IA en entreprise : les juristes l'utilisent, les TI décident

IA en entreprise : les juristes l'utilisent, les TI décident
Thomas Vernier

Thomas Vernier

2026-10-26 12:00:55

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85 % des services juridiques internes utilisent l'IA. Mais la gouvernance, la mesure du rendement et la gestion des talents traînent. Que faire?


Jason L. Brown - source : LinkedIn

L'intelligence artificielle est entrée dans le quotidien des services juridiques d'entreprise. Mais ce ne sont pas les juristes qui en tiennent les clés.

Selon une enquête mondiale de l'Association of Corporate Counsel (ACC) publiée le 29 septembre, 85 % des services juridiques internes utilisent désormais l'IA. Or, dans 73 % des organisations, l'approbation finale des outils d'IA relève d'une autre direction que le service juridique, le plus souvent celle des technologies de l'information. Seulement 8 % des entreprises confèrent au chef du contentieux le pouvoir exclusif d'approuver ces outils.

« L'adoption n'est plus la question », résume Jason Brown, président et chef de la direction de l'ACC. « Le plus grand défi, maintenant, est de s'assurer que la gouvernance, la responsabilisation, la mesure du rendement et la planification de la main-d'œuvre évoluent au même rythme que la technologie. » (traduction libre)

Angles morts

Les chiffres de l'enquête dessinent une adoption plus rapide que son encadrement :

- 39 % des services ne mesurent pas formellement le rendement de leur investissement en IA, alors qu'une large majorité juge son succès à l'aune des gains de temps et d'efficacité;
- 41 % n'ont jamais vérifié si des outils non autorisés, l'« IA fantôme », circulaient dans leurs rangs;
- l'exécution entièrement autonome par l'IA reste sous la barre des 5 % dans toutes les tâches étudiées.


L'IA sert surtout aux tâches répétitives et à fort volume : révision de contrats, rédaction, veille réglementaire. La stratégie de litige, la propriété intellectuelle et la gestion des cabinets externes demeurent l'affaire des avocats.

Beaucoup de services n'ont pas non plus revu leurs pratiques d'embauche, de formation et d'évaluation. « La prochaine phase de la transformation par l'IA ne porte pas vraiment sur la technologie. Elle porte sur les gens », insiste Jason Brown. Les services qui domineront, selon lui, « ne seront pas ceux qui ont le plus d'outils d'IA », mais ceux qui réuniront technologie, gouvernance, mesure et talents dans une seule stratégie.

Une hausse à nuancer

L'ACC présente le chiffre de 85 % comme un bond spectaculaire par rapport à 23 % en 2024 et à 52 % en 2025. La comparaison mérite une précaution. Les deux chiffres précédents viennent d'une autre enquête, menée avec Everlaw auprès de 657 répondants, et ils portaient sur l'IA générative. La nouvelle enquête parle de l'IA en général.

L'échantillon, lui, compte 576 juristes internes et professionnels des opérations juridiques, sondés du 8 au 31 juillet 2026. La plupart sont membres de l'ACC, les autres ont été joints par LinkedIn et les forums de l'association. Aucune donnée canadienne n'est isolée dans le communiqué. L'ACC publie en parallèle un supplément consacré à l'Europe.

L'association encourage depuis un moment les juristes d'entreprise à se saisir de l'IA : elle y voyait l'an dernier une façon de secouer leur réputation de prudence excessive. La semaine dernière, son enquête sur les salaires des conseillers juridiques montrait par ailleurs que la responsabilité paie. Reste à savoir si les chefs du contentieux réclameront celle de l'IA.

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