Au cœur d’une pratique tournée vers les communautés autochtones

Au cœur d’une pratique tournée vers les communautés autochtones
Sonia Semere

Sonia Semere

2026-09-30 14:15:46

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Une avocate nous parle de sa pratique auprès des communautés autochtones, où l’écoute, l’accompagnement et la protection des droits occupent une place centrale.


Alexia Legault - source : Droit-inc

Animée dès le début de ses études par l’idée que le droit peut contribuer à protéger les personnes les plus vulnérables, Me Alexia Legault s’est d’abord intéressée aux droits de la personne et au droit international.

Son parcours l’a menée de la Commission canadienne des droits de la personne à la Cour pénale internationale, en passant par une maîtrise aux Pays-Bas. Ces expériences lui ont permis de mieux comprendre les réalités d’une carrière en droit international, mais aussi de réfléchir à la manière dont elle souhaitait, concrètement, exercer le droit et contribuer à la protection des personnes vulnérables.

Constatant qu’elle souhaitait avoir un impact plus direct dans sa pratique, elle a choisi de réorienter son parcours vers le droit civil. Aujourd’hui avocate chez Dionne Schulze, Me Legault met cette volonté au service d’une pratique axée notamment sur les droits des peuples autochtones.

En entretien avec Droit-inc, elle revient sur son parcours, les réflexions qui l’ont amenée à revoir sa trajectoire professionnelle et les compétences acquises au fil de ses expériences en droit international.

Quelles compétences acquises durant votre parcours en droit international vous sont encore utiles aujourd’hui dans votre pratique chez Dionne Schulze?

J'ai surtout appris à avoir une certaine rigueur dans mon analyse de dossiers assez complexes, où il y a énormément de faits à analyser. J'ai aussi appris à avoir une écoute très active, qui inclut de poser des questions sur des enjeux connexes qui ne sont peut-être pas immédiatement liés au dossier que l'on travaille, mais qui peuvent avoir des ramifications dans celui-ci.

J'ai appris à avoir un esprit assez ouvert. Par exemple, lorsqu'on rédige une certaine procédure, on a un objectif précis, mais il existe parfois différents chemins pour parvenir à cet objectif. C'est quelque chose que j'ai beaucoup vu à la Cour pénale internationale. Quand on prépare un témoin, on ne le prépare pas seulement à parler de certains sujets. On fait une analyse approfondie de tout son parcours et de tout ce qui aurait pu influencer celui-ci.

Vous avez aujourd’hui une pratique assez particulière chez Dionne Schulze. Sur quels dossiers travaillez-vous concrètement et en quoi consiste votre rôle au quotidien?

Je travaille dans un dossier très, très spécifique. Avant que je me joigne au cabinet, celui-ci avait négocié une entente de règlement dans le cadre d'un recours collectif. Je travaille directement dans la période de réclamation de ce recours collectif. En gros, le cabinet travaille dans un recours qui s'appelle le recours sur les foyers familiaux. Le gouvernement du Canada avait un programme, entre 1951 et 1992, dans le cadre duquel différentes personnes autochtones, notamment des élèves et des enfants, étaient placées dans des familles pour aller à l'école.

C'était un peu un pendant du programme des pensionnats. Dans ces familles, certaines personnes ont vécu des abus psychologiques, physiques et sexuels. Aujourd'hui, elles peuvent réclamer une compensation pour les abus qu'elles ont vécus dans ces foyers familiaux. La période de réclamation s'étend sur deux ans et demi et doit prendre fin en février 2027. J'accompagne les membres dans leur réclamation afin qu'ils puissent obtenir leur compensation.

Mais nous avons aussi un deuxième rôle : nous nous assurons que les intérêts des membres du sous-groupe du Québec soient protégés pendant la période de réclamation. On veille notamment à ce que l'accord de règlement soit bien interprété et bien appliqué afin de protéger leurs droits.


Comment se déroulent ces rencontres et quel est concrètement votre rôle auprès d'eux?

C'est très spécifique, mais je me déplace dans les communautés. Je suis allée dans environ une quinzaine de communautés au cours des deux dernières années pour rencontrer des membres. Je m'assois avec eux et ils me racontent leur histoire. Ils me racontent ce qu'ils ont vécu, les différents abus psychologiques, physiques et sexuels, ainsi que les impacts que ces abus ont eus sur eux à long terme.

À partir de cette histoire, j'applique les critères prévus dans le cadre du processus de réclamation. La réclamation se fait entièrement sur papier. Je remplis les formulaires qui correspondent à leur expérience. Parfois, il faut reformuler les récits d'abus pour qu'ils correspondent à la grille de compensation. Je m'assure ensuite de les représenter de A à Z.

Vous accompagnez donc des personnes qui doivent parfois raconter, pour la première fois, des événements vécus il y a plusieurs décennies. Comment abordez-vous cette dimension particulièrement sensible de votre pratique et comment établissez-vous un lien de confiance avec les personnes que vous représentez?

C'est un processus qui est extrêmement traumatique. Devoir revisiter des abus qui ont eu lieu il y a 40 ans, c'est extrêmement difficile. Tous les avocats de notre bureau sont formés pour avoir une meilleure approche en matière de traumatismes. On est formés dans notre approche, mais on a aussi bâti un système qui essaie d'être le moins retraumatisant et le moins revictimisant possible.

Concrètement, il faut établir un lien de confiance avec la personne. Il faut qu'elle sente qu'on travaille pour elle. Mais il faut aussi comprendre que des abus de cette nature ne sont pas toujours divulgués dès la première rencontre. Parfois, ça se fait progressivement. On veut que la personne soit à l'aise de nous dire : « Je ne suis pas prête à divulguer des abus pour l'instant. »

Ce que je dis souvent à mes clients, c'est que ce sont des plaies qui ont été faites il y a 40 ans, qui se sont maintenant refermées, mais qui se sont peut-être mal refermées parce qu'ils n'ont jamais eu le soutien dont ils avaient besoin pendant leur enfance et par la suite. Pour certains d'entre eux, nous rencontrer est une occasion de rouvrir ces plaies, mais aussi de mieux les refermer.

Pour finir, je souhaitais également souligner que notre cabinet souhaite encourager les avocats du Québec à accompagner les membres dans leurs démarches de réclamation, alors que la période de réclamation prendra fin en février 2027.

Les avocats qui souhaitent s’impliquer peuvent être accompagnés et formés par notre cabinet, qui met à leur disposition les outils développés dans le cadre du recours. L’objectif est de favoriser l’accès à cette aide juridique au plus grand nombre de membres possible.

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