Juristes élus : les libéraux font le plein, le PQ perd des gros noms
Rene Lewandowski
2026-10-06 09:30:15
Les favoris de notre sélection ont tenu bon. Mais les défaites surprises changent le portrait juridique de la prochaine Assemblée nationale. Retour sur nos pronostics.
Trente-neuf voix.

C'est tout ce qui sépare, ce matin, l'avocat Benoît Clermont de Guillaume Cliche-Rivard dans Saint-Henri–Sainte-Anne. Et dans Vachon? Quatorze!
Voilà qui remet un pronostiqueur à sa place.
Hier, Droit-inc croisait les projections de Qc125 avec les parcours de 60 candidats possédant une formation ou une expérience juridique. L'objectif : repérer les futurs élus, mesurer le poids du droit dans chaque caucus et imaginer quelques nominations ministérielles. Ce matin, le verdict permet de départager les paris solides et les scénarios déjoués.
Le bilan? Parmi ces 60 candidatures, 27 ont remporté leur course et 33 ont été défaites. Nos 22 favoris, regroupant 17 candidatures dans des circonscriptions jugées solides et cinq dans des sièges probables, ont tous gagné.

Les surprises, elles, viennent des courses serrées et d'une victoire libérale que notre grille n'annonçait pas.
Une correction s'impose toutefois : Julie White, victorieuse dans Jean-Talon, était absente de notre sélection. Or, elle est elle aussi avocate de formation. Son ajout porte donc à au moins 28 le nombre de profils juridiques élus repérés, dont 16 chez les libéraux.
Précisons-le : ce décompte comprend des avocats, des notaires, d'anciens praticiens et des personnes ayant étudié le droit. Il ne constitue pas un relevé des membres actifs des ordres professionnels.

Le PQ termine ainsi en position de former un gouvernement minoritaire. Avec 59 sièges, il reste sous la projection centrale de 62 sièges utilisée hier. Le PLQ en obtient 40, contre 37 projetés. Les conservateurs et les solidaires terminent respectivement à 19 et neuf sièges.
Et la CAQ? Rayée de la carte parlementaire.
Seize juristes dans l'opposition
Le plus gros contingent juridique repéré siégera donc dans l'opposition officielle. Les libéraux disposent d'un groupe où se côtoient plusieurs générations et spécialités : Nicolas Plourde en litige commercial, André A. Morin en droit criminel et pénal, Brigitte Garceau en droit familial, Michelle Setlakwe en droit des affaires et Valérie Assouline en droit familial et de la jeunesse.
À ces profils expérimentés s'ajoutent notamment Madwa-Nika Cadet, Sacha Cannon et Nada Boumeftah. Le caucus pourra puiser dans des expériences de médiation, d'arbitrage international et de défense criminelle pour examiner les projets de loi et interroger les futurs ministres.
Trente-neuf voix, puis quatorze!
Deux victoires libérales illustrent cependant la fragilité de certaines conclusions électorales. Dans Saint-Henri–Sainte-Anne, l'avocat Benoît Clermont devance Guillaume Cliche-Rivard de seulement 39 voix. Dans Vachon, Affine Lwalalika, diplômée en droit, l'emporte par 14 voix sur le péquiste Stephan Fogaing.
Vachon était pourtant classée solide pour le PQ dans notre grille. Elle constitue le principal renversement favorable parmi les candidatures que nous suivions.
Nada Boumeftah gagne également une course difficile dans Maurice-Richard, avec 307 voix d'avance. Ces résultats serrés correspondent au dépouillement complet disponible ce matin.

La défaite la plus lourde pour notre scénario ministériel demeure celle de Pascal Paradis. Nous lui accordions un avantage fragile dans Jean-Talon et envisagions pour lui les Relations internationales, voire le poste de vice-premier ministre.
Julie White ferme cette voie parlementaire en remportant la circonscription.
Le résultat déjoue aussi la tendance de Qc125, qui plaçait encore Jean-Talon dans la catégorie « PQ enclin » à sa dernière mise à jour. La circonscription conserve néanmoins une élue de formation juridique, un élément que notre sélection initiale avait manqué.
Et ce n'est pas tout. Deux autres candidatures péquistes que nous avions associées à des responsabilités ministérielles échouent dans des courses déjà reconnues comme incertaines.

René Branchaud perd contre la conservatrice Adriana Szalontai. Chloé Fauchon s'incline devant le notaire conservateur Marcos Archambault. Dans Borduas, Cédric Gagnon-Ducharme bat le ministre sortant de la Justice, Simon Jolin-Barrette.

Ces résultats retirent au caucus péquiste deux expertises que nous avions particulièrement remarquées : celle de Branchaud en droit des affaires et dans les ressources naturelles, et celle de Fauchon en droit public et environnemental. Leur défaite oblige à revoir nos hypothèses pour l'Économie et l'Environnement.
Ce qu'il reste au PQ
Le PQ conserve toutefois plusieurs candidats crédibles à des responsabilités gouvernementales. Marie-Claude Sarrazin, élue dans Groulx, demeure notre hypothèse pour la Justice, compte tenu de son expérience du litige et du droit disciplinaire. Stéphane Handfield, élu dans Masson, présente un parcours directement pertinent pour l'Immigration. Maxime Laporte, dans L'Assomption, apporte une expertise constitutionnelle qui pourrait servir aux dossiers linguistiques et aux relations canadiennes.

Sarrazin et Plourde élus tous les deux, chacun dans son camp? Les deux cofondateurs du même cabinet siégeront donc face à face.
Nadine Le Gal, élue dans Blainville, pourrait mettre son expérience de gestion en éducation au service de l'Enseignement supérieur. Avec Paul St-Pierre Plamondon, Cédric Gagnon-Ducharme, William Fradette et Mathieu Lebrun, ces élus composent les huit profils juridiques péquistes de notre sélection.
Les portefeuilles évoqués restent évidemment des hypothèses.
Chez les conservateurs, Marcos Archambault rejoint Jonathan Poulin, élu dans Beauce-Sud, Maïté Blanchette Vézina, dans La Peltrie, et Éloïse Coulombe, dans Charlesbourg. Le groupe réunit droit, notariat et relève étudiante.
Notre exercice aura donc bien identifié les candidatures les mieux placées. Il aura aussi montré combien quelques circonscriptions peuvent transformer le portrait professionnel d'un caucus.
Pour le prochain gouvernement, les absences de Paradis, Branchaud et Fauchon pèseront dans les choix. En face, les libéraux disposeront d'un contingent juridique nombreux et expérimenté pour leur demander des comptes.
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