Fasken et McCarthy se disputent la relève!
Rene Lewandowski
2026-10-01 15:00:54
Notre analyse des 519 avocats québécois « à surveiller » de Best Lawyers révèle un duel à égalité parfaite. Et des boutiques qui jouent les trouble-fêtes!

Entre le moment où Anne-Marie Panzini a quitté Stikeman Elliott et celui où son nom est apparu six fois dans la nouvelle liste Ones to Watch de Best Lawyers, il s’est écoulé à peine six mois.
Six mois, six mentions!
En février dernier, la spécialiste des transactions a changé d’adresse professionnelle. Après avoir amorcé sa carrière chez Stikeman Elliott — plus de dix ans au cabinet, où elle est devenue avocate en 2017 —, elle a rejoint McCarthy Tétrault comme associée à Montréal.
Son arrivée n’est pas passée inaperçue. Me Panzini travaille sur des opérations nationales et transfrontalières de fusions et acquisitions, de capital-investissement et de capital de risque, notamment dans les technologies, les sciences de la vie et les infrastructures.
Elle a aussi travaillé à New York sur des dossiers américains et internationaux, lors de trois détachements au bureau new-yorkais de Stikeman (en 2016, en 2022 et en 2023). Diplômée en droit de l’Université de Montréal, elle détient aussi des diplômes de McGill en économie, en gestion… et en italien.
Puis, en septembre, le palmarès tombe. Son nom y figure six fois : droit des sociétés, fusions et acquisitions, valeurs mobilières, capital-investissement, technologies et capital de risque.
Aucun autre avocat québécois de la liste n’est reconnu dans autant de domaines.
Une nuance, tout de même, et elle a son importance : ce n’est pas une première. Selon sa fiche Best Lawyers, Me Panzini figure dans Ones to Watch depuis 2023, à l’époque où elle portait encore les couleurs de Stikeman.
Ce cas résume assez bien ce qui se joue derrière le nouveau palmarès : la relève se forme… mais elle se recrute aussi.
88 partout!
Notre analyse de la liste québécoise recense 519 avocats distincts, 772 reconnaissances dans 38 domaines de pratique et 77 cabinets.
Vous pouvez consulter le tableau ici.
Au sommet, un duel. Fasken place le plus grand nombre d’avocats : 56. Mais McCarthy Tétrault obtient exactement le même nombre de reconnaissances — 88 — avec seulement 51 avocats.
Derrière eux, Norton Rose Fulbright compte 41 avocats et 69 reconnaissances, puis Stikeman Elliott, 29 avocats et 54 reconnaissances.
À eux seuls, ces quatre gros canons regroupent 177 des 519 avocats à surveiller, soit 34,1 % de la liste. Et ils raflent 38,7 % de toutes les reconnaissances.
Le Québec pèse lourd dans l’ensemble canadien. Ses 519 avocats représentent plus d’un cinquième des 2 394 avocats retenus dans cette sixième édition de Ones to Watch, dévoilée le 3 septembre par Best Lawyers. À l’échelle du pays, la liste couvre 55 domaines de pratique, 24 marchés et 484 cabinets.
Mais au fait, comment devient-on un avocat « à surveiller »?
Best Lawyers présente Ones to Watch comme une reconnaissance destinée aux avocats en début de carrière privée, généralement après quelques années de pratique. Le processus repose sur l’évaluation confidentielle par les pairs, dans les mêmes marchés et les mêmes domaines juridiques. Pour ses éditions 2027, l’éditeur affirme avoir compilé plus d’un million d’évaluations.
Un peu comme un bulletin scolaire… rempli par la concurrence.

Sur le nombre de personnes reconnues, Fasken termine premier, avec 56 avocats.
Mais son avance sur McCarthy tient en grande partie à… Québec.
À Montréal, les deux cabinets sont parfaitement à égalité, avec 45 avocats chacun. À Québec, Fasken en compte 11, contre six pour McCarthy.
Steven Brassard illustre cette profondeur du bureau de Québec.
Admis au Barreau en 2019, diplômé de l’Université Laval, l’avocat du groupe Litige et résolution de différends de Fasken apparaît dans cinq catégories de notre fichier : construction, litige commercial, insolvabilité et restructuration, droit municipal et immobilier.
Son profil est pourtant fortement orienté vers le contentieux. Fraude et détournement de fonds, récupération et gel d’actifs, conflits entre actionnaires, insolvabilité : c’est son terrain de jeu. Il intervient aussi dans des recours extraordinaires comme les ordonnances de sauvegarde, les saisies avant jugement, les injonctions Mareva et les ordonnances Norwich.
Me Brassard possède également une certification en éthique et conformité de HEC Montréal. Et un certificat en rhétorique de l’Université Harvard. Pour un plaideur, ça ne nuit pas!
Cette capacité à faire reconnaître un même avocat dans plusieurs catégories compte beaucoup dans le palmarès.
Fasken domine par exemple les fusions et acquisitions, avec 16 avocats reconnus. Il en place aussi 16 en droit des sociétés, à égalité avec Norton Rose, et neuf en droit du travail et de l’emploi.
La riposte de McCarthy : le litige!

McCarthy obtient ses 88 reconnaissances avec cinq avocats de moins que Fasken.
Comment?
L’une des raisons se trouve du côté des avocats multicartes, reconnus dans plusieurs domaines à la fois.
Outre Anne-Marie Panzini et ses six catégories, deux autres avocats de McCarthy en obtiennent cinq chacun : Samuel Lepage et Catherine Martin.

Il a aussi codirigé, avec son associée Alexandra Cocks, la sixième édition du guide Defending Class Actions in Canada, parue chez LexisNexis à l’automne 2025. Et cette année, Benchmark Litigation l’a retenu parmi les plaideurs canadiens de 40 ans et moins.
Catherine Martin, associée en litige chez McCarthy depuis 2024, obtient elle aussi cinq reconnaissances. Sa pratique recoupe notamment les actions collectives et la responsabilité professionnelle.
Elle a participé à plusieurs dossiers d’actions collectives et fait partie de l’équipe représentant Apple dans un dossier porté devant la Cour suprême du Canada. Son nom figure notamment parmi les avocats d’Apple Canada dans l’action collective visant Apple et Samsung au sujet des radiofréquences émises par les cellulaires — la Cour suprême y a rejeté, en mai 2025, la demande d’autorisation d’appel de Samsung.
Cette force se retrouve dans les chiffres.
En litige commercial et droit des affaires, catégorie la plus importante de toute la liste, McCarthy aligne 22 avocats. Loin devant Fasken (12), Langlois (11) et Norton Rose (10).
Presque le double de son grand rival!
McCarthy mène aussi en droit bancaire et financement, avec huit avocats.
Litige et affaires : la moitié du gâteau
Le palmarès livre aussi une indication claire sur les pratiques qui concentrent la relève reconnue par ses pairs.
Le litige commercial arrive largement premier, avec 164 reconnaissances. Suivent le droit des sociétés (90), les fusions et acquisitions (84), puis le droit du travail et de l’emploi (68).
Ces quatre domaines représentent à eux seuls 52,6 % de toutes les reconnaissances québécoises. Plus de la moitié!
On trouve ensuite le droit bancaire et financement (38), l’immobilier et la construction (37 chacun), puis la fiscalité (28) et la propriété intellectuelle (26).
Ce poids du litige et du droit des affaires n’est pas propre au Québec. À l’échelle canadienne, Best Lawyers indique que les cinq mêmes spécialités — litige commercial, droit des sociétés, travail et emploi, fusions et acquisitions et immobilier — dominent à la fois son palmarès principal et Ones to Watch dans son édition 2027.
Petite particularité québécoise : l’immobilier, dans le top 5 canadien, glisse ici au sixième rang, ex aequo avec la construction et derrière le droit bancaire.
36 cabinets, un seul élu
Le sommet est concentré. Le bas de la liste, beaucoup moins.
Sur les 77 cabinets représentés, 36 ne comptent qu’un seul avocat à surveiller. Quarante et un en ont deux ou moins.
Même les dix premiers cabinets réunis — Fasken, McCarthy, Norton Rose, Stikeman, Langlois, BCF, Lavery, BLG, Osler et Davies — n’accaparent pas toute la liste. Ils regroupent 309 avocats, soit un peu moins de 60 % du total.
Il reste donc plus de 200 avocats — 210, pour être précis — dispersés entre 67 autres structures.
Le phénomène rappelle celui observé chez les avocats de l’année de Best Lawyers, dévoilés en même temps : quatre grands cabinets y raflaient 43,6 % des distinctions, mais 23 des 36 cabinets reconnus n’y plaçaient qu’un seul nom.
Et dans certains créneaux, la spécialisation permet à des cabinets beaucoup plus petits de devancer les grands nationaux.
ROBIC place ainsi neuf avocats en propriété intellectuelle. Neuf sur 26 : plus du tiers de toute la catégorie! Blue HF Legal mène le droit des technologies avec quatre avocats. Latitude Management compte six professionnels reconnus en droit du travail et de l’emploi (voir encadré plus bas).
Deux histoires en une
Le classement raconte donc deux histoires à la fois.
La première : celle de la puissance des grandes plateformes juridiques. Elles disposent d’équipes assez larges pour placer des dizaines de jeunes avocats dans presque toutes les grandes pratiques.
La seconde : celle de spécialistes capables d’occuper une part impressionnante d’un créneau précis.
Entre les deux, le marché de la relève québécoise apparaît fortement concentré à Montréal, dominé par le litige et les transactions, mais assez segmenté pour laisser une place aux cabinets qui ont choisi de miser sur quelques expertises.
Et dans cette course, Fasken et McCarthy arrivent presque côte à côte. L’un possède le plus grand nombre d’avocats à surveiller. L’autre obtient autant de reconnaissances avec une équipe plus petite.
Et Anne-Marie Panzini, dans tout ça?
En février, au moment de faire le saut, elle confiait dans le communiqué de son nouveau cabinet : « Je me réjouis à l’idée de contribuer au succès de l’équipe. »
Promesse tenue. Ses six mentions font partie des 88 de McCarthy.
Sans elle, le cabinet en compterait 82. Et Fasken serait seul en tête.

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