Comment conjuguer parentalité et études en droit?
Une étudiante a récemment reçu deux bourses soulignant sa persévérance et son excellence académique. Rencontre.

Mère de famille et étudiante en droit, Jessica Côté-Bérubé a récemment vu ses efforts et son parcours universitaire récompensés par deux bourses.
Le 7 mai dernier, elle a reçu une bourse de persévérance pour parent étudiant ainsi qu’une bourse d’excellence en droit, deux prix qui viennent saluer un cheminement qu’elle décrit comme particulièrement exigeant.
Et pour cause : malgré les obstacles, elle n'a jamais renoncé à son objectif de devenir notaire. Sur LinkedIn, elle souligne toutefois que ce parcours n'aurait pas été possible sans le soutien de son entourage. Droit-inc est allé à sa rencontre.
Pouvez-vous revenir sur les grandes étapes de votre parcours?
J’ai entrepris un retour aux études en droit relativement tardif. Avant cela, j’ai complété une technique en laboratoire en biotechnologie en 2017. Par la suite, j’ai suivi un parcours un peu atypique : j’ai vécu en République dominicaine avant de revenir au Canada. J’ai ensuite travaillé dans mon domaine, puis je me suis réorientée, notamment en raison des opportunités limitées dans ma région.
C’est finalement en intégrant Justice Canada comme adjointe juridique que j’ai découvert le milieu du droit. J’ai été assignée à la direction des affaires notariales, et c’est là que j’ai eu la piqûre. Je me suis rendu compte que je voulais aller plus loin et m’impliquer directement dans les dossiers.
Le droit s’est imposé assez naturellement après cette expérience. Je voulais sortir du rôle d’adjointe juridique et avoir un impact plus direct dans les dossiers. Je me suis donc inscrite au baccalauréat en droit avec une motivation différente, plus mature et plus consciente de ce que signifiait ce retour aux études.
Vous avez mentionné avoir eu plusieurs raisons d’abandonner. Quels ont été les principaux défis?
D’abord, un défi lié à ma réalité personnelle. Je suis mère monoparentale, donc je suis la principale personne responsable de mon enfant. Mes soirées étaient consacrées à lui, ce qui me laissait très peu de temps pour étudier, souvent uniquement après son coucher. Cela impliquait beaucoup de nuits courtes.
Il y avait la charge financière et professionnelle. Je devais travailler à temps partiel en parallèle de mes études, ce qui rendait l’horaire très exigeant. Enfin, il y a eu aussi une séparation survenue peu avant le début de mon baccalauréat, ce qui m’a amenée à gérer un dossier judiciaire personnel en parallèle de mes études.
Comment avez-vous vécu le fait d’étudier le droit tout en vivant une procédure judiciaire?
C’était très particulier. Durant ma première année, je me suis représentée moi-même dans mon dossier familial. J’étudiais le droit, mais je le vivais aussi comme justiciable non représentée.
Même avec des connaissances de base, j’ai trouvé le système très complexe et intimidant. J’ai dû naviguer dans des procédures, rédiger des actes et me présenter devant les tribunaux, ce qui m’a permis de vivre concrètement ce que j’apprenais en classe.
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’auto-représentation?
C’est très intimidant, même pour quelqu’un qui étudie le droit. Dans mon cas, je faisais face à une partie représentée par avocat, donc il y avait clairement un déséquilibre. Même avec des bases juridiques, je me suis retrouvée à devoir apprendre rapidement une procédure que je ne maîtrisais pas.
Je comprends beaucoup mieux aujourd’hui les défis des justiciables non représentés. Il faut être conscient que même si c’est possible de se représenter soi-même, c’est un parcours exigeant et souvent difficile.
Vous avez reçu une bourse de persévérance et une bourse d’excellence. Qu’est-ce que cela représente pour vous?
C’est une reconnaissance très importante. Ce n’est pas seulement une validation académique, c’est aussi une reconnaissance de tout le parcours et des conditions dans lesquelles je l’ai réalisé.
J’ai dû quitter un emploi stable au gouvernement pour travailler à temps partiel et concilier études, travail et famille. Ces bourses ne changent pas ma réalité financière, mais elles représentent un encouragement, une forme de reconnaissance et une motivation à continuer.
Quels conseils donneriez-vous aux parents qui souhaitent retourner aux études?
Le premier conseil, c’est de bien s’entourer. Un réseau de soutien est essentiel, surtout en situation de monoparentalité. Ensuite, il faut être très discipliné et organisé. Il faut accepter qu’il reste très peu de temps pour soi et que la conciliation est exigeante. Mais malgré les sacrifices, c’est un parcours qui en vaut la peine si on est bien préparé et soutenu.
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