Du journalisme au droit du divertissement

Du journalisme au droit du divertissement
Sonia Semere

Sonia Semere

2026-06-16 14:15:58

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Ancienne journaliste, une avocate évolue aujourd’hui au cœur des enjeux juridiques de l’industrie audiovisuelle. Rencontre.

Passer du journalisme au droit n’est pas le parcours le plus conventionnel. Pour Me Evelyne Leblanc, cette transition s’est toutefois imposée naturellement, au fil des rencontres et des opportunités qui ont jalonné son parcours professionnel.


Evelyne Leblanc - source : LinkedIn

Après avoir fait ses premières armes dans le journalisme régional, Me Leblanc découvre un intérêt marqué pour le milieu juridique.

Animée depuis toujours par un intérêt pour l’univers du divertissement et de la création, elle choisit de concentrer sa pratique dans un domaine où les enjeux juridiques, artistiques et commerciaux se rencontrent.

Aujourd’hui, elle accompagne des entreprises et des producteurs audiovisuels dans la gestion de défis juridiques et opérationnels complexes, contribuant à faire avancer des projets où créativité et affaires doivent constamment s’équilibrer.

Il y a un an, elle a franchi une nouvelle étape en lançant sa propre pratique. Une décision qui lui permet d’offrir un accompagnement personnalisé et stratégique à une clientèle évoluant dans une industrie en constante transformation. Droit-inc est allé à sa rencontre.

Vous avez d'abord fait carrière en journalisme avant de devenir avocate. Comment s'est opérée cette transition vers le droit?

Le droit est arrivé dans ma vie par le journalisme. Pendant plusieurs années, j’ai travaillé comme journaliste pour différents médias régionaux. À l’occasion, je couvrais des procès et je passais beaucoup de temps au palais de justice. J’adorais cet environnement. À la même époque, j’ai rencontré un avocat qui avait lui-même fait la transition du journalisme vers le droit.

Cette rencontre a semé une première graine. Plus tard, lorsque j’ai eu l’occasion de poursuivre des études universitaires, j’ai choisi le droit en me disant que cela ferait de moi une meilleure journaliste. Finalement, je suis tombée en amour avec la profession.

Saviez-vous déjà vers quel domaine vous orienter?

Au départ, je ne connaissais même pas l’existence du droit du divertissement. C’est un ancien patron qui m’a parlé du droit des communications. Cette découverte m’a amenée à m’intéresser progressivement à l’univers culturel et médiatique. Ensuite, en participant à des formations et à des événements de l’industrie, j’ai commencé à rencontrer les acteurs du milieu.

Chaque expérience a confirmé mon intérêt pour ce secteur. J’ai travaillé dans des organisations liées à l’audiovisuel, notamment du côté syndical puis auprès des producteurs, avant de me joindre à Attraction Images où j’ai passé douze années extrêmement formatrices.


Qu’avez-vous appris durant votre passage chez Attraction Images?

J’ai travaillé sur des productions de toutes tailles : documentaires, séries dramatiques, films, webséries et productions destinées à des plateformes comme Netflix ou Amazon. Cette diversité m’a permis de comprendre toutes les facettes du droit du divertissement. Quand on travaille dans une grande maison de production, on est exposé à une multitude de situations juridiques. C’est ce qui m’a permis de développer l’expertise que j’exerce aujourd’hui.

Pourquoi avoir choisi de lancer votre propre pratique après plus d'une décennie au sein d'une importante société de production?

Après plusieurs années dans la même organisation, j’ai ressenti le besoin d’un nouveau défi. J’avais déjà envisagé cette possibilité quelques années auparavant. Puis, en 2024, une restructuration interne a été l’occasion de me poser les bonnes questions sur la suite de ma carrière. Plusieurs collègues du milieu m’ont encouragée à me lancer. Elles me disaient qu’il y avait un réel besoin pour des avocats spécialisés capables d’accompagner les créateurs et les entrepreneurs culturels.

Comment accompagnez-vous concrètement vos clients dans l'industrie du divertissement?

La plupart des gens voient uniquement le produit final : le documentaire, la série ou le film. Or, derrière chaque projet, il y a une immense structure juridique. Mon rôle consiste à accompagner les créateurs du début à la fin du processus.

Je participe à la rédaction et à la négociation des contrats, à la gestion des droits d’auteur, aux ententes avec les scénaristes, réalisateurs, techniciens et distributeurs, ainsi qu’aux questions d’assurance et de gestion des risques. J’aime comparer un projet audiovisuel à la construction d’une maison. La fondation, c’est la chaîne de titres. Si cette fondation est solide, le reste du projet repose sur des bases sécuritaires.

Quels sont les principaux risques que vous devez gérer?

Une grande partie de mon travail consiste à anticiper les risques avant qu’ils ne deviennent des problèmes. Je lis les scénarios, je visionne les épisodes, j’analyse les contenus et je m’assure que tout est conforme aux exigences des assureurs et des diffuseurs. Parfois, il s’agit de questions relativement simples. Dans d’autres cas, les enjeux sont beaucoup plus sensibles, notamment lorsqu’une production s’inspire de faits réels ou met en scène des personnes identifiables.

Les documentaires présentent-ils des défis particuliers?

Lorsqu’on raconte des événements réels ou qu’on utilise des personnes ayant réellement existé, il faut être extrêmement prudent. J’ai travaillé sur plusieurs projets inspirés de faits véridiques. Dans ces situations, il faut notamment vérifier quelles informations sont publiques, quelles autorisations ont été obtenues et quels risques de poursuite existent. Plus un projet touche à des personnes réelles, plus l’analyse juridique devient complexe.

Certains créateurs voient parfois les avocats comme des gens qui limitent leur créativité. Que leur répondez-vous?

Je comprends cette perception, mais ce n’est pas ainsi que je vois mon rôle. Mon objectif n’est pas de dire non. Mon objectif est de trouver des solutions. Je cherche toujours à préserver l’intention créative du projet tout en réduisant les risques juridiques. Souvent, il existe une façon de faire qui permet d’atteindre les objectifs du créateur sans compromettre la sécurité du projet. Je considère que mon travail consiste à accompagner les créateurs, pas à leur couper les ailes.

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