Comment se porte la santé des juges canadiens?

Comment se porte la santé des juges canadiens?
Sonia Semere

Sonia Semere

2026-07-14 15:00:52

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Une première étude pancanadienne se penche sur la santé des juges. On a discuté avec la chercheuse qui l’a réalisée.


Nathalie Cadieux - source : Université de Sherbrooke

La santé et le mieux-être des juges au Canada font pour la première fois l’objet d’une étude pancanadienne approfondie.

Réalisée par Nathalie Cadieux, professeure de droit à l’Université de Sherbrooke, cette recherche met en lumière une réalité nuancée : si les juges rapportent globalement un niveau élevé de bien-être et de satisfaction professionnelle, certains enjeux liés à la charge de travail soulèvent des préoccupations.

L’étude évalue plusieurs dimensions de leur santé psychologique, de la détresse et de l’épuisement professionnel au sentiment de sens et à la satisfaction au travail.

Droit-inc s’est entretenu avec Nathalie Cadieux afin de revenir sur la méthodologie de cette recherche, ses principaux constats et les pistes de solutions.

Pourquoi avez-vous accepté de réaliser cette étude sur la santé mentale des juges?

Cette étude s'inscrit naturellement dans la continuité de mes travaux sur la santé mentale des professionnels du droit. Depuis 2014, j'ai dirigé plusieurs recherches auprès des avocats, notaires, parajuristes, étudiants en droit et, plus récemment, des jeunes avocats.

Lorsque le Conseil canadien de la magistrature, présidé par le juge Richard Wagner, m'a confié ce mandat, cela m'a permis d'obtenir une vision globale de la santé psychologique des acteurs du système judiciaire, des jeunes professionnels jusqu'aux juges de nomination fédérale.

Comment l'étude a-t-elle été réalisée?

L'étude a été menée en plusieurs étapes. Nous avons d'abord analysé les recherches internationales existantes, puis réalisé des entrevues avec une dizaine de juges provenant de différents tribunaux et provinces afin d'identifier les enjeux prioritaires.

À partir de ces données, nous avons conçu un questionnaire mesurant les indicateurs de santé psychologique ainsi que les facteurs organisationnels, institutionnels et individuels qui influencent le mieux-être. Au total, 65 % des juges de nomination fédérale au Canada ont participé, ce qui représente un taux de participation exceptionnel.

Quels aspects du mieux-être ont été évalués?

Nous avons évalué les principaux indicateurs de santé psychologique, notamment la détresse psychologique, les symptômes anxieux et dépressifs, ainsi que l'épuisement professionnel. Nous avons également mesuré les aspects positifs du bien-être, comme le sens accordé au travail et la satisfaction à l'égard de la fonction.

Enfin, nous avons étudié plusieurs déterminants de la santé, tels que la charge de travail, les habitudes de sommeil, les ressources disponibles et certaines caractéristiques liées au vieillissement de la magistrature.


Quels sont les principaux constats de l'étude?

Le premier constat est très encourageant : la santé psychologique des juges est globalement meilleure que celle des avocats et comparable à celle de la population canadienne. Les juges rapportent un fort sentiment de satisfaction et de sens dans leur travail.

Toutefois, l'épuisement professionnel demeure un enjeu important. Celui-ci est principalement attribuable à une charge de travail élevée, à des journées d'audience nombreuses, à l'augmentation des justiciables qui se représentent eux-mêmes et à un manque de ressources administratives et juridiques pour soutenir le travail des tribunaux.

Quels facteurs expliquent cette surcharge de travail?

Plusieurs facteurs se combinent. L'augmentation du nombre de justiciables non représentés complexifie les audiences et la gestion des dossiers. De plus, lorsque les juges siègent plus de 11 jours sur un mois de 20 jours ouvrables, ils disposent de moins de temps pour rédiger leurs décisions, ce qui accentue la pression.

Le manque de personnel de soutien, notamment de greffiers, de juristes et d'adjoints administratifs, oblige également plusieurs juges à effectuer eux-mêmes des tâches qui pourraient normalement être déléguées.

Quelles sont les conséquences de cette surcharge?

Pour répondre à cette charge de travail, plusieurs juges prolongent leurs heures de travail et réduisent la séparation entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle. Cette situation nuit à leur récupération, détériore la qualité du sommeil et augmente le risque d'épuisement professionnel. Certains juges indiquent même envisager une retraite anticipée, ce qui pourrait accentuer les enjeux de relève au sein de la magistrature.

Quelles sont les principales recommandations du rapport?

Le rapport recommande notamment de mettre en place des stratégies favorisant la rétention des juges, par exemple en développant des modalités de travail plus flexibles ou des assignations adaptées à leur état de santé.

Il recommande également d'améliorer les ressources de soutien administratif et juridique, de renforcer les mesures de sécurité dans les palais de justice et de favoriser une meilleure collaboration entre les gouvernements fédéral et provinciaux afin d'assurer le bon fonctionnement des tribunaux et de préserver la santé des juges à long terme.

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