A quoi ressemble le quotidien en droit de la jeunesse?
Une avocate accompagne des familles vulnérables, en combinant accompagnement juridique et recherche de solutions adaptées. Rencontre.

Dès le début de sa carrière, Me Patricia Collin développe un intérêt marqué pour le droit de la jeunesse. Après une première expérience au sein de la Commission des services juridiques, elle fait le choix de se tourner vers la pratique privée en rejoignant le cabinet Leblanc avocate.
« On est formés à appliquer le droit, à analyser des situations juridiques, mais beaucoup moins à gérer l’aspect humain et émotionnel », souligne la jeune avocate.
Et pour cause, dans sa pratique, Me Collin est quotidiennement confrontée à des situations de grande vulnérabilité. Elle accompagne des familles et des enfants à des moments charnières de leur vie, souvent marqués par des difficultés profondes.
« Le métier comporte une forte dimension humaine, presque assimilable à du travail social. Il faut savoir réagir face à des situations de détresse, ce qui demande des compétences qui ne s’enseignent pas forcément. »
Mais comment accompagner un public vulnérable? Comment instaurer un lien de confiance lorsque la méfiance envers le système judiciaire est déjà présente? On a posé quelques questions à Me Collin.
Qu’est-ce qui vous a amené à pratiquer en droit de la jeunesse?
J’ai toujours eu un grand intérêt pour les enfants et les adolescents. Au départ, j’ai même envisagé de devenir enseignante. J’ai aussi des valeurs très familiales et un fort attachement au milieu communautaire, ce qui m’a naturellement rapprochée de la protection de la jeunesse. Par ailleurs, j’ai toujours eu une facilité à créer un lien avec des personnes en situation de vulnérabilité.
Or, c’est au cœur de cette pratique : on accompagne des enfants, mais aussi des adultes qui peuvent vivre avec des difficultés importantes, qu’elles soient sociales, psychologiques ou intellectuelles. Je voulais également contribuer à rendre le droit plus accessible et compréhensible pour ces personnes, et avoir un impact concret dans mon quotidien.
Pour mieux comprendre votre quotidien, quel type de dossiers traitez-vous? À quoi ressemblent concrètement les affaires que vous prenez en charge?
Environ 90 % de ma pratique concerne la protection de la jeunesse. J’interviens aussi dans certains dossiers liés aux jeunes contrevenants, dans le cadre de la LSJPA. Les dossiers que je traite sont variés : il peut s’agir d’abus physiques, de négligence, d’abus sexuels ou encore de troubles de comportement. Ces derniers sont souvent liés aux conditions de vie des enfants, notamment lorsqu’ils ont été exposés à des situations de négligence ou de violence.
Quel est précisément votre rôle dans ces situations? Comment intervenez-vous et comment collaborez-vous avec les autres acteurs du système?
Mon rôle est avant tout de rendre le processus juridique accessible et compréhensible pour mes clients. Je représente souvent des parents qui manquent d’outils, de connaissances ou qui rencontrent des difficultés de compréhension, parfois liées à la langue ou à leur parcours de vie. Je prends donc le temps d’expliquer concrètement les démarches : par exemple, ce que signifie un placement d’enfant, les conséquences, les droits et les options possibles.
Bien sûr, je représente aussi mes clients devant le tribunal, en assurant leur défense et en plaidant leur dossier. Mais une grande partie de mon travail se fait en amont, en dehors de la salle d’audience. Il y a également une dimension très humaine et sociale : je fais des recherches pour orienter mes clients vers des ressources adaptées (soutien aux victimes, programmes pour parents, etc.).
Parfois, je leur propose même des outils concrets ou des contenus accessibles pour les aider dans leur quotidien. Mon rôle dépasse donc le strict cadre juridique : il s’inscrit aussi dans un accompagnement global.
Vous travaillez avec un public particulièrement vulnérable. Comment faites-vous pour gérer la charge émotionnelle liée à ces dossiers?
L’empathie est essentielle, tout comme la capacité à être pleinement présente pour mes clients. Cela dit, il est aussi nécessaire de garder une certaine distance professionnelle, surtout lors des audiences, afin de rester efficace dans mon rôle. Je m’appuie beaucoup sur le travail d’équipe : échanger avec des collègues de confiance permet de prendre du recul et de relâcher la pression.
C’est indispensable pour éviter de se laisser submerger par les émotions. Cela me permet de continuer à exercer avec justesse, en gardant mes valeurs et mes objectifs en tête, sans perdre mon équilibre personnel.
Comment parvenez-vous à instaurer un lien de confiance, notamment avec les enfants et des familles parfois méfiantes vis-à-vis du système judiciaire?
Pour créer ce lien, je mets d’abord le cadre juridique de côté. L’objectif est de créer un espace rassurant, où les enfants et les parents se sentent à l’aise de s’exprimer. Avec les enfants, je prête attention aux détails : leurs centres d’intérêt, leur quotidien… Je m’en souviens d’une rencontre à l’autre, ce qui montre que je m’intéresse réellement à eux. Cela contribue à établir une relation de confiance.
La constance et la transparence sont aussi essentielles. Il faut respecter leur rythme, ne pas forcer la parole, et être présent de manière régulière. Ce sont ces petits gestes, répétés dans le temps, qui permettent de construire une relation solide.
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