Un avocat nommé Fellow

Un avocat nommé Fellow
Sonia Semere

Sonia Semere

2026-06-08 14:15:31

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Un avocat québécois rejoint l'élite du droit de la construction. Entrevue avec un champion…


Yannick Forget

Yannick Forget, associé au sein du cabinet Miller Thomson, a été nommé fellow du Canadian College of Construction Lawyers lors de la 29e Assemblée annuelle et conférence de l'organisation, tenue à Ottawa.

Me Forget pratique exclusivement dans ce domaine depuis le début de sa carrière. Il conseille et représente des propriétaires, des entrepreneurs, des sous-traitants et des fournisseurs dans le cadre de litiges portant notamment sur des retards de chantier, des réclamations pour travaux supplémentaires, des ruptures de contrat, le recouvrement de créances et des vices de construction.

L'associé intervient également dans le cadre de médiations, d'arbitrages et d'autres modes alternatifs de règlement des différends, dont l'utilisation ne cesse de croître dans l'industrie.

Droit-inc a discuté avec lui de cette distinction, de l'évolution du droit de la construction et des transformations qui façonnent aujourd'hui sa pratique.

Vous venez d’être nommé fellow du Canadian College of Construction Lawyers. Que représente cette reconnaissance à ce stade-ci de votre carrière?

Je reçois cette nomination comme un immense honneur. Pour un avocat qui pratique exclusivement en droit de la construction, il s’agit probablement de la reconnaissance la plus prestigieuse que l’on puisse obtenir au Canada.

Le processus de sélection est particulièrement rigoureux. La candidature doit être appuyée par des fellows déjà membres du Collège et recevoir l’adhésion de l’ensemble des membres. Cette reconnaissance émane donc directement de nos pairs, des collègues, des confrères et parfois même des adversaires. C’est ce qui lui confère toute sa valeur.

Savoir que ces professionnels me témoignent leur confiance et leur respect est extrêmement gratifiant.

Avec le recul, quels éléments de votre parcours ont, selon vous, contribué à cette nomination?

Je crois que plusieurs facteurs ont joué un rôle. D’abord, j’ai eu l’occasion de participer à certains dossiers d’envergure aux côtés ou en face d’avocats qui étaient déjà fellows. Cela a certainement contribué à faire connaître mon travail.

Je suis également très impliqué auprès des différentes associations de l’industrie de la construction. Je participe régulièrement à des congrès et à des formations où je donne des conférences. Ces occasions permettent de partager notre expertise et de contribuer au développement de la profession.

Enfin, j’ai toujours accordé beaucoup d’importance aux relations professionnelles. J’essaie d’entretenir des rapports cordiaux et respectueux avec mes collègues et mes confrères. Je pense que cette approche a aussi pu contribuer à cette reconnaissance.


Vous évoquez des dossiers d’envergure. Quels types de mandats avez-vous eu l’occasion de traiter au cours des dernières années?

Sans entrer dans les détails, j’ai participé à plusieurs réclamations majeures dépassant les 50 millions de dollars dans le secteur de la construction.

Dans chacun de ces dossiers, les parties adverses étaient représentées par des fellows du Collège. Je présume que cette expérience a pu être prise en considération dans l’évaluation de ma candidature.

Sur le fond, il s’agit de litiges typiques du droit de la construction : réclamations pour travaux supplémentaires, différends liés aux conditions de sol ou encore écarts entre les conditions réelles du chantier et celles décrites dans les documents d’appel d’offres. Ce sont des dossiers qui reflètent bien ma pratique quotidienne.

Qu’est-ce qui distingue le droit de la construction des autres domaines du litige commercial? Et, sur un plan plus personnel, qu’est-ce qui vous a amené à vous passionner pour cette pratique?

Ma passion pour le droit de la construction s’est développée avec le temps. Je ne suis pas sorti de l’université en me disant que je voulais absolument pratiquer dans ce domaine. C’est plutôt le fruit des circonstances.

J’ai commencé ma carrière dans un cabinet boutique spécialisé exclusivement en droit de la construction et j’ai rapidement développé un intérêt marqué pour cette pratique.

Une particularité me semble évidente dans ce domaine : la relation avec le client est souvent beaucoup plus globale et durable.

Bien sûr, nous intervenons lorsque surviennent des litiges, mais notre rôle commence souvent bien avant. Nous pouvons accompagner les clients dès les premières étapes d’un projet, analyser les documents d’appel d’offres, identifier les risques, rédiger ou réviser les contrats et fournir des conseils stratégiques tout au long du chantier.

Il n’est pas rare que certains clients nous demandent même de participer à des réunions de chantier ou de les accompagner dans la gestion de situations particulières. Notre valeur ajoutée ne se limite donc pas au règlement des différends; elle s’exprime tout au long du cycle de vie d’un projet.

Les dossiers de construction sont souvent réputés pour leur complexité et le grand nombre d’intervenants impliqués. Comment gérez-vous cette réalité et quels conseils donneriez-vous aux jeunes avocats qui souhaitent évoluer dans ce domaine?

Il est essentiel d’identifier rapidement des collègues plus expérimentés qui peuvent agir comme mentors et nous accompagner dans les dossiers. Mais il faut également savoir s’appuyer sur les nombreux experts qui gravitent autour du secteur de la construction.

Nous travaillons régulièrement avec des architectes, des ingénieurs et des experts techniques qui peuvent se prononcer sur la qualité ou la conformité des travaux. Nous faisons aussi appel à des spécialistes des réclamations qui analysent notamment les causes de retard sur les chantiers.

Lorsqu’on débute, on peut être tenté de vouloir tout faire soi-même. On réalise toutefois assez vite que la réussite passe par la collaboration avec les bonnes personnes.

Les technologies jouent un rôle de plus en plus important dans la pratique du droit. L’émergence de l’intelligence artificielle nous permet aujourd’hui de gérer et d’analyser efficacement des quantités considérables de documents.

Dans certains dossiers, le volume d’information à examiner est immense. Il est donc essentiel de s’appuyer sur les bons outils pour gagner en efficacité, faciliter l’analyse et s’assurer qu’aucun élément important ne soit négligé.

Vous maîtrisez également les modes alternatifs de règlement des différends. Quel regard portez-vous sur ces mécanismes de plus en plus présents dans l’industrie?

Ils occupent une place grandissante dans notre pratique. De nombreux contrats prévoient aujourd’hui des mécanismes de résolution des différends comme la médiation privée ou l’arbitrage, afin d’accélérer le règlement des conflits.

Au Québec, un changement important est également survenu avec l’entrée en vigueur, en septembre dernier, du Règlement sur les paiements et le règlement rapide des différends en matière de travaux de construction. Ce régime permet désormais aux parties impliquées dans certains projets publics de soumettre un différend à un décideur indépendant pendant l’exécution même du projet.

Il s’agit d’une évolution majeure. Traditionnellement, les litiges étaient souvent reportés à la fin des travaux. Désormais, certaines questions peuvent être tranchées en cours de projet, ce qui devrait contribuer à réduire le nombre de différends qui subsistent une fois le chantier terminé.

Parallèlement, on entend de plus en plus parler des contrats collaboratifs. Ces modèles contractuels favorisent la coopération entre les parties et prévoient parfois des limitations importantes aux recours judiciaires entre elles.

Cette approche transforme nécessairement notre rôle. L’accent est davantage mis sur la prévention, l’accompagnement stratégique et la gestion proactive des risques. Plus que jamais, l’objectif consiste à résoudre les problèmes en amont plutôt qu’à les plaider en aval.

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