Un condamné à perpétuité étudie le droit à McGill!
Thomas Vernier
2026-10-16 15:00:14
En semi-liberté, un condamné pour meutre suit des cours à la Faculté de droit de McGill depuis août. Des étudiantes dénoncent…

La présence d'un homme condamné pour meurtre à la Faculté de droit de l'Université McGill divise les étudiants, rapporte CBC News.
Jeffrey George Ewert purge une peine d'emprisonnement à perpétuité pour un meurtre au deuxième degré et une tentative de meurtre, liés à deux agressions commises contre des femmes en Colombie-Britannique en 1984. En semi-liberté depuis 2025, il suit des cours de droit et participe à des activités de la faculté depuis le mois d'août.
Des étudiantes qui ont parlé à CBC sous le couvert de l'anonymat reprochent à l'université de ne pas les avoir informées. « Pour moi, c'est vraiment le manque de transparence », a confié l'une d'elles (traduction libre). Une plainte officielle aurait été déposée auprès de l'administration par d'autres étudiants.
D'autres étudiants, qui connaissaient son passé et ont passé du temps avec lui, disent ne s'être jamais sentis menacés. « Il y a une différence entre se sentir mal à l'aise et être en danger », a fait valoir l'une d'elles.

Invoquant les lois sur la protection des renseignements personnels, McGill refuse de commenter ce cas. Un porte-parole rappelle que la vérification des antécédents criminels ne fait habituellement pas partie des processus d'admission des universités canadiennes.
L'université affirme qu'elle agirait « rapidement et de manière décisive » si des informations préoccupantes sur le passé ou le comportement d'un étudiant étaient portées à son attention, et qu'elle reverrait alors activement ses processus d'admission pour éviter qu'une telle situation se reproduise.
Selon les étudiants, M. Ewert n'est plus revenu sur le campus depuis le 6 octobre, ce qu'a confirmé son avocate, Nora Demnati, présidente de l'Association canadienne de droit carcéral.
Celle-ci affirme que son client a présenté sa demande avec l'aide d'étudiants et de professeurs, et que McGill « était pleinement au courant de son passé, de son statut et de ses origines ». « C'est ce que la réhabilitation veut dire », plaide-t-elle.

Jeffrey George Ewert n'est pas un inconnu du monde juridique. Il a mené de nombreux recours sur les droits des détenus, notamment autochtones, dont l'arrêt Ewert c. Canada, rendu par la Cour suprême en 2018, sur la fiabilité des outils d'évaluation du risque utilisés auprès des détenus autochtones. En avril 2025, il avait aussi participé, comme président de la Confédération canadienne des travailleurs détenus, à une table ronde de la Faculté de droit de McGill sur le travail en prison, selon le média étudiant Frequency News.
Et l'accès à la profession?
L'affaire soulève aussi une autre question : un diplôme en droit ne garantit pas l'accès au Barreau. Au Québec, le Code des professions permet à un ordre de refuser un permis à une personne déclarée coupable d'une infraction criminelle liée à l'exercice de la profession, sauf si elle a obtenu un pardon. Le Barreau évalue aussi la conduite des candidats : en 2025, le Tribunal des professions a confirmé le refus d'admettre un aspirant avocat qui avait minimisé ses antécédents. D'autres, en revanche, ont fini par passer de la prison au Barreau.
Partager cet article: