Inhabile ou pas inhabile?
Un ancien étudiant a tenté de faire écarter les avocats de l’Université McGill dans une poursuite de 500 millions de dollars. A-t-il réussi?

La Cour supérieure a rejeté une demande en inhabilité visant le cabinet A.L.I.A. Services juridiques, qui représente l’Université McGill ainsi que plusieurs professeurs défendeurs dans la cause qui les oppose à un ancien étudiant, Davis Joseph.
La décision a été rendue le 21 juillet par le juge Benoît Emery.
Le contexte
Davis Joseph, un ancien étudiant en biochimie, réclame solidairement 500 millions de dollars aux défendeurs. Il soutient avoir été forcé de se retirer de ses études en février 2025 et que les défendeurs se sont approprié ses droits intellectuels sur des découvertes concernant les maladies d'Alzheimer et de Parkinson.
Le demandeur reproche aux défendeurs diverses fautes, dont la fraude, la diffamation, le complot et le non-respect des politiques universitaires. Il allègue notamment l’orchestration d’une campagne de diffamation le comparant à Valery Fabrikant, un meurtrier de masse.
La demande en inhabilité
Davis Joseph demandait au tribunal de déclarer le cabinet A.L.I.A. inhabile à agir, invoquant un conflit d’intérêts.
Selon M. Joseph, le cabinet se retrouve dans une impasse : il doit défendre la position de l’Université McGill, dont la décision disciplinaire officielle a conclu à l’absence de preuve de risque sécuritaire, tout en défendant parallèlement les professeurs, qui affirment, dans leur réponse aux griefs, que le demandeur constituait une menace physique.

Le cabinet A.L.I.A. Services juridiques, représenté par Mes Numa McGrath Valiquette, Christina Parent-Roberts et Maria Brienza (Intact), agissait pour l’Université McGill ainsi que pour les Drs Nahum Sonenberg, Lorraine Chalifour, Michel Tremblay, Thomas Duchaine, Christopher Manfredi, Christopher Moraes et Arkady Khoutorsky.
Me Karine Tremblay, du cabinet Timmons Séguin Tremblay, représentait Me Eliab Taïrou et le cabinet Langlois.
Le demandeur, Davis Joseph, se représentait lui-même.
La décision du juge Emery
En réponse à cet argument, le juge Benoît Emery a souligné une contradiction fondamentale dans les prétentions du demandeur. Le Tribunal a observé que M. Joseph reproche les mêmes fautes à l’ensemble des défendeurs et demande une condamnation solidaire contre eux. Selon le juge, cette démarche — qui traite les défendeurs comme un bloc ayant agi de concert — contredit directement l’argument selon lequel leurs intérêts seraient divergents au point de nécessiter des représentations distinctes.
Par ailleurs, le juge a noté un enjeu de tardiveté, relevant que la demande introductive d’instance datait du 15 août 2025 alors que la demande en inhabilité a été présentée le 10 juin dernier. Il a rappelé que l’inhabilité d’un avocat est une question d’ordre public devant être présentée dans les meilleurs délais.
Le juge a également nuancé la trajectoire académique du demandeur en soulignant une rupture majeure dans son parcours. Si M. Joseph bénéficiait d'éloges dithyrambiques en 2023 — le Dr Nahum Sonenberg le classant alors parmi les 2 % des meilleurs étudiants —, le Tribunal a constaté que la situation s'était radicalement détériorée après le décès de la mère du demandeur, Me Migen Dibra, le 18 février 2024.

Dans ses procédures, M. Joseph allègue que ce décès est survenu après que des collègues du Dr Sonenberg lui aient administré des drogues illégales — une affirmation que le demandeur dit traiter dans une instance distincte. Le juge a toutefois opposé à ce récit les conclusions du rapport universitaire, lequel indique que, suite à cet événement, le comportement de M. Joseph a suscité des inquiétudes croissantes au sein du département, notamment en matière de sécurité et de harcèlement. C’est cette détérioration du climat, observée post-2024, que le Tribunal a retenue pour expliquer le fondement de son expulsion.
Enfin, le Tribunal a précisé que, outre Me Eliab Taïrou et le cabinet Langlois qui sont représentés séparément, les autres défendeurs acceptent d’être représentés par le même cabinet. Le juge a conclu que le demandeur n'avait pas démontré que cette représentation portait atteinte à l’intégrité du système judiciaire.
La requête en déclaration d’inhabilité a donc été rejetée, sans frais.
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