Jordan, 10 ans après : la juge qui joue au Tetris avec les procès

Jordan, 10 ans après : la juge qui joue au Tetris avec les procès

Thomas Vernier

2026-10-21 12:00:11

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Sans système informatique, avec Excel et un cartable, une juge planifie plus de 1 500 procès criminels par an à Montréal pour éviter les arrêts des procédures.


Mélanie Hébert - source : DPCP Blogue

Fichiers Excel, cartable gribouillé et surréservation des salles : c'est avec les « moyens du bord » que la Chambre criminelle de la Cour du Québec à Montréal évite que des procès tombent pour cause de délais déraisonnables, a confié la juge Mélanie Hébert au Journal de Montréal.

« Ce n'est pas de la science, on se casse la tête. J'appelle ça jouer au Tetris », résume la juge, chargée de la coordination des procès criminels à Montréal depuis près de deux ans.

Dix ans après l'arrêt Jordan, qui fixe un plafond de 18 mois devant la Cour du Québec et de 30 mois devant la Cour supérieure, les procès sont d'abord fixés en fonction de la « date Jordan », explique-t-elle.

Henri Richard - source : archives
Quatre ou cinq procès par salle


Comme une compagnie aérienne qui vend plus de billets que de sièges, la juge peut prévoir jusqu'à quatre ou cinq procès par jour dans une même salle. Selon ses estimations, seulement 30 % des procès se tiennent réellement le jour venu : plaidoyers de culpabilité de dernière minute, victimes qui se retirent, reports divers.

Le tout sans aucun système informatique pour planifier les quelque 1 500 procès prévus chaque année. « Même si tout est boboche, fait à la main, on a rarement des remises et encore moins des remises qui causent des délais Jordan », assure-t-elle.

Le virage numérique des tribunaux tarde d'ailleurs : à la rentrée judiciaire, le juge en chef de la Cour du Québec, Henri Richard, déplorait le sous-financement du projet Lexius, reporté à 2029.


846 jours d'audience libérés

Autre outil : deux juges, dans le cadre d'un projet pilote, analysent à temps plein les échéances et les questions en litige avant les procès. Souvent, les avocats finissent par s'entendre. L'an dernier, ces 622 séances ont libéré 846 jours d'audience, l'équivalent de près de six juges à temps plein. « Si ce n'était pas de ça, on n'y arriverait pas », souligne la juge Hébert.

Résultat : en 2024-2025, un arrêt des procédures pour délais déraisonnables a été prononcé dans six dossiers, dont trois visaient la même accusée, contre sept l'année précédente, rapporte le Journal.

Loin des premiers mois de l'après-Jordan : en 2016, les tribunaux québécois avaient prononcé 22 arrêts des procédures en moins de six mois. « Je suis certaine que mes prédécesseurs capoteraient en voyant ce genre d'horaire », lance la magistrate en riant.

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