Plaider, enseigner et repenser le droit criminel
Une avocate en droit criminel amorce un nouveau chapitre dans sa carrière. On a jasé avec elle.

Plaider, enseigner et réfléchir au droit. Depuis le début de sa carrière, Me Léa Febbraro multiplie les casquettes. Après avoir débuté chez Coupal Chauvelot, puis exercé à son compte en droit criminel, l'avocate se joint aujourd'hui à Shadley Knerr.
En parallèle, elle enseigne la procédure pénale au Collège O'Sullivan de Montréal et poursuit une maîtrise en droit et société à l'UQAM.
Un parcours atypique qui nous a donné envie d'aller à sa rencontre. Quelle approche privilégie-t-elle en droit criminel? Comment son retour aux études en droit et société a-t-il nourri sa réflexion et transformé sa façon de pratiquer le droit? Entrevue.
Comment l'opportunité de rejoindre le cabinet Shadley Knerr s'est-elle présentée? Qu'aviez-vous envie d'y développer?
Après avoir pratiqué pendant plus de deux ans à mon compte, j'ai rencontré l'un des associés du cabinet lors d'un événement de l'Association des avocats de la défense. Nous avons rapidement constaté que nos pratiques avaient un point commun, il exerce notamment au Nunavut, tandis que moi, j'avais développé une pratique au Nunavik.
J'étais donc déjà habituée à travailler dans le Grand Nord québécois auprès d'une clientèle autochtone. C'est autour de cette expérience commune que nous avons appris à nous connaître. Au fil des échanges, l'idée de travailler ensemble s'est imposée naturellement.
Comment décririez-vous votre approche comme avocate en droit criminel?
Je dirais qu'elle est avant tout humaine. Le droit criminel exige beaucoup d'empathie, de patience, d'ouverture d'esprit et de recul. Ce sont des qualités que j'essaie de cultiver au quotidien. Je cherche toujours à bien connaître la personne que je représente. Je dis souvent à mes clients : « Plus vous m'en dites sur vous, plus je serai en mesure de vous aider. »
Comprendre leur parcours, leur réalité et les circonstances qui les ont amenés devant les tribunaux me permet de bâtir, avec eux, la meilleure stratégie possible. J'apprécie aussi le fait que le droit criminel laisse une place à la créativité. Bien sûr, les règles sont établies, mais il existe plusieurs façons de défendre un dossier et d'accompagner un client.
Après six ans de pratique, y a-t-il un dossier qui vous a particulièrement marquée?
Je pense à un jeune que je représentais en vertu de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents. Il était détenu dans un centre jeunesse alors que, selon moi, il n'avait pas sa place en détention. Il était loin de sa famille et de ses proches, qui avaient pourtant un rôle important dans son cheminement. Nous avons travaillé très fort, avec plusieurs intervenants, afin d'obtenir sa remise en liberté. Ce fut un véritable travail d'équipe.
Lorsqu'il a finalement pu retourner auprès des siens, nous avons ensuite réussi à régler son dossier de façon favorable. Ce dossier m'a profondément marquée parce qu'il illustre l'impact concret que peut avoir notre travail. Au-delà du résultat juridique, c'est la vie d'une personne qui a changé.
Vous évoquez souvent l'importance du lien de confiance avec vos clients. Comment le construisez-vous?
Il n'existe pas de recette unique. Chaque client est différent et chaque situation demande une approche adaptée. Lorsqu'une personne est incarcérée, par exemple, les moyens de communication sont plus limités et son état d'esprit est différent.
Avec une clientèle autochtone, il faut également tenir compte des réalités culturelles et linguistiques. Même lorsqu'une personne parle français ou anglais, ce n'est pas sa langue maternelle, et cela peut avoir un impact important sur la compréhension des procédures.
J'essaie donc de prendre le temps de connaître mes clients, de leur expliquer mon parcours, de créer un climat de confiance, parfois même avec un peu d'humour pour briser la glace. Je m'assure aussi de vulgariser le processus judiciaire.
Le système criminel peut sembler très complexe; expliquer chaque étape, répondre aux questions et maintenir le contact contribue énormément à instaurer cette relation de confiance. Dans certains dossiers, je travaille également avec des interprètes ou des intervenants communautaires. Leur présence facilite les échanges et permet souvent de mieux accompagner la personne tout au long des procédures.
Vous avez aussi animé des ateliers sur les interactions avec la police. Pourquoi ce sujet vous tient-il à cœur?
J'ai donné ces ateliers dans le cadre de mon bénévolat auprès de la clinique juridique Hochelaga. L'objectif était de permettre aux citoyens de mieux comprendre quels sont les pouvoirs de la police, mais aussi leurs propres droits lors d'une intervention policière. Pour moi, cela s'inscrit dans une réflexion plus large sur l'accès à la justice.
Les droits n'ont de valeur que si les citoyens les connaissent et sont en mesure de les exercer. En droit criminel, où les libertés fondamentales sont directement en jeu, cette compréhension est essentielle. C'est d'ailleurs dans le même esprit que j'enseigne, depuis 2022, la procédure pénale en technique juridique. J'aime transmettre ces connaissances et rendre le droit plus accessible.
Vous poursuivez également une maîtrise en droit et société à l'UQAM. Pourquoi avoir choisi de retourner aux études?
Après plusieurs années de pratique, notamment auprès des cours itinérantes et de communautés autochtones, j'ai ressenti le besoin de prendre du recul. J'étais confrontée à certaines réalités sur le terrain qui suscitaient chez moi beaucoup de questionnements. La maîtrise m'a permis de revenir à la théorie et de découvrir les approches critiques du droit. J'y ai trouvé des concepts et des analyses qui mettaient des mots sur des phénomènes que j'observais quotidiennement dans ma pratique.
Concrètement, ces recherches nourrissent mon travail d'avocate. Elles m'aident à mieux expliquer certains enjeux devant les tribunaux, à enrichir mes plaidoiries et à apporter un regard plus nuancé sur les situations vécues par mes clients. J'aime aussi le fait de pouvoir conjuguer plusieurs facettes du droit. Être avocate, enseigner et poursuivre des études sont, à mes yeux, des activités complémentaires qui se nourrissent les unes des autres et qui enrichissent ma pratique au quotidien.
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