L'avocat qui participe aux décisions d'affaires
Le VP juridique d’une grande entreprise revient sur le rôle grandissant des avocats en entreprise. rencontre…

Les avocats en entreprise sont aujourd'hui appelés à jouer un rôle qui dépasse largement les questions juridiques. Ils participent aux décisions stratégiques, accompagnent l'innovation et représentent leur organisation auprès des gouvernements.
C'est le quotidien de Jérôme Cantin, vice-président aux affaires juridiques et affaires publiques chez Prévost, un fabricant québécois d'autocars qui fait partie du groupe Volvo.
Après une dizaine d'années en pratique privée, il évolue depuis près de dix ans au sein de l'entreprise, où il siège au comité de direction et intervient autant sur les enjeux juridiques que réglementaires et stratégiques.
À ces responsabilités s'ajoute désormais un nouveau mandat : il vient d'être nommé président du conseil d'administration de Propulsion Québec.
On a discuté avec lui de ce qui l’attend dans le cadre de son nouveau mandat ainsi que de l’évolution du rôle des avocats en entreprise.
Vous venez d'être nommé président du conseil d'administration de Propulsion Québec. Qu'est-ce que cette nomination représente pour vous et qu'est-ce qui vous a convaincu d'accepter ce mandat?
Je suis impliqué au sein de Propulsion Québec depuis maintenant trois ans comme administrateur, notamment au sein des comités de gouvernance et des ressources humaines. J'avais envie de m'investir davantage et de contribuer à une nouvelle étape de son développement.
J'ai accepté ce mandat parce qu'il rejoint profondément mes valeurs personnelles. La décarbonation des transports est un enjeu qui me tient à cœur, mais c'est aussi un domaine dans lequel j'œuvre quotidiennement comme vice-président aux affaires juridiques et affaires publiques chez Prévost. C'est donc une façon de mettre mon expérience au service d'une mission qui me passionne.
Quelles seront vos principales priorités à la tête de Propulsion Québec?
La mission de Propulsion Québec est claire : faire du Québec un chef de file de la décarbonation des transports terrestres, particulièrement dans le secteur des véhicules moyens et lourds. On parle souvent des voitures électriques, mais les camions, les autobus et les autocars représentent une part importante des émissions de gaz à effet de serre. C'est là que se trouvent les gains les plus significatifs.
Nous arrivons aussi à un moment charnière. Pendant plusieurs années, l'industrie a développé des technologies et réalisé des projets pilotes. Aujourd'hui, le défi est différent : il faut accélérer le déploiement des véhicules zéro émission et favoriser leur adoption à grande échelle. C'est cette transition que je souhaite accompagner durant mon mandat.
Vous arrivez à la présidence avec une solide expérience d'avocat. En quoi ce regard juridique constitue-t-il un atout pour Propulsion Québec?
Le secteur du transport est fortement réglementé et le devient de plus en plus. Comprendre cet environnement permet d'anticiper les enjeux, d'éviter certains obstacles et d'accélérer le développement des projets.
Cela dit, depuis près de dix ans en entreprise, je ne me définis plus uniquement comme avocat. Je siège au comité de direction et je participe aux décisions stratégiques de l'entreprise. Ma vision est aujourd'hui beaucoup plus globale : je dois concilier les enjeux juridiques, commerciaux, industriels et gouvernementaux.
À quoi ressemble votre quotidien comme vice-président aux affaires juridiques et affaires publiques chez Prévost?
Une grande partie de mon travail consiste à participer aux orientations stratégiques de l'entreprise. Nous réfléchissons à notre développement puis nous travaillons avec les équipes pour concrétiser cette vision. J'interviens aussi dans les affaires publiques. L'objectif est d'accompagner l'innovation en travaillant avec les gouvernements afin que les cadres réglementaires évoluent au même rythme que les nouvelles technologies.
Dans plusieurs cas, la réglementation n'a tout simplement pas suivi l'évolution de l'industrie. Contrairement à certaines perceptions, les relations gouvernementales ne consistent pas uniquement à défendre les intérêts d'une entreprise. Elles permettent aussi d'expliquer les réalités du terrain et de contribuer à l'élaboration de règles mieux adaptées aux innovations.
Quels sont aujourd'hui les principaux enjeux juridiques auxquels vous devez faire face?
Le premier enjeu est l'incertitude commerciale liée aux droits de douane américains. Même si nos autocars respectent les exigences de l'Accord de libre-échange, ils sont soumis à un tarif de 10 %. L'impact financier est considérable puisqu'il réduit notre capacité d'investir dans l'innovation et le développement.
Au-delà du coût lui-même, c'est surtout l'incertitude qui complique les décisions d'affaires. Nous devons travailler étroitement avec les gouvernements, tant au Canada qu'aux États-Unis, pour faire valoir les intérêts de Prévost et du groupe Volvo. Un autre enjeu majeur est la responsabilité du fabricant sur le marché américain. Les recours peuvent atteindre des montants extrêmement élevés, ce qui exige une gestion très rigoureuse des risques.
Vous avez pratiqué pendant une dizaine d'années en litige avant de passer en entreprise. Qu'est-ce que cette transition vous a apporté?
Le litige m'a donné une excellente capacité d'analyse et une grande agilité. On apprend à évoluer dans des contextes complexes et à prendre des décisions rapidement. L'entreprise m'a ouvert de nouveaux horizons. Je touche aujourd'hui à la stratégie, aux affaires publiques, à l'innovation, aux relations internationales et même à des aspects techniques liés à la conception de nos véhicules.
J'ai également eu l'occasion de travailler plusieurs mois en Suède avec les équipes du groupe Volvo. Cette expérience m'a permis de développer une vision beaucoup plus internationale et multidisciplinaire de mon métier.
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