Un CV de juge dans les mains de Violette Trépanier

Martine Turenne
2017-05-08 13:25:00

Or, cela est survenu deux ans avant que l’ex-directrice du financement du Parti Libéral du Québec ne passe devant la commission Bastarache sur le processus de nomination des juges.
Mme Trépanier a reçu la lettre de motivation de Me Leydet, adressée au ministre de la Justice d’alors, Jacques Dupuis. Ce n’est pas Me Leydet qui a envoyé son CV à Mme Trépanier, précise le Bureau d’enquête, mais plutôt Claude Provencher, de la firme montréalaise d’architectes Provencher & Roy.
Rappelons que ce dernier est un contributeur à la caisse libérale, et sa firme a obtenu des contrats gouvernementaux.
Jusqu’à maintenanti, Violette Trépanier a seulement admis avoir reçu quelques demandes de la part de donateurs libéraux pour des nominations aux conseils d’administration d’organismes publics. Lors de la commission Bastarache, elle avait répondu «non, jamais» à une question si elle avait été mise au fait, en 2003 ou 2004, d’influence, de recommandation ou d’interactions de solliciteurs de fonds en ce qui concerne la nomination de juges.
La réponse était vraie, puisqu’elle n’a reçu le c.v. de Me Leydet qu’en 2008. Mais Mme Trépanier n’a pas cru bon de le mentionner à la commission.
Joint par le Bureau d’enquête, une porte-parole de Claude Provencher a précisé que ce dernier avait transmis le c.v. « par gentillesse », parce qu’un de ses voisins « lui a demandé de faire parvenir le CV de sa compagne (Anne Leydet) à Mme Trépanier, un nom connu de toute la province ».
Mais Anne Leydet a expliqué au Journal que c’est M. Provencher qui lui a suggéré de l’aider, lorsqu’elle lui a fait part de son intérêt pour le poste, en 2008. Elle ignorait que son c.v. avait été acheminé à Mme Trépanier.
C’est finalement Hélène De Kovachich qui a été nommée pour le poste.
Marc Bellemare, ministre de la Justice durant la première année de l’ère Charest, est celui qui a fait déclencher la commission Bastarache. En entrevue au Bureau d’enquête, il a indiqué qu’«il n’(avait) jamais cru madame Trépanier» et qu’il y avait des «jeux d’influence», à son sens.