Gadbois poursuit son ex, des proches de son ex et l’avocat Sandro Cellucci!
Un avocat radié par le Barreau poursuit son ex-épouse, des proches de celle-ci et l’avocat Sandro Cellucci. Pourquoi?

Une dizaine de poursuites ont été déposées devant la Cour supérieure de justice de l'Ontario par l’ex-avocat Étienne Gadbois. Elles visent Me Sandro Cellucci, ancien haut dirigeant d'Hydro-Québec, l’ex-conjointe du demandeur et ancienne subordonnée de Me Cellucci, Katherine Hébert-Vachon, ainsi que des proches de Mme Hébert-Vachon.
Le demandeur veut être dédommagé notamment pour les préjudices économiques et émotionnels qu’il dit avoir subis en raison de la rupture de sa vie conjugale.
Les poursuites, rédigées en anglais, ont été déposées par l’avocat ontarien d’Étienne Gadbois, Me Valeriy Kurzhev.
Qui est Étienne Gadbois?
Ancien avocat fiscaliste de renom ayant exercé au sein de cabinets prestigieux comme Dentons et De Grandpré Chait, Étienne Gadbois a connu une chute brutale. Il a été radié du Barreau du Québec pour une période de 15 ans en 2021 après avoir été déclaré coupable de falsification de documents, de fausses déclarations à des clients et de violations de comptes en fiducie.
En avril 2024, Étienne Gadbois a été condamné en Ontario à une peine de deux ans de prison moins un jour pour des accusations de fraude, d’abus de confiance et d’entrave à la justice. Il a reconnu avoir floué des clients pour une somme totale de 366 000 $.
L’ex-avocat a aussi des causes pendantes au criminel au Québec, où il fait face à des accusations de fraude, de complot, de fraude à l’identité et de trafic de documents contrefaits. Il est également accusé d’introduction par effraction dans un dessein criminel en lien avec la violente séquestration, par des membres d’un gang, d’un homme de 21 ans survenue à Montréal en février 2024.
Au civil, ses anciens cabinets Dentons et De Grandpré Chait et lui font face à une poursuite de 5,7 millions de dollars intentée par un ancien client.
Les allégations contre Me Sandro Cellucci
Dans la poursuite qu’il a déposée le 27 avril contre Me Cellucci, Étienne Gadbois réclame 199 000 $ pour le préjudice économique et émotionnel qu’il aurait subi, en plus d'intérêts et de dommages-intérêts punitifs et exemplaires.
Le demandeur reproche à l'ex-vice-président des affaires juridiques d'Hydro-Québec d'avoir abusé de sa « position d'autorité, de confiance et de pouvoir » pour avoir « initié ou engagé une relation personnelle intime » avec son épouse de l'époque, qui « relevait de lui, directement ou indirectement » au sein de la société d’État en 2013-2014.

Selon M. Gadbois, Me Cellucci se serait livré à un « modèle de conduite inappropriée et non sollicitée » envers son ex-conjointe, incluant des « remarques sexuelles et la transmission de matériel sexuellement explicite ». Le demandeur allègue que cette conduite constitue un « abus de pouvoir » et un « manquement grave aux normes professionnelles et de travail ».
Étienne Gadbois soutient avoir confronté le défendeur, qui aurait admis la « relation intime » dans un courriel daté du 29 septembre 2014.
La poursuite avance également que la conduite du défendeur ferait partie d'un « modèle plus large de comportement inapproprié ». Elle affirme que Me Sandro Cellucci aurait finalement été « congédié » de son poste à Hydro-Québec à la suite d'allégations ou de conclusions de harcèlement sexuel.
M. Gadbois soutient que la conduite de Me Cellucci était « intentionnelle, téméraire et au mépris des conséquences prévisibles pour le demandeur », et qu’il a souffert de « détresse émotionnelle, d'humiliation, de préjudice psychologique et de perturbation de sa vie de famille ».
La poursuite réclame en outre des dommages-intérêts punitifs au motif que la conduite du défendeur était « dominatrice, abusive et représentait un écart marqué par rapport aux normes de comportement acceptables ».
Le demandeur ajoute qu’il prévoit porter la conduite de Me Cellucci à l'attention du Barreau du Québec, d'Hydro-Québec et de toute autre autorité réglementaire pertinente.
Étienne Gadbois a indiqué à Droit-inc qu’il avait récemment porté plainte au Barreau contre Me Cellucci « pour intimidation (et non en lien avec la nature du litige) ».
Me Sandro Cellucci a préféré ne faire aucun commentaire sur la poursuite de M. Gadbois, indiquant seulement que ses avocats feront valoir ses droits « en temps et lieu ».
Le contexte du départ de Me Sandro Cellucci d'Hydro-Québec
Cette poursuite survient plusieurs années après le départ de Sandro Cellucci d'Hydro-Québec. Me Cellucci a démissionné de son poste de vice-président aux Affaires juridiques le 30 novembre 2018.
Le départ de l’avocat faisait suite à un rapport produit par la juge à la retraite Pierrette Rayle sur des allégations d'inconduite sexuelle et sur la gestion du dossier par la direction d’Hydro-Québec. S’appuyant sur les conclusions de ce rapport, les membres du conseil d’administration avaient réclamé que Me Cellucci quitte ses fonctions dans une lettre transmise au gouvernement le 2 novembre 2018.
Les administrateurs estimaient que le comportement de l’avocat revêtait « un caractère sexuel en contravention avec la politique de tolérance zéro mise de l’avant » par la société d’État, avait rapporté le Bureau d’enquête de Québecor le 9 novembre 2018.
L’article et la lettre transmise le 2 novembre au gouvernement n'identifiaient toutefois pas Me Sandro Cellucci, évoquant seulement un « dirigeant » d’Hydro-Québec, mais Droit-inc a appris qu’il s’agissait bien de Me Cellucci. La lettre ne donnait pas non plus de détails sur les faits reprochés à Me Cellucci.
Dans cette missive, les administrateurs affirmaient que le PDG Éric Martel avait reconnu avoir « manqué de transparence » en ne leur révélant pas ces allégations d’inconduite lorsqu’il en avait pris connaissance, « vers le 4 mai 2017 ».
Cette affaire a été révélée dans la foulée de la démission du président du CA d'Hydro-Québec de l’époque, Michael Penner, et de l’administratrice Michelle Cormier. Dans leur lettre de démission datée du 5 novembre 2018, M. Penner et Mme Cormier affirmaient que la confiance des administrateurs envers le PDG Éric Martel avait été « ébranlée ».
Les allégations contre l’ex-épouse

Mais revenons aux récentes procédures entreprises par Étienne Gadbois en Ontario.
Dans une des poursuites déposées contre Katherine Hébert-Vachon, Étienne Gadbois réclame 175 000 $ à son ex-épouse pour « privation financière et douleur émotionnelle ».
Le demandeur allègue notamment que, pendant qu'ils étaient mariés et cohabitaient, Katherine Hébert-Vachon aurait eu une relation extraconjugale avec Me Sandro Cellucci, son supérieur de l'époque à Hydro-Québec. Lorsque le demandeur aurait soulevé ses soupçons concernant sa conduite, elle aurait nié tout acte répréhensible et lui aurait suggéré de chercher une aide externe ou professionnelle, ce qu'il aurait fait, indique la poursuite.
M. Gadbois dit avoir découvert la relation plus tard, après avoir « découvert des communications, y compris des messages texte ». Il affirme que l’existence de la relation lui aurait été confirmée « après avoir confronté M. Cellucci, ainsi que l'épouse de M. Cellucci à l'époque ». Cette situation lui aurait causé une détresse émotionnelle, une humiliation et une rupture de confiance importante dans le mariage, allègue-t-il.
Le demandeur reproche également à son ex-épouse deux autres relations extraconjugales, affirmant que malgré son engagement dans ces relations successives, cette dernière aurait refusé de formaliser une séparation ou un divorce. Il soutient que la conduite de son ex-conjointe aurait contribué à une période prolongée de souffrance émotionnelle et de préjudice psychologique.
Dans cette poursuite, le demandeur dit se réserver le droit d'exercer un recours contre « des tiers qui auraient contribué aux dommages subis ».
L’ex-avocat a effectivement déposé d’autres poursuites contre des proches de Mme Hébert-Vachon.
Contacté par Droit-inc, l’avocat d’Étienne Gadbois, Me Valeriy Kurzhev, nous a mentionné avoir traité quelques dossiers de ce type. « Bien que la nature du problème soit inhabituelle [...], le droit ontarien évolue et reconnaît désormais les dommages-intérêts pour le préjudice causé par un tiers (par exemple, un amant qui provoque la rupture du mariage) », a-t-il souligné dans un échange de courriels.
Questionné sur ses motivations à poursuivre non seulement son ex-épouse, mais aussi Me Cellucci, Étienne Gadbois a réitéré à Droit-inc que le comportement allégué de ce dernier « avait eu des conséquences permanentes ».
À propos des chances de succès de ses recours, l’ex-avocat a convenu qu’au Québec, « c’est rarement accordé ». « Mais en Ontario, il semble y avoir une ouverture. C’est du nouveau droit, il n’y a pas encore vraiment de jurisprudence, mais il y a une possibilité », a avancé M. Gadbois.
Réaction de Katherine Hébert-Vachon
Invitée à commenter les procédures entreprises par son ex-conjoint, Katherine Hébert-Vachon a maintenu « ne pas avoir été harcelée ni agressée par Sandro Cellucci ». « Nous avons uniquement entretenu une relation amicale qui a manifestement beaucoup déplu à mon ex-conjoint », a-t-elle réagi par courriel.
Selon elle, M. Gadbois « s'est promis de me détruire » et « utilise tous les moyens possibles afin de m'isoler et de m'épuiser psychologiquement et financièrement ».
« C'est dans cette optique qu'il a déposé une procédure à l'encontre de Sandro Cellucci. Étienne Gadbois a déposé trois procédures à mon encontre et plusieurs autres contre les gens qui m'entourent, notamment mon père, mon copain et mon frère. Il en a transmis 11 au total dans un délai de moins de deux semaines », ajoute Mme Hébert-Vachon en dénonçant « l’absurdité » de ces procédures.
« Les procédures ont été déposées en Ontario uniquement pour me causer des obstacles financiers et logistiques indus », termine Mme Hébert-Vachon, qui envisage de demander le rejet des procédures, auxquelles elle n’a pas encore répondu.
À propos de la multiplication de ces recours, M. Gadbois a expliqué qu’il n’avait pu « exercer [ses] droits » pendant une période de 16 mois d'incarcération, moment où ses droits auraient été « abusés ».
« Si [les poursuites] sont si frivoles et vexatoires, ces personnes n'auront donc aucun problème à se défendre avec succès devant les tribunaux », a soutenu M. Gadbois.
Parmi les autres poursuites déposées par Étienne Gadbois, deux visent le père de son ex-conjointe. Dans l’une d’elles, M. Gadbois allègue que le défendeur s'est engagé dans une « conduite délibérée, soutenue et malveillante » pour miner sa relation avec ses enfants, ce qu'il qualifie d'aliénation parentale et d'ingérence illégale dans la relation parentale. Le montant réclamé pour le « préjudice psychologique intentionnel » et les dommages économiques s'élève à 150 000 $. Dans l’autre recours, Étienne Gadbois réclame à son ex-beau-père le remboursement d’un prêt « impayé » de 100 000 $.
Le copain de son ex-conjointe fait également l'objet de deux poursuites distinctes. Dans la première, Étienne Gadbois réclame 195 000 $ pour « ingérence illégale dans la relation parentale ». Il accuse le défendeur de s'être inséré dans la vie des enfants de manière à « ressembler à un rôle parental » et de miner son rôle de père. La seconde poursuite, au montant de 100 000 $, est de nature économique. Elle porte sur l'utilisation et l'occupation non autorisée de biens personnels du demandeur. M. Gadbois y allègue un « enrichissement injustifié » et réclame cette somme pour des dommages et à titre de « loyer impayé ».
Des poursuites que Droit-inc n’a pas vues auraient également été signifiées au frère et à l’employeur de Katherine Hébert-Vachon.
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