Tête-à-tête avec la nouvelle bâtonnière de Montréal
Une avocate en droit de la famille prend les rênes du Barreau de Montréal. Entrevue…

Nouvelle bâtonnière du Barreau de Montréal, Me Alice Popovici entame son mandat avec une idée centrale : faire évoluer la profession avec ambition. Elle succède à Me Valérie Assouline et devient la 161e personne, et la 11e femme, à occuper cette fonction.
Avocate en droit de la famille et fondatrice de Popovici Family Law Inc., Me Popovici pratique depuis 2011. Elle a d’abord évolué au sein de cabinets spécialisés en droit de la famille avant de fonder son propre cabinet en 2014.
Elle siège également au conseil du Barreau de Montréal depuis sept ans, où elle a occupé différents rôles, dont ceux de conseillère, trésorière et première conseillère.
Sous le thème « Évoluer avec ambition », la nouvelle bâtonnière entend orienter son mandat autour de la gouvernance, du développement professionnel des membres et de l’accès à la justice. On a jasé avec elle.
Votre bâtonnat s’articule autour du thème « Évoluer avec ambition ». Pourquoi avoir choisi ce thème et quelles seront vos priorités pour l’année à venir?
Le thème de l’évolution s’est imposé naturellement à moi, parce que je crois profondément que le droit, comme les individus et les institutions, doit constamment s’adapter et progresser. Le système de justice évolue, la profession évolue, et notre rôle comme ordre professionnel est d’évoluer de manière ambitieuse, mais toujours dans l’objectif premier du Barreau : la protection du public.
Dans cette optique, mes priorités s’articulent autour de trois grands axes. D’abord, poursuivre le travail de modernisation et d’amélioration de la gouvernance du Barreau. Ensuite, continuer à soutenir les initiatives liées au droit de l’immigration, qui représente un enjeu important pour la communauté montréalaise.
Finalement, et surtout, investir dans le développement professionnel des avocats. Je suis convaincue qu’un avocat bien formé, bien encadré et en constante évolution contribue directement à un meilleur accès à la justice. La compétence et le soutien des membres de la profession demeurent essentiels pour bien servir les citoyens.
Avez-vous déjà des projets concrets en tête pour soutenir cette évolution de la profession?
Oui, notamment la mise en place d’un programme de mentorat. J’aimerais créer davantage d’occasions de collaboration entre les avocats d’expérience et les jeunes praticiens. L’idée est de permettre un accompagnement concret, humain et accessible : offrir aux avocats plus juniors un espace pour poser leurs questions, développer leurs réflexes professionnels et être épaulés dans les premières années de pratique. Je crois énormément à la transmission des connaissances et au rôle des mentors dans notre profession.
L’accès à la justice demeure un enjeu important. Comment le Barreau peut-il rapprocher davantage les avocats des citoyens?
Le Barreau de Montréal offre déjà plusieurs initiatives très importantes en ce sens, et je souhaite continuer à les mettre en valeur. Je pense notamment au Service de référence, qui permet aux citoyens de consulter un avocat du secteur privé à coût réduit pour une première rencontre. Cette première consultation est souvent essentielle.
Beaucoup de gens arrivent dans un état de stress ou d’incertitude et ne savent tout simplement pas par où commencer. Le simple fait de parler à un avocat, de comprendre leurs droits et les prochaines étapes, peut énormément les rassurer. Il y a aussi les journées portes ouvertes du palais de justice, qui permettent au public de découvrir concrètement le fonctionnement du système judiciaire.
Les citoyens peuvent visiter les lieux, rencontrer des professionnels et même obtenir des consultations sommaires dans certains domaines, notamment en droit de la famille et en droit de l’immigration. À mon avis, ce contact humain entre les citoyens et les avocats est fondamental pour renforcer la confiance envers le système de justice.
Le droit de la famille est au cœur de votre pratique. Qu’est-ce que ce domaine vous a appris, autant sur le plan professionnel qu’humain?
Le droit de la famille m’a énormément appris sur l’évolution humaine. C’est d’ailleurs ce qui a inspiré mon thème de bâtonnat. Dans cette pratique, on accompagne souvent les gens dans les moments les plus difficiles de leur vie. On les rencontre dans une période de crise, de stress ou de grande vulnérabilité. Mais avec le temps, on voit aussi leur reconstruction, leur progression et leur capacité à retrouver un équilibre.
Cette évolution, je l’ai aussi vécue personnellement. Je suis arrivée au Canada de la Roumanie à l’âge de sept ans. Mes parents ont recommencé leur vie ici avec très peu de moyens. Mon père, qui était chirurgien, a dû reprendre ses études au Québec, pendant que ma mère faisait différents emplois pour soutenir la famille. Leur persévérance nous a permis, à mon frère et moi, de devenir avocats au Québec.
Professionnellement, mon parcours m’a aussi appris l’importance de l’apprentissage continu. J’ai travaillé dans différents milieux, cabinets privés, cabinet national, avant de fonder mon propre cabinet en 2014 afin de trouver un meilleur équilibre entre ma carrière et ma vie personnelle.
D’où vous est venu votre intérêt pour le droit de la famille?
J’ai toujours été attirée par l’aspect humain du droit de la famille. C’est un domaine où la relation avec le client est très importante. Souvent, les gens nous consultent dans un moment extrêmement difficile.
Mon rôle est évidemment juridique, mais il consiste aussi à les accompagner, à leur donner des repères et à leur permettre de voir qu’il existe une issue positive après cette période de crise. J’aime voir cette évolution chez mes clients : les voir retrouver confiance, stabilité et espoir après une étape particulièrement éprouvante de leur vie.
Avez-vous observé une évolution des réalités familiales au fil des années?
Les réalités familiales ont beaucoup changé, et le droit a dû évoluer avec elles. On peut penser, par exemple, à l’évolution des notions liées à la garde partagée ou encore à la reconnaissance croissante des différentes dynamiques familiales. Depuis le début de ma pratique, j’ai aussi vu les tribunaux améliorer plusieurs aspects du traitement des dossiers familiaux, notamment en matière de délais et de services offerts aux familles.
Il y a également eu des changements législatifs importants récemment, notamment concernant les conjoints non mariés au Québec. Tout cela transforme la façon dont les avocats accompagnent leurs clients. On constate aussi une forte demande en droit de la famille, ce qui explique pourquoi le Barreau de Montréal soutient davantage les étudiants et jeunes avocats qui souhaitent se diriger vers cette pratique.
Quel conseil donneriez-vous à une jeune avocate ou un jeune avocat qui débute dans la profession?
Je dirais d’abord : trouver un équilibre. La profession est passionnante et exigeante, mais il est essentiel de préserver un équilibre entre la pratique et la vie personnelle. On peut être profondément engagé dans son travail tout en prenant soin de soi.
Ensuite, je dirais qu’il faut être extrêmement préparé. La rigueur et la préparation sont essentielles pour bien représenter ses clients et protéger le public. Donc, pour moi, les deux principes fondamentaux sont vraiment l’équilibre et la préparation.
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