Action collective contre le diocèse de Valleyfield

Action collective contre le diocèse de Valleyfield

Thomas Vernier

2026-06-01 10:15:02

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Trois plaignants, abusés dès l'âge de neuf ans, allèguent que le diocèse savait — et qu'il s'est contenté de déplacer un prêtre prédateur d'une paroisse à l'autre. Les avocats?


Marc Bellemare et Bruno Bellemare - source : Bellemare Avocats

Les cabinets Lambert Avocats et Bellemare Avocats ont déposé, le 14 mai 2026, à la Cour supérieure du district de Beauharnois, une demande pour autorisation d'exercer une action collective contre l'Évêque catholique romain de Valleyfield et la Corporation épiscopale catholique romaine de Valleyfield.

Les demandeurs réclament des dommages-intérêts compensatoires et punitifs au nom de toute personne ayant été agressée sexuellement par un membre du clergé, un employé ou un bénévole — laïc ou religieux — se trouvant sous la responsabilité du diocèse, selon la requête.

Trois représentants proposés — désignés par les initiales A.B., C.D. et E.F. — portent le recours. Leur récit, qui s'étale entre les années 1960 et 1980, vise nommément cinq prêtres: les abbés Pierre Lemieux, Aubry, Sylvio Benoit, Gérard Théorêt et Gérard Faivre.

A.B., né en 1950, allègue avoir été agressé à l'âge de 12 et 13 ans par l'abbé Lemieux, aumônier du groupe scout dont il faisait partie. Selon la requête, le prêtre profitait de tiraillements feints, des déplacements en voiture et des nuits de camp pour toucher les parties génitales du jeune garçon — un mode opératoire qu'il aurait reproduit sur «presque tous» les scouts du groupe. Quand A.B. s'en serait ouvert aux moniteurs, ces derniers lui auraient répondu qu'il «avait probablement rêvé». Lorsqu'un autre jeune a finalement dénoncé l'abbé Lemieux au diocèse, les défenderesses se seraient contentées de le déplacer dans une autre paroisse, plaident les avocats.

C.D., né en 1960, allègue avoir été agressé pour la première fois à l'âge de neuf ans par un vicaire pendant la confession. À partir de dix ans, l'abbé Aubry — chez qui il rapportait son costume de majorette à l'église Saint-Eugène — l'aurait masturbé à plusieurs reprises. Devenu servant de messe, il aurait ensuite subi des fellations forcées de la part des abbés Benoit et Théorêt, dans la sacristie. Selon la requête, l'abbé Théorêt l'aurait pénétré à au moins une occasion, et les deux prêtres l'auraient agressé ensemble à deux reprises. Une connaissance du père de C.D. lui aurait par la suite confié que ses deux filles avaient elles aussi été victimes de l'abbé Théorêt.

E.F., née en 1964, allègue avoir été agressée à neuf ans par l'abbé Gérard Faivre à l'église Saint-Joseph de Huntingdon, alors qu'elle servait la messe. Sa mère, à qui elle se serait confiée, aurait refusé de la croire. Il était «bien connu» à l'époque que l'abbé Faivre agressait des mineurs, plaide la requête.


Jimmy Lambert, Philippe Brault, Benjamin W. Polifort et Loran-Antuan King - source : Lambert Avocats
Une responsabilité directe et indirecte


Les demandeurs invoquent l'article 1463 du Code civil du Québec pour engager la responsabilité du diocèse à titre de commettant des prêtres mis en cause. Ils plaident aussi une faute directe: l'omission d'instaurer des politiques de prévention, l'inaction face aux signalements et le mépris du droit canon lui-même — les canons 695, 1395 et 1717 du Code de droit canonique de 1983, ainsi que le canon 2359 du Code de 1917, imposaient pourtant aux autorités ecclésiastiques d'enquêter et de sévir. Les défenderesses auraient «choisi d'ignorer leur propre droit interne pour faire prévaloir la culture du silence», soutient la requête.

À l'appui de leur thèse de l'abus systémique, les avocats citent un audit du diocèse de Montréal ayant recensé 87 membres du clergé — soit 1,28% du personnel étudié — visés par des allégations d'abus sexuels confirmées ou bien fondées commises depuis 1940. Sept personnes, incluant les trois demandeurs, ont à ce jour contacté les avocats pour le dossier de Valleyfield. Les demandeurs entendent obtenir l'accès aux archives du diocèse «pour voir l'ampleur du laxisme des défenderesses».

Outre les dommages compensatoires pécuniaires et non pécuniaires, les demandeurs réclament des dommages-intérêts punitifs en vertu de l'article 49 de la Charte des droits et libertés de la personne, alléguant une atteinte «illicite et intentionnelle» à la dignité, à l'intégrité et à la sûreté des victimes. Un juge de la Cour supérieure devra d'abord statuer sur l'autorisation du recours avant qu'il puisse être exercé sur le fond.

Avocats au dossier

Pour les demandeurs

Bellemare Avocats (Québec): Me Marc Bellemare et Me Bruno Bellemare.

Lambert Avocats (Montréal): Me Jimmy Ernst Jr Laguë-Lambert, Me Philippe Brault, Me Benjamin W. Polifort et Me Loran-Antuan King.

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