Un nouveau boss de l’innovation chez Lavery

Un nouveau boss de l’innovation chez Lavery
Sonia Semere

Sonia Semere

2026-05-15 15:00:45

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Le cabinet accueille un profil hybride, entre droit, programmation et IA… On a jasé avec lui.


Philip Louis - source : Lavery

Lavery annonce l’arrivée de Me Philip Louis à titre de directeur principal, innovation et transformation numérique.

Avocat, programmeur et conseiller en intelligence artificielle, il évolue à l’intersection du droit, de la technologie et des enjeux éthiques liés à l’adoption de l’IA dans le milieu juridique.

Avant de se joindre au cabinet, il a œuvré au Barreau du Québec, où il a piloté la réflexion stratégique entourant l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle dans la profession.

Il y a notamment assuré une veille sur les technologies émergentes, analysé leurs impacts sur la pratique du droit, contribué à l’élaboration d’orientations organisationnelles et conseillé les instances décisionnelles sur des enjeux liés à la déontologie, à la gouvernance et à l’accès à la justice.

Que va-t-il concrètement mettre en place chez Lavery? Et quel rôle jouera-t-il dans la transformation du cabinet? On a jasé avec lui.

Comment vous présenteriez-vous, à la croisée du droit, de la tech et de l’IA?

Avant de me joindre au cabinet, j’occupais un rôle principalement axé sur la gouvernance au Barreau du Québec, où je travaillais sur tout ce qui touche l’encadrement de l’intelligence artificielle dans la pratique juridique.

J’ai notamment participé à l’élaboration de guides, de formations et d’outils stratégiques portant sur l’intégration responsable de l’IA dans le domaine du droit. Aujourd’hui, je passe davantage du côté du développement et de l’innovation, tout en conservant cette vision de gouvernance responsable, éthique et sécuritaire.

Avant cela, je travaillais au sein du groupe Cyberjustice, où je participais au développement d’applications d’IA générative. J’ai également pratiqué en litige, notamment en recours collectifs et en litiges commerciaux. Mon parcours est donc un mélange de droit, de technologie, de gouvernance et d’innovation.

Comment s’est faite la transition entre le Barreau du Québec et Lavery? Qu’est-ce qui vous a motivé à revenir en cabinet?

Ma passion a toujours été liée à la technologie. Même lorsque j’évoluais dans le milieu juridique, j’étais constamment impliqué dans des projets technologiques. Au Barreau, j’ai levé la main lorsqu’il a fallu réfléchir à l’encadrement de l’IA dans la pratique du droit. Cela m’a permis de développer une expertise en gouvernance, mais je continuais aussi d’observer l’évolution extrêmement rapide des technologies d’IA.

Je trouvais important non seulement de réfléchir aux règles et à l’encadrement, mais aussi de contribuer concrètement au développement d’outils responsables. Chez Lavery, j’ai retrouvé cette volonté d’innover. Le cabinet travaille depuis plusieurs années sur ces enjeux : le Laboratoire juridique Lavery sur l’IA a été lancé dès 2017, des solutions intégrant des modèles externes ont été déployées par la suite, et plusieurs initiatives continuent d’émerger.

J’ai vu un réel désir de développer des outils utiles pour soutenir la pratique juridique. C’est ce qui m’a donné envie de participer à cette transformation, tout en conservant mon regard axé sur la conformité, la sécurité et le développement responsable.

Beaucoup de travail a déjà été accompli par les équipes du laboratoire et de l’innovation. Mon rôle consiste maintenant à structurer et accélérer ce portefeuille d’initiatives. L’objectif est de poursuivre le développement de solutions technologiques de manière cohérente, responsable et durable, afin d’amener ces projets vers une nouvelle phase de maturité.


Quand vous parlez d’un « portefeuille d’initiatives », à quoi cela ressemble-t-il concrètement?

On peut voir cela comme une véritable cellule de développement à l’intérieur du cabinet, où l’on conçoit, développe et déploie des solutions technologiques destinées à soutenir les professionnels du droit. Par exemple, il peut s’agir de créer des agents d’IA spécialisés, ancrés dans des sources fiables comme la législation ou la jurisprudence, afin d’aider les avocates et les avocats dans certaines tâches du quotidien.

Ensuite, il faut prioriser les projets selon leur impact potentiel : quels outils permettront d’apporter le plus de valeur avec un effort de déploiement raisonnable? C’est cet équilibre entre valeur ajoutée et faisabilité qui guide les décisions.

Votre rôle vous place au carrefour de plusieurs équipes : juridique, innovation, TI… Comment assurez-vous cette coordination?

Tout passe par la communication. Les praticiens et les professionnels du droit expriment des besoins et des attentes. Ces besoins alimentent ensuite le travail des équipes de développement. Il faut donc établir un cadre de communication clair pour que la conception et le déploiement des solutions répondent réellement aux enjeux du terrain.

En parallèle, tout ce qui est développé doit demeurer conforme aux obligations juridiques, déontologiques et de sécurité. Mon rôle consiste essentiellement à orchestrer cette communication entre les différentes parties afin d’assurer un développement cohérent, sécuritaire et aligné sur les besoins réels des utilisateurs.

Comment accompagnez-vous les équipes juridiques dans l’adoption de ces technologies, parfois encore méconnues?

La clé, c’est la formation. Au Barreau comme aujourd’hui chez Lavery, l’accompagnement passe d’abord par une bonne compréhension des outils et des enjeux. Certaines personnes hésitent à utiliser ces technologies par prudence ou parce qu’elles ne connaissent pas encore pleinement leurs capacités. Il est donc important de proposer des formations à la fois théoriques et pratiques.

Il faut comprendre les obligations professionnelles, mais aussi apprendre concrètement à utiliser les outils de manière efficace et sécuritaire. L’autre aspect essentiel, ce sont les exemples concrets. Lorsqu’un professionnel voit qu’un collègue a réussi à optimiser une tâche répétitive ou à améliorer un processus grâce à l’IA, cela rend les bénéfices beaucoup plus tangibles. C’est souvent de cette façon que l’adoption se développe progressivement.

Quelle transformation voulez-vous impulser chez Lavery dans les prochaines années?

À court terme, l’objectif est surtout d’améliorer l’efficacité du travail quotidien des avocates et des avocats. L’IA doit avant tout être un outil de soutien à la pratique juridique. À plus long terme, il reste difficile de prédire précisément à quoi ressemblera l’IA dans trois à cinq ans. Il faut se rappeler que l’IA générative telle qu’on la connaît aujourd’hui s’est réellement démocratisée à partir de 2022.

Cela dit, ce que je souhaite, c’est que Lavery continue de demeurer à l’affût des transformations technologiques, poursuive sa veille stratégique et participe activement à la réflexion sur l’avenir des services juridiques. Le cabinet doit continuer à s’adapter et à contribuer de façon proactive à l’évolution de la profession.

Les gains se situent notamment dans les tâches liées à la rédaction, à la recherche et à l’analyse. Certaines tâches répétitives ou à plus faible valeur ajoutée peuvent être optimisées grâce aux technologies émergentes. Cela permet ensuite aux avocates et aux avocats de consacrer davantage de temps aux aspects stratégiques de leurs dossiers et aux conseils à forte valeur ajoutée pour les clients.

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