L'heure facturable survivra-t-elle à l'IA?
Thomas Vernier
2026-09-11 11:15:50
Les directions juridiques des entreprises demandent désormais où passent les gains d'efficacité. Pendant ce temps, les taux horaires continuent de monter…

La question a changé de nature. Il y a un an, on demandait aux cabinets s'ils utilisaient l'intelligence artificielle. Aujourd'hui, les directions juridiques des entreprises veulent savoir comment les gains d'efficacité leur seront transférés — et si l'heure facturée peut survivre à une technologie qui comprime dix heures de travail en une seule.
Le constat est celui de Meghan Thomas, directrice des programmes professionnels supérieurs et internationaux à Osgoode Professional Development, dans un texte publié par Canadian Lawyer en partenariat avec cette école.
Les chiffres disponibles, eux, pointent dans l'autre direction. Au premier semestre de 2025, les grands cabinets américains ont vu leurs revenus croître de 11,3 % et leurs taux de facturation de 9,2 %, certains dépassant les 3000 $ l'heure. Leurs dépenses en technologie et en IA ont grimpé de 8,6 %. L'efficacité promise ne s'est pas encore traduite par une baisse des factures.
Le second front est moins visible, et probablement plus lourd : la formation.
Le modèle d'apprentissage du droit repose sur les tâches répétitives qu'on confie aux juniors — résumés, recherches, premières moutures. Exactement celles que l'IA absorbe le mieux.
Une étude du Positive Group menée avec des chercheurs de Harvard auprès de 16 dirigeants de cabinets mondiaux — Baker McKenzie, A&O Shearman, White & Case, Bird & Bird — parle d'un « déficit de compétences » chez les juniors des grandes organisations, privés du travail de base qui construisait le jugement juridique.
S'y ajoute un affaissement de l'esprit critique : devant un projet produit par la machine, la nécessité de vérifier les sources paraît moins évidente, et les jeunes juristes acceptent le résultat sans le passer au crible.
La sortie proposée par l'étude tient en un renversement de rôle. Le junior cesse d'être un producteur d'information pour devenir un évaluateur de résultats automatisés.
Reste que les deux chantiers n'en font qu'un. Un cabinet qui révise sa tarification sans revoir sa supervision se prive des juniors capables de valider ce que la machine produit; celui qui investit dans la formation sans toucher à sa grille facture à ses clients un temps qu'il ne passe plus.
Le sujet sera débattu au Canadian Legal Summit, le 14 octobre à Toronto.
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