Une avocate ouvre son cabinet une semaine après son assermentation!
Une juriste immigrante et mère de deux enfants a quitté la sécurité d’un poste à la Cour fédérale pour passer son barreau et se lancer à son compte…

Le 13 février 2026, Me Ramatoulaye Barry n’a pas seulement enfilé la robe d’avocate. Elle a aussi posé un geste que plusieurs juristes juniors n’oseraient pas faire aussi vite : elle a enregistré son cabinet.
Une semaine plus tard, elle se lançait officiellement dans l’arène juridique à la tête de Ayram Barry Avocat.
Pour certains, cette décision apparaîtrait comme de la précipitation. Mais pour cette avocate d’origine guinéenne arrivée au Canada en 2012, ce choix n’avait rien d’un coup de tête. Il marque la fin d’un long processus ponctué de retour aux études, de maternité, d’années passées à la Cour fédérale et d’un sentiment persistant : ne pas être allée au bout de sa vocation.
Recommencer à zéro
Le parcours de Me Barry raconte une réalité que connaissent plusieurs juristes formés à l’étranger : recommencer, prouver ses compétences, supporter la pression financière.
Le droit et la justice l’ont toujours attirée. « J’aime profondément l’humain, confie-t-elle, et je voulais faire du droit pour associer cette humanité à mon travail. Rassurer ceux qui en ont besoin, prendre le fardeau de leurs problèmes, apporter des solutions. C’est très nourrissant. »
Même si elle possédait déjà une licence en droit en Guinée, Mme Barry s’est relancée ici dans un parcours académique complet à la faculté de droit civil de l’Université d’Ottawa, tout en s’adaptant à son pays d’adoption. Quatre ans plus tard, elle avait son diplôme de droit en poche.
Puis, elle a décroché à compter de 2018 un emploi de coordonnatrice du programme des auxiliaires juridiques au sein de la Cour fédérale, avant d’intégrer les services de gestion et le greffe.
À priori, le parcours professionnel de Mme Barry aurait pu s’arrêter là, puisqu’elle avait des conditions de travail enviables. C’est d’ailleurs avec cette idée en tête que la juriste a eu deux enfants pendant cette période.
« Un moment de réflexion important s’est cependant imposé après mon deuxième congé de maternité, avoue-t-elle. J’avais le sentiment de ne pas être allée au bout de mon parcours, et je souhaitais montrer à mes enfants un certain modèle. »
Mme Barry a alors décidé, contre toute attente, de quitter son travail confortable pour décrocher son barreau… neuf ans après ses derniers cours de droit.
L’appel de la vocation
La juriste ne nie pas que son retour sur les bancs d’école a été exigeant. « Le plus grand défi de cette période a été de concilier mes études avec mes responsabilités de mère, d’épouse et de future avocate. Après plusieurs années de travail, j’avais également oublié plusieurs notions juridiques, si bien que j’ai dû reprendre l’apprentissage des 12 matières de droit appliqué », raconte-t-elle.
Discipline, persévérance, détermination et un grand sens de l’organisation ; Mme Barry a dû faire preuve de toutes ces qualités pour jongler entre toutes ses priorités. « Mes journées étaient planifiées presque heure par heure entre les cours, les travaux, les révisions et ma vie de famille », poursuit-elle. Je profitais de chaque moment où mes enfants étaient à la garderie pour me consacrer pleinement à mes études. Chaque instant devait être optimisé : l’heure de la sieste, les soirées, les fins de semaine et même une fois les enfants couchés la nuit. »
De cette expérience intense, la juriste ne regrette rien. « J’ai appris, dit-elle, que les responsabilités ne sont pas nécessairement des obstacles. Au contraire, elles peuvent devenir une source de motivation pour se dépasser ».
Le grand saut entrepreneurial
Pourquoi Me Barry s’est-elle ensuite lancée à son compte dès son assermentation ? N’avait-elle pas d’appréhension ?
L’avocate admet qu’elle disposait déjà d’une bonne base de contacts et de clients potentiels : « Grâce à mon implication dans la communauté et à mon parcours personnel et professionnel, j’étais déjà bien connue de plusieurs personnes qui me faisaient confiance et attendaient même mon assermentation pour me confier leurs dossiers ».
Sa pratique a ainsi démarré avec des dossiers en droit de l’immigration, notamment des demandeurs d’asile et des réfugiés. Me Barry ajoute que ces premiers mandats ont confirmé son désir d’exercer une pratique humaine, accessible et axée sur l’accompagnement de clients qui traversent des moments déterminants de leur vie.
« Mon propre parcours d’immigration influence profondément ma relation avec mes clients, témoigne-t-elle. Je comprends concrètement les défis, les inquiétudes et les espoirs qui accompagnent l’arrivée dans un nouveau pays. J’ai à cœur de les accompagner avec respect, sensibilité et professionnalisme. »
En plus de sa spécialité en droit de l’immigration, l’avocate offre aussi des services en droit des affaires, notamment pour les entrepreneurs en processus de création et de structuration d’entreprises, en droit immobilier (y compris les litiges liés aux vices cachés et les recours devant le Tribunal administratif du logement), et en droit de la famille.
Visiblement épanouie dans son nouveau rôle, Me Barry termine notre rencontre en passant un message à toutes celles et ceux qui pourraient hésiter à retourner aux études tardivement ou à se réorienter : « Je pense avoir prouvé, dit-elle, que même si on est une femme, même si on vient d’ailleurs, même si on a des enfants, on peut faire des choses extraordinaires. Cela prend de la volonté, de la persévérance et de la discipline, mais si l’on croit assez fort en ses rêves, ils se réalisent. »
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