Burnout : le risque que les avocats ne mesurent pas

Burnout : le risque que les avocats ne mesurent pas
Sophie Ginoux

Sophie Ginoux

2026-08-06 13:15:16

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L'épuisement professionnel est aujourd'hui reconnu comme un enjeu important dans la profession juridique. Mais ses impacts ne sont pas seulement psychologiques.


Jean-Gaston Baudart

Selon l’étude Vers une pratique saine et durable du droit au Canada, menée entre 2022 et 2024 sous la direction de la professeure Nathalie Cadieux de l'Université de Sherbrooke, plusieurs indicateurs témoignent d’un niveau notable de détresse psychologique dans la profession d’avocat. On y découvre effectivement que 57,7 % des avocats québécois présentent des signes de détresse psychologique ; 46,5 % des symptômes d'épuisement professionnel ; 31 % des symptômes anxieux. Et enfin, que 91,3 % considèrent leur travail comme mentalement très exigeant.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation selon l’étude : la surcharge de travail (48,8 % des avocats travaillent plus de 50 heures par semaine), la difficile conciliation travail-vie personnelle, la pression de performance (l’atteinte d’objectifs avec une facturation à l’heure, par exemple), ou bien la charge mentale associée à la gestion toujours urgente de dossiers.

« Les avocats accompagnent souvent leurs clients dans des moments particulièrement difficiles de leur vie. Cette réalité peut représenter une charge émotionnelle importante qui s'ajoute aux exigences de la profession », ajoute Jean-Gaston Baudart, conseiller en sécurité financière pour la Financière des avocates et des avocats.

Conséquences possibles d’un épuisement professionnel

Lorsqu’un burnout arrive, ses répercussions psychologiques sont bien documentées, mais d’autres impacts peuvent également se manifester. Une interruption de revenu peut en effet compliquer le maintien des obligations financières personnelles ou professionnelles de la personne touchée, notamment quand il s’agit de juristes en pratique privée ou en cabinet boutique.

Une interruption de revenu peut par exemple nuire au maintien des obligations financières personnelles (hypothèque, frais fixes, dépenses reliées à la famille, etc.), aux placements à maintenir, ainsi qu’au bas de laine qu’on s’est constitué.

Sur le plan professionnel, l’absence d’un avocat peut aussi engendrer une diminution de la valeur économique du cabinet et une perte potentielle de clientèle.

« Pour plusieurs avocats en pratique privée, le revenu qu’ils gagnent dépend directement de leur capacité à exercer leur profession. Lorsqu'une incapacité de travail survient, les répercussions financières peuvent donc être importantes, tant sur le plan personnel que professionnel », indique M. Baudart.»

Certains diront, avec raison, que des protections collectives existent. Mais elles peuvent comporter des limites. « Les protections collectives jouent un rôle important. Toutefois, leur niveau de couverture, leur définition de l'invalidité et les prestations offertes varient d'un régime à l'autre. Il est donc pertinent de bien comprendre les protections dont on dispose avant qu'une situation ne survienne», nous apprend le conseiller.


La prévention est la meilleure défense

Plusieurs organisations professionnelles mettent en place des initiatives de sensibilisation ou de soutien en matière de santé mentale : comités spéciaux, formations sur la santé mentale, personne employée pour accompagner les professionnels qui en ont besoin, etc. Toutefois, dans les structures plus petites, les options varient selon les ressources disponibles

« L’assurance des frais généraux peut constituer une protection pertinente pour les cabinets dont un avocat doit s’absenter pendant une période prolongée en raison d’une invalidité, contribuant ainsi au maintien de certaines dépenses fixes pendant cette période », souligne M. Baudart.

Ce type d'assurance vise généralement à couvrir certaines dépenses fixes du cabinet pendant une période d'invalidité, sous réserve des conditions prévues au contrat. Les protections offertes varient selon le produit choisi.

« Lorsqu'un professionnel doit s'absenter pendant une période prolongée, il est pertinent d'avoir évalué à l'avance les protections qui correspondent à sa situation et à ses besoins », ajoute le conseiller, qui invite aussi les avocats à se renseigner au sujet d’une assurance invalidité, qui pourrait compenser leurs revenus personnels pendant cette période de congé forcé.

Finalement, le plus grand actif de bien des avocats n'est ni leur cabinet, ni leur portefeuille de placements ; c'est leur capacité à exercer leur profession. Lorsqu'elle est compromise, les conséquences financières peuvent être considérables.

« Il est important de rappeler que la prévention demeure la première ligne de défense. Les protections financières ne remplacent jamais les mesures favorisant la santé psychologique. Mais elles constituent un filet de sécurité lorsqu'une incapacité survient », conclut M. Baudart.

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