La justice sur le pas de la porte grâce au projet de juristes mobiles
Radio Canada
2026-05-04 14:15:43
Des avocates cherchent à démontrer la pertinence d'offrir de l'accompagnement juridique à domicile…

L’avocate Jasmine Laroche est pratiquement devenue une proche de la famille chez un couple du quartier Limoilou, à Québec. La plus belle chose qui m’est arrivée, c’est elle, dit l’aînée, dont on préserve l’anonymat en raison de ses démarches juridiques.
Depuis quelques mois, la juriste d’Info Justice se déplace chez elle pour l’aider à régler un différend, sans frais. Moi, si je ne l'avais pas, je serais dans la rue. Elle va me rassurer, elle va me mettre les choses à la bonne place. Si on n'a pas ça pour les personnes âgées, on ne sait pas où aller chercher des services, explique-t-elle.
Jasmine Laroche a fait plus de 150 visites du genre depuis les 7 derniers mois, grâce au projet pilote Juristes mobiles, financé par le Fonds d’études notariales de la Chambre des notaires. C'est une recherche-action en justice de proximité. Elle vise à desservir des communautés qui ne seraient pas desservies autrement par les services juridiques. On veut rejoindre les personnes, donc on se déplace, c'est la nature de mon travail. On va vers ces personnes-là qui ne sont pas nécessairement capables ou qui n'ont pas les moyens de se déplacer, explique la jeune avocate.

Conseiller, éclairer, accompagner
Deux autres juristes font partie du projet pilote. L’une d’elles offre de l’accompagnement juridique dans le milieu de vie de l’organisme de travail de rue Larue Bécancour, dans le Centre-du-Québec. Ils peuvent me poser des questions en matière de conflits de voisinage, de problèmes avec leur propriétaire ou d'aide sociale. Ça peut être des problèmes avec une infraction criminelle, un ticket qu'ils ont reçu, la DPJ, un conflit familial, la garde d'enfants, la pension alimentaire, une succession, un testament. Il y a plein de choses parce que le droit est dans tous les aspects de la vie, précise l’avocate Claudia Verreault.
« La conscience juridique, c'est de comprendre qu'on a une problématique. Quelqu'un va se mettre à me parler de sa situation, puis moi, avec ma tête de juriste, je vais déceler des aspects juridiques que la personne n'a pas décelés », ajoute Me Verreault. Les juristes n’agissent pas comme représentante au tribunal, mais elles accompagnent les plus vulnérables dans les dédales du monde juridique pour les aider à prendre des décisions éclairées ou encore à simplement naviguer dans le système.

« Il y a une grosse fracture numérique, aussi. Moi j'arrive souvent dans des endroits où il n'y a pas de Wi-Fi, pas d'ordinateur évidemment, pas de téléphone intelligent, donc, moi, je peux pallier aussi à ça », souligne Me Jasmine Laroche, avocate chez Info Justice.
Les services des juristes mobiles se concentrent actuellement sur les aînés, les personnes vivant en milieu isolé, les personnes autistes, ayant une déficience intellectuelle ou un trouble langagier et les jeunes, dans trois régions du Québec. L’objectif du projet pilote est de démontrer la nécessité de déployer ce genre de services de proximité à plus grande échelle.

C’est dans cette optique que tout ce que Jasmine Laroche et Claudia Verreault font, avec une troisième collègue de la Montérégie, est comptabilisé, documenté et étudié.
C’est l’équipe de l’avocate Valentine Fau, de l'Institut québécois de réforme du droit et de la justice (IQRDJ), qui s’en occupe.
« L'idée est d'avoir des données pour dire : regardez, il y a tant de bénéficiaires qui ont eu accès à ce projet-là, puis tant de bénéficiaires sont vraiment satisfaits », explique la chercheuse.
Les résultats de l’étude sur le terrain seront publiés l’an prochain, mais les données préliminaires laissent présager de grands besoins et des vides juridiques dans plusieurs régions du Québec. Au final, les avocates espèrent démontrer à quel point les questions juridiques ont une incidence sur la santé globale des gens qu’ils rencontrent.

« Il y a une dame qui me donne toujours des pantoufles quand j’arrive chez elle. La dernière fois, elle me dit : Tes pantoufles sont encore à la même place dans l’entrée parce que personne n’est venu me voir depuis que tu es venue. Ça faisait un mois que je n’y étais pas allée…» se souvient Jasmine Laroche.
L’avocate a prolongé sa visite, ce jour-là.
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