Une avocate risque deux mois de radiation après avoir publié une vidéo « choquante »

Une avocate risque deux mois de radiation après avoir publié une vidéo « choquante »

Radio Canada

2026-05-13 10:15:06

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Une avocate risque deux mois de radiation…

Le syndic adjoint du Barreau du Québec estime que la juriste de l’Estrie Vanessa Pharand devrait être privée de pratique durant deux mois pour avoir porté atteinte à l’honneur de la profession.


L'avocate Vanessa Pharand apparaît dans une vidéo qui a été publiée pendant le procès de Marc-André Grenon - source : Radio-Canada (capture d'écran d'instagram)

L’avocate, qui a représenté le meurtrier Marc-André Grenon lors du procès sur la mort de Guylaine Potvin à Jonquière, a été condamnée pour avoir publié une vidéo promotionnelle choquante, troublante et même offensante pour le public et la profession, selon le jugement rendu le 8 octobre 2025 par le Conseil de discipline du Barreau.

Cette publication, incluant des mots-clics et de la musique faisant référence au monde criminel, a été tournée en partie au palais de justice de Chicoutimi et affichée sur les réseaux sociaux Instagram et Facebook au moment même où se déroulait le procès pour meurtre et agression sexuelle, en février 2024.

Selon le syndic adjoint du Barreau, Samy Elnemr, une radiation de deux mois est nécessaire pour faire réfléchir l’intimée et pour lancer un message clair à la profession que ce genre de comportement sera sanctionné. À son avis, une réprimande aurait comme conséquence de choquer le public.

« Elle cherchait la publicité et là, elle a l’audace de demander que ce soit un facteur de clémence », souligne Samy Elnemr, syndic adjoint du Barreau.

L'autre avocate de Marc-André Grenon a été blanchie de faute déontologique - source : Radio-Canada
La défense réclame la clémence


L’avocat de Vanessa Pharand, Giuseppe Battista, estime que le Conseil de discipline doit se limiter à une réprimande, notamment, en raison des conséquences qu’elle subit depuis la médiatisation de l’affaire.

En témoignant à sa propre audition sur sanction, Me Pharand a indiqué avoir souvent reçu des commentaires désobligeants de la part de collègues depuis la publication de la vidéo.

Des commentaires péjoratifs comme : Ah, vous allez avoir le temps de faire un autre réel. C’est déstabilisant, a-t-elle confié aux membres du Conseil de discipline. Lors de l’audience disciplinaire, elle avait aussi affirmé avoir reçu des menaces de mort. Vanessa Pharand a assuré qu’elle regrettait d’avoir publié la vidéo et que ses comptes sont maintenant privés sur les réseaux sociaux.


« Plus jamais je ne prendrai de risque de quoi que ce soit qui pourrait nuire à la profession », assure Vanessa Pharand, avocate criminaliste.

La médiatisation peut être considérée pour atténuer la sanction comme elle constitue déjà une forme de sanction non négligeable, a indiqué l’avocat de la juriste. À son avis, le fait que Vanessa Pharand est une jeune avocate, qui n’avait que cinq ans de pratique au moment des faits, doit aussi être pris en compte pour éviter qu’une erreur de jugement ne vienne entacher une carrière prometteuse.

Pas de jurisprudence

Giuseppe Battista - source : BTI Avocats

Toutes les parties s’entendent pour dire que le Conseil de discipline du Barreau du Québec en est à sa première audience disciplinaire du genre en lien avec l’utilisation des médias sociaux. Il fera donc jurisprudence en imposant une sanction qui peut aller de la réprimande jusqu’à la radiation complète, selon le Code de profession du Québec.

Dans ce contexte, le syndic adjoint estime que le Conseil doit imposer une sanction exemplaire afin de mettre la barre haut en matière d’utilisation des réseaux sociaux au sein des membres du Barreau.

« L’objectif n’est pas de punir, mais de lancer un message. La peine doit être juste et proportionnée à la gravité du geste. Le jugement rendu est sévère. Il ne s’agit pas d’une erreur de clic, mais d’un acte planifié, réfléchi et délibéré », a insisté Samy Elnemr.

L’avocat de Vanessa Pharand plaide l’inverse. Selon Giuseppe Battista, l’absence de jurisprudence impose une certaine clémence pour ne pas faire de l’intimée un bouc émissaire pour un phénomène qui n’existait pas il y a 10 ou 15 ans, mais qui prend de l’ampleur. Les membres du Conseil de discipline ont mis la cause en délibéré et rendront leur décision ultérieurement.

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