Comment une intervenante sociale est devenue parajuriste

Comment une intervenante sociale est devenue parajuriste
Sonia Semere

Sonia Semere

2026-07-03 15:00:42

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Quand une situation personnelle mène au droit des affaires… Rencontre avec une parajuriste au parcours atypique.


Dhaïlla Caltagirone Fournier

Dhaïlla Caltagirone Fournier a ce que l'on appelle un parcours singulier. Pendant plusieurs années, elle œuvre comme intervenante sociale auprès des jeunes et des personnes vulnérables. Rien ne la destine alors à une carrière dans le domaine juridique.

Pourtant, au cours de son parcours professionnel, une situation personnelle l'amène à comparaître devant le Tribunal administratif du travail. Au fil de ses recherches et de sa préparation, elle développe sans le savoir les réflexes d'une parajuriste. La fibre juridique est née.

Après avoir complété sa formation en techniques juridiques, Dhaïlla Caltagirone Fournier fait carrière pendant huit ans chez BCF.

Aujourd'hui, tout juste arrivée chez Gowling, elle a accepté de nous parler du chemin qui l'a menée vers cette profession encore méconnue du grand public, de ce qui la passionne au quotidien et du rôle essentiel que jouent les parajuristes au sein des cabinets d'avocats.

Après plusieurs années chez BCF, vous avez rejoint Gowling. Qu’est-ce qui vous a attirée vers ce cabinet?

J’ai beaucoup appris chez BCF et j’ai connu une belle évolution. Honnêtement, je n’envisageais pas de changer d’employeur sans qu’il y ait une véritable valeur ajoutée pour la suite de ma carrière. Lorsque Gowling m’a approchée, j’ai rapidement perçu l’intérêt de cette opportunité. Il s’agit d’un cabinet d’envergure nationale qui intervient sur des dossiers et des transactions de grande ampleur.

J’y ai vu la possibilité de poursuivre mon développement professionnel dans un nouvel environnement et de relever de nouveaux défis. Sans rien enlever à ce que BCF m’a apporté, j’ai senti qu’il y avait là une réelle plus-value pour mon parcours.

Revenons sur votre métier. Comment êtes-vous devenue parajuriste?

Pendant plusieurs années, j’ai travaillé dans le domaine de l’intervention sociale. J’ai notamment œuvré dans des maisons des jeunes et dans le travail de rue. À l’époque, je n’avais aucun lien avec le milieu juridique.

Puis, à la suite d’une situation personnelle particulière, j’ai dû constituer moi-même un dossier afin de défendre mes intérêts. Je n’avais aucune formation juridique, alors j’ai simplement fait de mon mieux en m’appuyant sur mon sens de l’organisation et ma capacité à chercher l’information.

À la fin de l’audience devant le tribunal administratif, une personne est venue me voir et m’a demandé si je travaillais dans le domaine juridique. Lorsque je lui ai répondu que non, elle m’a suggéré de sérieusement envisager une réorientation de carrière. Cette remarque m’a surprise, mais elle a aussi éveillé ma curiosité.

J’ai alors commencé à me renseigner sur les différents métiers du secteur. Je ne me voyais pas devenir avocate, mais en poursuivant mes recherches, j’ai découvert la profession de parajuriste.

J’ai contacté une école et, par un heureux concours de circonstances, les inscriptions se terminaient deux jours plus tard. J’ai donc intégré la formation en techniques juridiques presque immédiatement. Après mes études, j’ai effectué mon stage chez BCF et je n’ai jamais quitté le domaine depuis.


Lorsque vous prépariez votre propre dossier, aviez-vous déjà développé un intérêt pour le droit?

Pas consciemment. Sur le moment, mon objectif était simplement de gérer la situation du mieux possible. Je voulais être préparée, organisée et rigoureuse.

Avec le recul, je réalise que certains réflexes étaient déjà présents. Je cherchais à comprendre les règles, à structurer l’information et à bâtir un dossier solide. Mais je ne me suis jamais dit que cela pouvait devenir un métier. Ce n’est qu’après qu’on me l’a fait remarquer que j’ai pris conscience que j’avais peut-être des aptitudes naturelles pour évoluer dans cet univers.

En quoi consiste concrètement votre rôle de parajuriste en droit des affaires?

Je travaille principalement en droit corporatif et en droit transactionnel. Mon rôle consiste à accompagner les avocats dans toutes les étapes des dossiers. Cela comprend notamment la rédaction juridique, l’analyse de documents, la préparation des dossiers et le suivi des différentes formalités.

Je suis particulièrement impliquée dans les transactions. Nous participons activement à la préparation et à la réalisation des opérations, tout en assurant le respect des exigences légales et administratives. C’est un travail collaboratif où chacun apporte son expertise.

Contrairement à certaines idées reçues, le rôle du parajuriste ne se limite pas à l’exécution de tâches administratives. Nous contribuons à la réflexion, nous posons des questions, nous analysons les situations et nous participons à la recherche de solutions. Cette contribution fait partie intégrante de la valeur que nous apportons aux dossiers.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret de cette valeur ajoutée?

Dans le cadre d’une transaction impliquant plusieurs opérations corporatives, comme des fusions, des continuations ou des prorogations, il faut coordonner un grand nombre d’intervenants et respecter des échéances très précises.

Les parajuristes jouent un rôle central dans cette gestion. Nous assurons le suivi des délais, les communications avec les autorités gouvernementales et la coordination des différentes étapes jusqu’à la clôture de la transaction. Cette vision d’ensemble permet de maintenir le dossier sur la bonne voie et d’éviter de nombreux écueils.

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans ce métier?

Je crois qu’il faut aimer organiser, structurer et analyser l’information. Être parajuriste demande beaucoup de rigueur, mais aussi une grande curiosité intellectuelle.

J’aime comprendre comment les choses fonctionnent, décortiquer les situations et chercher la meilleure façon de procéder. J’apprécie aussi le fait qu’il existe toujours de nouvelles questions à explorer et de nouveaux défis à relever.

Ce qui me stimule particulièrement, c’est que l’on n’arrête jamais d’apprendre. Le droit évolue constamment, tout comme les pratiques d’affaires. Il est impossible d’avoir l’impression d’avoir tout vu ou tout compris. Cette évolution permanente est extrêmement motivante sur le plan intellectuel.

Après plusieurs années d’expérience, avez-vous constaté une évolution du métier ?

Je constate que les parajuristes sont aujourd’hui davantage reconnus comme de véritables professionnels du droit plutôt que comme du simple personnel de soutien.

Cette évolution reflète mieux la réalité de notre travail. Les cabinets reconnaissent de plus en plus la valeur ajoutée que nous apportons aux dossiers. La collaboration entre avocats et parajuristes est également plus forte qu’auparavant, ce qui contribue à améliorer l’efficacité des équipes et la qualité du service offert aux clients.

Je pense que les parajuristes démontrent au quotidien leur capacité d’analyse et leur compréhension des enjeux juridiques. Nous posons beaucoup de questions, nous cherchons à comprendre le raisonnement derrière les décisions et nous développons progressivement notre propre réflexion juridique. Cette curiosité et cette implication permettent d’apporter une contribution concrète aux dossiers.

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