Les as des fusions-acquisitions
L’activité en fusions-acquisitions brave l’incertitude économique. Qui sont les cabinets champions pour ce premier trimestre 2026?
Le marché mondial des fusions-acquisitions a encore connu un trimestre faste.

Les trois premiers mois de l'année 2026 ont atteint un niveau record en valeur, qui n'avait plus été atteint depuis l'année 2021, alors qu’un rattrapage était en cours après l'année creuse de 2020, montre le classement trimestriel LSEG.
Au niveau mondial, les transactions ont totalisé 1 200 milliards de dollars US, en hausse de 27 % comparativement au premier trimestre de l'année précédente.
La valeur moyenne des transactions est elle aussi orientée à la hausse, puisque le nombre de transactions recule de 15 %. Les transactions de plus de 5 milliards de dollars US atteignent désormais la moitié de la valeur totale des transactions, ce qui ne s'était jamais produit au cours des dix années précédentes.
Clients optimistes, délais allongés
Sur le marché canadien, la tendance semble bien différente, puisque la valeur totale des fusions-acquisitions au premier trimestre est en chute de 24 %, soit un recul semblable à celui du nombre de transactions (-25 %).

Ces chiffres, qui paraissent contradictoires avec l'activité mondiale, s'expliquent par une possible distorsion dans le décompte des transactions, notamment en raison du mois de janvier 2025 qui avait été exceptionnellement dynamique, suggère Me Guillaume Lavoie, associé chez Torys.
Torys connaît une progression spectaculaire au premier trimestre 2026. Le cabinet atteint les sommets avec 17 transactions annoncées au cours des trois mois, pour une valeur totale de près de 8,8 milliards de dollars. Parmi les transactions marquantes du cabinet figure le mandat de représentation de Fairstone dans l’acquisition de la Banque Laurentienne pour 1,9 milliard de dollars.
Après une année 2025 extraordinaire en fusions-acquisitions au Canada, « l’état d’esprit des clients est encore plus positif. Il y a de l’optimisme », observe Me Lavoie. « En 2025, il y a une courte période durant laquelle les gens ont été véritablement inquiets. On ne sent pas cela cette année. »
Par contre, « on sent qu'il y a un ralentissement dans l'exécution des transactions », poursuit Me Lavoie. « C'est pour cela que le premier trimestre 2026 peut avoir l’air désastreux, mais c'est parce que les transactions prennent davantage de temps. Quand on verra l'année au complet, les chiffres ne seront peut-être pas aussi bons qu'en 2025, mais ils pourraient se comparer avantageusement avec d’autres belles années. »
Me Guillaume Lavoie voit beaucoup d’activité dans le domaine minier, l'immobilier, les centres de données et le secteur de l’énergie.
Si les clients s’habituent au contexte d’incertitude, le rôle de conseil des avocats doit évoluer. « Nous devons faire preuve d'énormément d'imagination pour anticiper les liens indirects entre le contexte géopolitique et les transactions », souligne-t-il. « Ces liens ne sont pas toujours visibles au premier abord. »

Appétit réel, prix ajustés
De son côté, Blakes se démarque en matière de transactions complétées, avec 19 fusions-acquisitions clôturées pour une valeur totale de 29,9 milliards de dollars.
Le bureau montréalais du cabinet a même débuté le deuxième trimestre avec une annonce de poids, ayant représenté GTO Goldfiels dans son acquisition par G Mining Ventures pour 3 milliards de dollars.
« Nous voyons clairement un niveau d'activité robuste, mais le marché est beaucoup plus discipliné qu’avant », observe Me Howard Levine, associé chez Blakes, qui constate que « les transactions de taille intermédiaire maintiennent l'activité de façon constante, notamment les transactions domestiques qui demeurent le moteur du marché. »
Le cabinet voit également davantage de prudence sur le marché en raison de l'incertitude géopolitique et économique. « Les vérifications diligentes peuvent être plus poussées, ce qui peut aller jusqu'à la renégociation de certains paramètres-clés afin de mieux refléter le risque », souligne Me Joanna Myszka, associée chez Blakes. « L'appétit pour les transactions est bien là. Il est simplement plus réfléchi, plus structuré et plus axé sur la qualité de l’exécution. »
Ces évolutions peuvent conduire à prévoir un ajustement du prix de la transaction au-delà de la clôture, en fonction de la performance de l’actif, pointe Me Howard Levine. « Cela peut se produire quand il y a un écart sur l'appréciation du prix, mais qu'il y a une volonté d'aller de l'avant sur la transaction. C'était moins courant il y a une dizaine d’années. »
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