JFK Law renforce son équipe en droit autochtone
Le cabinet renforce ses équipes pour mieux défendre les droits des communautés autochtones en intégrant une professeure et avocate chevronnée. Rencontre.

Il y a tout juste un an, le cabinet JFK Law, spécialisé en droit autochtone, s’implantait au Québec. Pour marquer cette étape, le cabinet accueillait l’un des experts les plus reconnus de la province dans ce domaine : Me Nadir André.
Aujourd’hui, JFK Law poursuit sa croissance en recrutant une professeure et avocate chevronnée en droit autochtone, Me Karine Millaire.
Elle allie une solide expérience à une expertise pointue en droit autochtone et constitutionnel, en droits humains, ainsi qu’en défense de l’autonomie gouvernementale des peuples autochtones.
Membre de la Nation Wendat, Me Millaire est également présidente de Projets Autochtones du Québec, la plus grande organisation offrant des services d’hébergement d’urgence, de logement et de soutien, tous ancrés dans une approche culturellement adaptée.
Droit-inc est allé à sa rencontre pour mieux comprendre son parcours et sa vision.
Qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui chez JFK Law? Pourquoi revenir à la pratique privée et pourquoi ce cabinet en particulier?
Ces dernières années, j’ai continué à exercer ponctuellement, sur des mandats spécifiques, sans être rattachée à un cabinet en particulier. En tant que chercheuse et enseignante en droit constitutionnel autochtone, je travaille à développer des idées, à analyser le droit et à défendre les droits des peuples autochtones.
Il existe plusieurs façons de défendre ces droits, et la pratique du litige en est une particulièrement concrète. Pouvoir agir directement devant les tribunaux, en équipe, reste un levier essentiel.
Le cabinet JFK Law, historiquement implanté en Colombie-Britannique, s’est développé à Toronto avant de s’installer plus récemment au Québec. Il s’inscrit dans une dynamique pancanadienne, avec pour ambition de partager et de mettre en commun les expertises de l’Ouest et de l’Est du pays.
Beaucoup d’avancées majeures en droit autochtone ont émergé dans l’Ouest. Travailler avec des équipes qui ont cette expérience, dans une logique de collaboration, permet d’en faire bénéficier les communautés ici.
Nous sommes également une proportion significative d'avocats à être nous-mêmes autochtones au cabinet. C'est très important et significatif lorsqu'on parle de défendre nos droits et notre autonomie.
Quel type de mandats allez-vous traiter et auprès de quelle clientèle?
Je vais principalement travailler au sein de l’équipe de litige du cabinet. Il existe également une équipe dédiée au nation building, c’est-à-dire au développement de l’autonomie gouvernementale des nations, mais les deux volets sont étroitement liés.
Concrètement, ma pratique se concentre principalement sur la défense des droits des peuples autochtones devant les tribunaux, qu’il s’agisse de droits territoriaux, de droits à l’autodétermination ou de droits constitutionnels.
Nous accompagnons également les communautés à travers des conseils juridiques plus larges, toujours dans une perspective de soutien à leur autodétermination. La clientèle est composée exclusivement de communautés et d’organisations autochtones. Les dossiers concernent aussi des enjeux linguistiques et culturels, qui sont au cœur de la défense des droits.
Comment observez-vous concrètement l’évolution de la reconnaissance des droits des peuples autochtones?
Nous sommes actuellement dans une phase très importante, celle de la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Des décisions récentes commencent à interpréter le droit canadien et québécois à la lumière de cette déclaration, ce qui ouvre de nouvelles perspectives.
On observe aussi une évolution dans la posture des nations, notamment au Québec. Historiquement, elles étaient parfois moins enclines à porter leurs revendications devant les tribunaux que dans l’Ouest du pays.
Aujourd’hui, cela change : les revendications sont plus nombreuses, les demandes de réparation se multiplient et les communautés affirment davantage leurs droits. Il y a une forme de réaffirmation identitaire et juridique, portée aussi par une fierté renouvelée. Cela se traduit concrètement dans les dossiers que nous traitons.
Vous êtes également professeure. Qu’est-ce qui vous motive dans l’enseignement et en quoi ce rôle complète-t-il votre pratique du droit?
L’enseignement est complémentaire à la pratique. Nous formons les juristes de demain : ceux qui vont penser, interpréter et défendre le droit. J’enseigne le droit constitutionnel ainsi qu’un cours consacré aux systèmes juridiques autochtones, que j’ai développé en réponse aux travaux de la Commission de vérité et réconciliation. L’objectif est de faire comprendre que le droit autochtone existe en tant que tel, avec ses propres fondements.
Pendant longtemps, le droit constitutionnel a été enseigné sans véritablement intégrer les réalités autochtones. Comme si ces enjeux étaient périphériques, alors qu’ils sont centraux. Il est essentiel de les intégrer dès le début du parcours universitaire. Former des étudiants sensibilisés à ces questions, même s’ils ne se spécialisent pas dans ce domaine, est fondamental. Cela influence leur manière de comprendre le droit et leur pratique future.
Vous êtes investie depuis longtemps dans la défense des droits autochtones et humains. Qu’est-ce qui a motivé cet engagement?
La recherche de justice, la défense des droits humains, le respect de l’autonomie et du consentement sont des valeurs qui m’animent profondément. Cela dépasse d’ailleurs les seules questions autochtones : il s’agit plus largement de protection des droits humains et des minorités.
On a parfois tendance à associer les enjeux de droits humains à des réalités lointaines, mais il ne faut pas oublier que des violations graves ont aussi eu lieu ici. Il existe encore aujourd’hui des discriminations importantes à combattre.
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