De l’infanterie au cabinet : le parcours hors norme d’un « jeune » avocat
Pour ce nouveau membre du Barreau, le saut vers le droit a été tout sauf un long fleuve tranquille. Entrevue…

À 43 ans, Me Simon Primeau-Bélanger incarne l’antithèse du parcours juridique linéaire. Après sept ans dans l’infanterie, l’ex-militaire a troqué les bottes de combat pour les complets d'avocats, emportant avec lui une résilience à toute épreuve. Droit-inc s’est entretenu avec lui.
Rien ne prédestinait ce père de trois enfants à embrasser la profession d'avocat après une carrière sous les drapeaux. À l’âge où certains s’installent dans une routine, Me Primeau-Bélanger a amorcé son « parcours tortueux », naviguant entre la vie de famille et les bancs d’école. Membre du Barreau depuis décembre, il a joint les rangs de Saraïlis Avocats à Québec comme avocat en droit des affaires.
Au-delà de sa pratique, c’est par sa transparence que Me Primeau-Bélanger se distingue. Sur ses réseaux sociaux, il a d'abord documenté son quotidien à travers un Journal de bord d’un stagiaire en droit, avant de poursuivre aujourd'hui avec son Journal d’un jeune avocat.
Rencontre avec un avocat qui mise sur l’authenticité pour tracer son chemin.
Quel rôle occupiez-vous dans les Forces armées canadiennes et pendant combien de temps y avez-vous servi?
Je suis entré dans l’armée en 2009 et j’y suis resté environ sept ans et demi, jusqu’en 2016. Je me suis enrôlé dans l’infanterie, avec les soldats qui ont les bottes sur le sol et le fusil dans les mains, et dont la mission est de trouver et de détruire l’ennemi. J’étais basé à Valcartier, près de Québec.
Avez-vous fait des missions à l’international?
Quand je me suis enrôlé au départ, il y avait des missions en Afghanistan, et c’était en partie pour ça que je me suis enrôlé. Sauf que le temps que je sois formé, on rapatriait nos soldats plutôt que d’en envoyer. J’ai finalement été déployé en 2011 lors des inondations à Saint-Jean-sur-Richelieu, au sein de la Force opérationnelle domestique.
Pourquoi avoir quitté l’armée?
J’ai quitté l’armée pour des raisons médicales. Je suis entré dans l’armée relativement vieux, à 26 ans. Ça peut sembler jeune comme ça, mais c’est assez vieux pour un métier de combat. Je me suis magané dans les entraînements, et à un moment donné, il a fallu que je prenne une décision à savoir si je restais dans des postes « tablette » ou si je me réorientais. J’ai choisi de me réorienter.
Comment en êtes-vous arrivé à choisir le droit?
Je me suis fait souvent dire que j’étais bon pour débattre et argumenter, mais ce n’est pas tant ça qui m’a convaincu d’aller en droit, c’est plus un travail d’introspection. Quand j’ai quitté l’armée, j’ai d’abord fait un cours en électricité, mais c’était trop difficile pour moi. Je me suis donc réorienté en faisant une formation en techniques juridiques à 35 ans au Cégep de Valleyfield, d’où je suis originaire. Ensuite je suis revenu à Québec pour faire mon baccalauréat en droit, mon Barreau, mon stage du Barreau…

Je me suis rendu compte pendant mes études en techniques juridiques que le droit était partout, dans toutes les facettes de notre vie. Tu peux travailler partout parce que le droit est dans tout. Je me suis rendu compte aussi que j’avais toujours aimé les cadres réglementaires, les consignes. Dans ma carrière militaire, j’étais beaucoup là-dedans. J’étais du genre à regarder quelqu’un faire quelque chose et à lui dire : « C’est pas comme ça qu’on fait ça! »
Quels sont les plus gros obstacles professionnels ou personnels que vous avez dû surmonter pendant votre parcours pour devenir avocat?
C’est un parcours qui a duré à peu près huit ans au total. Autant ça aura été une bénédiction, autant ça a été un défi énorme. Quand j’ai commencé ma formation en techniques juridiques, je n’avais pas d’enfant, et j’ai fini mon Barreau avec trois enfants. Mais j’ai appris à bien investir mon temps et mon énergie. Je savais que je ne pouvais pas faire comme la plupart des étudiants et prendre une heure le soir pour replonger dans mes notes de cours et étudier, donc ma stratégie c’était : quand je suis en classe, je suis là à 100%, je donne tout ce que j’ai intellectuellement, je m’implique et j'interagis pour apprendre le plus possible et absorber comme une éponge.
Comment votre expérience dans l’armée vous aide-t-elle à faire face à la pression comme avocat?
C’est sûr qu’en ayant déjà vécu toutes sortes de situation de stress, d’urgence, de douleurs, d’obstacles et d’échecs, ça m’aide dans ma nouvelle carrière. Mais ça n'élimine pas le sentiment de stress non plus. J' vis du stress au quotidien. Des fois on le gère bien, des fois c’est plus difficile. Mais l’armée m’a aussi appris l’humilité, à être capable de faire preuve d’introspection, à être honnête envers moi-même, à reconnaître que je ne peux pas tout faire et que je ne sais pas tout. Je suis capable de dire à un client : je ne le sais pas, laisse-moi faire une recherche et te revenir.
Quelles compétences ou traits de caractère considérez-vous comme votre plus grand atout dans votre pratique?
De l’armée, j’ai acquis la résilience — ne jamais abandonner, persévérer, vouloir constamment s’améliorer — et l’humilité. C’est une qualité particulièrement importante pour un avocat, qui doit être capable de prendre la critique de façon constructive. Et j’ai une qualité plus intrinsèque à moi qui est la créativité. Je suis capable d'être créatif, de trouver des solutions qui sont un peu plus champ gauche.
Vous avez tenu sur vos réseaux un journal de stagiaire et vous continuez de le faire comme avocat. Pourquoi c’est important pour vous de documenter publiquement votre quotidien en droit?
Le but, à l’origine, c’était de dresser une espèce de portrait, de montrer les dessous du droit à ceux qui sont en stage ou qui ne le sont pas encore, ou encore à ceux qui s’intéressent à la profession d’avocat. Je voulais aussi rassurer, montrer aux autres stagiaires qu’on a le droit de se tromper. Le message que j’essaie souvent de passer encore aujourd’hui, c’est que l’important, c’est d’avancer, même dans l’imperfection.
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