Des étudiants en droit au service des plus démunis
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Delphine Jung
2017-03-27 16:00:00

François Létourneau-Prézeau, Édith Perrault et Teddy Tabet ont fondé l’OSBL Thémis : J.U.R.I.S, pour « juristes uni.e.s résolu.e.s à informer la société » au printemps 2016. Le projet a été entièrement mis sur pied cet automne. Katherine Loudin, employée au collège Montmorency, a aussi participé à la création de l’organisme.
Son but est de « bâtir une communauté de juristes prêts à informer la population sur leurs droits. On dit bien que nul n’est censé ignorer la loi, mais nul ne la connaît », explique François Létournerau-Prézeau, président de Thémis : J.U.R.I.S.
Ignorance juridique
L’idée a germé dans sa tête « lors d’une crise d’insomnie » : « je me questionnais sur mon cheminement, sur mon parcours en droit, et j’en ai parlé avec Teddy et Édith. On a ensuite commencé à établir la philosophie du projet, le public visé etc. », poursuit le président.
« Nous nous sommes rendus compte que plus tu connais le droit, plus tu te rends compte de l’ignorance populaire. Ceux qui sont hors d’un cursus juridique n’ont pas vraiment accès à de l’information juridique », ajoute Édith, vice-présidente interne, tout en soulignant tout de même les actions menées par Éducaloi.
Il faut dire que les trois jeunes ont choisi le droit parce qu’il est « un outil de changement social », dit François. « J’ai travaillé dans le social et j’ai pu me rendre compte que les lois ont aussi des impacts sur les gens marginalisés », explique Édith.
Teddy, vice-président externe, quant à lui, a travaillé dans la fonction publique et côtoyait beaucoup d’avocats : « ça n’a donné envie de changer de carrière, puis je me suis impliqué dans la clinique juridique itinérante et j’ai compris que si certaines personnes n’ont pas d’aide, elles ne vont jamais s’en sortir ».
Élargir l’offre à d’autres clientèles
Les trois étudiants, assistés par d’autres volontaires intéressés, ont commencé à monter des cours sur différents domaines du droit, tels que le droit du logement, du travail, de la santé, de la consommation et même le droit criminel. Après les avoir mis en forme et fait corriger par leur professeur, Martin Gallié, il fallait les proposer à un public qui n’a pas facilement accès à ses droits.
Aujourd’hui, une quarantaine de personnes sont impliquées dans le projet. Ils viennent principalement de l'UQAM, mais aussi de l’UdeM et de l’Université de Sherbrooke et les instigateurs espèrent bien que leur cause déclenche des vocations.
Les bénévoles donnent ainsi des formations à l’école SAS d’Outremont qui accueille des élèves raccrocheurs, et au collège Montmorency, dans leur programme de francisation pour les nouveaux arrivants. Ils vulgarisent le droit, présentent la chose de manière simple, sans donner de conseils juridiques, puisqu’ils n’y sont pas encore habilités.
« On se dirige vers d’autres secteurs aussi. On devrait bientôt aller dans des centres de refuges pour femmes et dans des maisons de réhabilitation pour ex-détenus », détaille le président.
Les trois jeunes ont en tout cas une vision bien affirmée de la situation actuelle. « Il y a un vrai problème d’engorgement des tribunaux au Québec, alors il faut vraiment développer les moyens de règlements alternatifs », dit Teddy. « Plus les gens connaîtront leur droits, plus ils seront capables de passer plutôt par la médiation et donc d’éviter les procédures longues et coûteuses », poursuit François.
Déterminés à donner une meilleure image des avocats, souvent perçus comme « des élites qui parlent aux élites », ils ont en tout cas des ambitions à la hauteur de leurs convictions et souhaitent offrir à leur organisme une présence sur tout le territoire provincial.
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