Le « promeneur solitaire » aux portes du pouvoir
Rene Lewandowski
2026-10-05 13:15:16
Il y a 16 ans, un jeune avocat expliquait à Droit-inc pourquoi sa génération boudait la politique. Ce soir, Paul St-Pierre Plamondon pourrait devenir premier ministre…

Printemps 2009. Un avocat de 32 ans vient de quitter Stikeman Elliott.
Il ne passe pas chez un concurrent. Il prend la route.
Au volant de sa voiture, il s'arrête dans 19 villes du Québec. Il y rencontre environ 500 jeunes de 20 à 35 ans. Et il leur pose, au fond, une seule question : pourquoi la politique ne vous intéresse-t-elle plus?
L'avocat s'appelle Paul St-Pierre Plamondon. Ce soir, à 49 ans, le chef du Parti québécois pourrait devenir premier ministre du Québec.
Une ascension rapide, disent plusieurs. Vraiment?
De sa tournée, il a tiré un livre, paru en février 2010 : Des jeunes et l'avenir du Québec : les rêveries d'un promeneur solitaire. Il en a aussi parlé devant la caméra de Droit-inc, à la journaliste et avocate Natacha Mignon, qui a depuis créé le cabinet en immigration Immétis.
Seize ans plus tard, la vidéo se regarde autrement.
« Se placer les pieds »
À l'époque, le jeune avocat vient de se joindre à Delegatus, un regroupement d'avocats issus de grands cabinets et de contentieux d'entreprises. Le cabinet soutient sa démarche. Son autre bureau, c'est Génération d'idées, un organisme sans but lucratif qui veut donner une voix aux 25-35 ans.
Son diagnostic? Les jeunes décrochent, et ils sont cyniques. La faute à qui? À une sphère politique qui a perdu sa crédibilité.
Devant la caméra, il oppose deux générations. D'un côté, certains politiciens plus anciens, pour qui la politique était un moyen de « se placer les pieds ». De l'autre, des jeunes qui ne s'engageront que s'ils ont le sentiment de servir le public et d'aider la société.
Or, tant que les institutions manquent de crédibilité, cette envie de s'impliquer reste au vestiaire.
Un parvis d'église
Le passage le plus frappant est ailleurs.
Les églises du Québec sont vides, constate-t-il. Or, elles étaient autrefois bien plus que des lieux de culte : on s'y rassemblait, on y parlait politique.
Sa génération, dit-il, doit se bâtir l'équivalent moderne d'un « parvis d'église ». Pour dépasser l'individualisme. Pour recréer du lien et un sentiment de collectivité.
Un avocat en fusions et acquisitions qui rêve de parvis d'église! Il fallait le faire. Son adversaire dans Camille-Laurin, lui aussi avocat, vient d'un tout autre monde : c'est robe contre robe dans la circonscription du chef.
Un buffet, pas un programme
Attention, toutefois. Le PSPP de 2010 n'est pas chef de parti. Il ne se joindra au Parti québécois qu'en 2016 et n'en prendra la tête qu'en 2020.
Son livre ne se veut d'ailleurs pas dogmatique. Il propose plutôt un « buffet de solutions » : des hypothèses et des réformes pour améliorer la démocratie et restaurer la confiance.
Au menu, tout de même, de gros morceaux : la Révolution tranquille, le retour à des valeurs collectives... et la souveraineté du Québec.
Ces constats devaient nourrir le Sommet Génération d'idées, alors prévu pour octobre 2010. Il s'est finalement tenu du 26 au 28 novembre, au Palais des congrès de Montréal. Quelque 300 jeunes y étaient attendus.
Le premier thème retenu par les participants? Le cynisme et la perte de confiance envers la gouvernance publique.
Tiens, tiens.
Des rêveries au pouvoir?
Faut-il voir dans cette vidéo le plan de match d'un futur premier ministre? Ce serait aller vite. Seize ans, c'est long, et les idées d'un homme ont le temps de bouger.
Mais le fil est là. La crédibilité des élus, le sens du service public, le besoin de se retrouver ensemble : tout y était déjà.
Si les électeurs lui confient ce soir les clés du Québec, le promeneur solitaire aura de la compagnie.
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