des sévices sexuels ». Elle était régulièrement enfermée dans une chambre noire sans lumière où il faisait très froid. Elle était souvent attachée sur des panneaux de lit, les bras et les jambes liés par des sangles, durant des heures. Elle a aussi été soumise avec des camisoles de force quand elle se débattait ou qu'elle refusait d’obtempérer.
Un climat de terreur
Souvent incapable de manger, il lui arrivait de vomir, mais les religieuses la forçaient à manger sous peine de se faire battre.
« Ces pratiques étaient courantes, si bien qu’elle a été directement témoin de la violence et des abus infligés à d’autres enfants », pointe la poursuite.
Les religieuses plaçaient des enfants nus sous la douche froide, et les battaient. Les orphelins pouvaient subir des chocs électriques. « Outre ces abus physiques, les religieux et religieuses faisaient régner un climat de terreur et abusaient psychologiquement des enfants. »
A.B. n'est jamais parvenue à surmonter les agressions subies, qui continuent d'entraîner des répercussions importantes sur son bien-être psychologique. Elle ressent encore aujourd'hui un sentiment persistant de danger imminent. Les abus ont compromis ses capacités à établir des liens affectifs et relationnels sains.
Les abus physiques, psychologiques et sexuels à l’orphelinat de Chicoutimi ont été documentés par des reportages de Radio-Canada en 2020 et en 2023. À la suite de ces révélations, la Ville de Saguenay et la Ville d'Alma ont adopté à l'unanimité des résolutions demandant le déclenchement d'une enquête publique sur les orphelinats catholiques du Québec, incluant l'orphelinat de Chicoutimi.
La demanderesse réclame que la Cour supérieure condamne les défenderesses à payer des dommages-intérêts aux membres du groupe, au titre des préjudices subis.
Partager cet article: