De procureure à candidate, elle veut auditer l'État
Thomas Vernier
2026-09-15 13:15:14
Marie-Claude Sarrazin transforme son passage à la commission Gallant en programme électoral. Le Conseil du trésor conteste ses chiffres.
Mettre en pause tous les grands projets informatiques du gouvernement dès le 6 octobre. Les auditer. Puis les découper.

C'est ce que propose, candidate du Parti québécois dans Groulx, en mêlée de presse lundi à Longueuil, aux côtés de Pascal Bérubé.
L'argument de la candidate n'est pas politique. Il est professionnel.
Sarrazin a été l'une des procureures de la commission Gallant, chargée d'enquêter sur le fiasco SAAQclic. Elle transpose aujourd'hui les constats de cette enquête au droit des marchés publics.
Le prétexte du jour : le projet SIFA, qui doit unifier des systèmes administratifs du réseau de la santé. Le Parti québécois affirme qu'il est passé d'une estimation initiale de 96 millions de dollars à une facture pouvant atteindre 1 milliard, et qu'un décret du 15 juillet a autorisé 329,4 millions supplémentaires.
« Encore une fois, ce matin, nous sommes devant une autre démonstration de l'incompétence de la CAQ », a déclaré la candidate. « Ce nouveau fiasco informatique, il est signé Christine Fréchette. »
Le gouvernement conteste. France-Élaine Duranceau, présidente sortante du Conseil du trésor, soutient que « le 1 G$ qui circule n'est pas le coût de SIFA », mais une projection fondée sur des hypothèses erronées. Elle avance que le projet générerait 1,2 milliard d'économies et qu'un abandon entraînerait des pénalités de plusieurs millions.
L'estimation initiale et le décret, eux, ne sont pas contestés.
Reste le fond, et c'est là que la proposition devient juridique.
Sarrazin veut fractionner les grandes transformations numériques en projets plus petits, accroître le recours aux contrats collaboratifs et créer une équipe transversale d'experts rattachée au Conseil exécutif.
Le contrat collaboratif n'est pas une figure de style. Il désigne une famille de montages — alliance, conception-construction progressive, EPCM — qui répartissent autrement le risque entre le donneur d'ouvrage et ses fournisseurs. Ces modes sont déjà utilisés au Québec et en Ontario en matière d'infrastructures.

La caution de l'exercice, c'est le rapport Gallant, déposé le 16 février. Le commissaire y concluait que la SAAQ avait menti pendant des années sur l'état de son projet, et que Québec le savait dès 2023. Le juge Denis Gallant avait promis à l'ouverture de ses travaux, en avril 2025, de « retourner toutes les pierres ».
La faisabilité de la pause, elle, reste à documenter. Duranceau évoque des pénalités sans les chiffrer. Ni les contrats ni leurs avenants n'ont été rendus publics.
La candidate, elle, a déjà payé le prix de son entrée en politique. Cofondatrice de Sarrazin+Plourde, elle a dû céder ses parts en devenant candidate. Le cabinet a été acquis par Nordence le 21 août.
Reste la vraie question, celle que pose cette candidature : une commission d'enquête peut-elle se transformer en doctrine d'achat public? Le rapport Gallant a formulé des recommandations. Il reviendra au prochain gouvernement de dire lesquelles il retient.
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