Capital-investissement dans les cabinets : « l'avocat vertueux qui se sacrifie », un mythe?

Capital-investissement dans les cabinets : « l'avocat vertueux qui se sacrifie », un mythe?

Thomas Vernier

2026-09-23 11:15:01

Commenter

Un avocat-investisseur démonte les arguments contre l'arrivée du private equity dans les cabinets — et retourne l'accusation : le statu quo sert-il vraiment mieux les clients?


Jacob Murad - source : KPA Lawyers

Le capital-investissement fait son entrée dans l'industrie juridique nord-américaine — acquisition du cabinet Dudley DeBosier par Uplift, de Massumi + Consoli par Trive Capital, mandat confié à JPMorgan par Morgan & Morgan pour explorer une vente — et les critiques fusent : la profession serait affaire de service public et d'accès à la justice, pas de profit.

Un argument « erroné », plaide Jacob Murad dans un texte d'opinion publié par Law360 Canada. L'auteur est loin d'être neutre — il dirige Bluestar Equity, une firme axée sur les fusions et acquisitions, et possède le cabinet KPA Lawyers, intégré au groupe Bluestar —, mais son plaidoyer, appuyé sur son expérience de gestionnaire d'un cabinet de taille moyenne, décape trois hypothèses qu'il juge naïves (traduction libre, comme les autres citations de ce texte).

1. Le mythe du sacrifice vertueux

« L'hypothèse voulant que la plupart des avocats entrent dans la profession pour accomplir une fonction charitable est naïve », tranche l'auteur : la majorité des étudiants en droit viseraient d'abord un salaire supérieur à la moyenne. Il en veut pour preuve les taux de roulement parmi les plus élevés qui soient, l'épuisement professionnel généralisé sous la pression des cibles d'heures facturables — et même les longues règles déontologiques sur les comptes en fidéicommis, qui existent précisément « parce que la plupart des avocats perçoivent l'argent d'avance pour s'assurer d'être payés ». Seuls les juristes de l'aide juridique et des organismes de justice sociale sacrifient réellement leur rémunération, note-t-il — et ce ne sont pas ces organisations que le capital-investissement convoite.


2. Quand le « sacrifice » est en fait du mauvais service

L'avocat qui travaille des mois sans provision, puis envoie une facture-choc que le client ne peut payer? Ce n'est pas de l'accès à la justice, c'est un différend en gestation — évaluations d'honoraires, poursuites, voire retrait du dossier au pire moment, le compte impayé servant de levier. « LAWPRO rapporte constamment que la communication et la transparence inadéquates causent plus de tort et de plaintes que tout le reste », rappelle l'auteur. Des gestionnaires non-juristes n'auraient pas ce problème, selon lui : la rétention de clientèle — donc le rendement — exige transparence et service adéquat.

3. Le profit, ennemi de la justice? « Aucun fondement »

Dernière hypothèse démontée : maximiser le profit nuirait à la justice. Pour l'auteur, un cabinet détenu par des investisseurs doit être géré efficacement pour produire des rendements — ce qui « exige nécessairement un meilleur service aux clients, pas un pire » : communications régulières, facturation adéquate, solutions adaptées. « C'est précisément ça, l'accès à la justice. » Et si les gestionnaires non-juristes échouent? « Ils ne feront ni mieux ni pire que les associés directeurs actuels qui échouent aussi, ou que l'avocat qui détourne son compte en fidéicommis. »

Sa conclusion s'adresse aux régulateurs : mieux comprendre le fonctionnement du capital-investissement, « pour que si la réglementation est l'objectif, elle se fasse de façon responsable, dans l'intérêt des clients — et non sur la base de conclusions biaisées ».

Partager cet article:

43
Publier un nouveau commentaire
Annuler
Remarque

Votre commentaire doit être approuvé par un modérateur avant d’être affiché.

NETiquette sur les commentaires

Les commentaires sont les bienvenus sur le site. Ils sont validés par la Rédaction avant d’être publiés et exclus s’ils présentent un caractère injurieux, raciste ou diffamatoire. Si malgré cette politique de modération, un commentaire publié sur le site vous dérange, prenez immédiatement contact par courriel (info@droit-inc.com) avec la Rédaction. Si votre demande apparait légitime, le commentaire sera retiré sur le champ. Vous pouvez également utiliser l’espace dédié aux commentaires pour publier, dans les mêmes conditions de validation, un droit de réponse.

Bien à vous,

La Rédaction de Droit-inc.com

PLUS

Articles similaires