Avocats de l’année : les grands cabinets dominent, les boutiques résistent
Rene Lewandowski
2026-09-08 15:00:55
Quatre cabinets raflent près de la moitié des distinctions québécoises de Best Lawyers. Mais près de deux cabinets lauréats sur trois n’ont qu’un seul nom au tableau…

Julie Chenette a passé près de vingt ans chez McCarthy Tétrault, d’abord comme avocate, puis comme associée en litige, recours collectifs et responsabilité professionnelle. En 2006, elle s’en va fonder sa propre enseigne, Chenette, Boutique de litige.
Vingt ans plus tard, son ancien cabinet place huit lauréats dans la nouvelle cuvée québécoise des « Avocats de l’année » de Best Lawyers. Fasken en aligne dix. Davies Ward Phillips & Vineberg, neuf. Norton Rose Fulbright, sept. Chenette? Une seule distinction. La sienne, en responsabilité professionnelle.
Ce contraste résume assez bien le portrait que dessine le palmarès. Les grands cabinets y occupent une place imposante. Mais les spécialistes et les boutiques, comme celle de la plaideuse, qui représente notamment des professionnels devant les tribunaux civils, le Tribunal des professions et les conseils de discipline, refusent de leur abandonner le terrain.
Notre analyse des données québécoises recense 78 avocats de l’année, répartis dans 62 domaines de pratique et 36 cabinets. Quatre d’entre eux, Fasken, Davies, McCarthy Tétrault et Norton Rose Fulbright, obtiennent à eux seuls 34 distinctions, soit 43,6 % du total. À l’autre bout du classement, 23 cabinets sur 36 n’ont qu’un seul lauréat.
Un rappel s’impose avant d’aller plus loin. « Lawyer of the Year » ne fonctionne pas comme un classement général des cabinets. Best Lawyers décerne le titre à un seul avocat par domaine de pratique et par région métropolitaine, sur la foi des évaluations reçues de ses pairs.
Fasken gagne le Québec, Davies gagne Montréal
Sur le plan comptable, Fasken termine en tête avec dix avocats de l’année : sept dans la région métropolitaine de Montréal, trois à Québec.

Alain Ricard en offre un bon exemple. Distingué en financement structuré à Montréal, l’associé, responsable des pratiques infrastructures et transports de Fasken au Québec, travaille sur des financements de projets, des acquisitions, des titrisations, des restructurations de dette et des opérations liées aux infrastructures. Avant Fasken, il dirigeait le groupe de droit des affaires du bureau montréalais d’un autre grand cabinet.
À Montréal seulement, toutefois, Davies fait encore mieux.
Ses neuf avocats de l’année sont tous montréalais. Le cabinet décroche des titres en droit des sociétés, droit municipal, litiges à enjeux majeurs, droit administratif et public, fiscalité, capital de risque, litige en appel, fonds d’investissement privés, ainsi qu’en diffamation et droit des médias. Le résultat colle au positionnement du cabinet, fortement associé aux transactions complexes et aux litiges lourds.

Franziska Ruf, avocate de l’année en droit des sociétés, incarne le premier volet. Elle conseille des groupes internationaux, des fondateurs, des fonds de capital-investissement et des caisses de retraite dans des opérations nationales et transfrontalières, intervient auprès de conseils d’administration et de comités spéciaux sur des questions de gouvernance, et siège notamment au conseil de Saputo.

McCarthy et Norton Rose complètent le carré de tête
Derrière Fasken et Davies arrivent McCarthy Tétrault, avec huit distinctions, puis Norton Rose Fulbright, avec sept.
Chez McCarthy, le palmarès va du droit immobilier aux produits dérivés, de l’immigration aux fusions et acquisitions, en passant par l’énergie et les technologies de l’information.

Ce dernier titre revient à Charles Morgan, et son profil dit quelque chose du palmarès lui-même : certaines catégories historiques de Best Lawyers recouvrent désormais des enjeux beaucoup plus larges que leur intitulé. Associé à Montréal et coleader du groupe Cyber/Données de McCarthy, Charles Morgan travaille depuis des années sur les questions liées aux technologies, à la protection des données et à l’intelligence artificielle. Il a notamment participé à des travaux internationaux sur la gouvernance responsable de l’IA et conseille des clients sur les politiques, les évaluations d’impact et la gestion des risques liés à ces outils.

Dans cette liste, Sophie Melchers ressort en actions collectives à Montréal. Associée principale du cabinet, elle pratique en litige de sociétés, valeurs mobilières et recours collectifs. Elle a représenté des clients devant les tribunaux québécois et la Cour suprême, notamment dans des dossiers touchant les prises de contrôle, les droits des actionnaires, les enquêtes de l’Autorité des marchés financiers et les recours collectifs. Son tableau de chasse comprend des mandats pour Bombardier, Desjardins, BMO et Hydro-Québec.
Les petits cabinets refusent de disparaître
Un classement dominé à 44 % par quatre cabinets pourrait donner l’impression que le reste du marché ramasse les miettes. Les chiffres racontent une histoire plus nuancée : sur les 36 cabinets qui placent au moins un avocat de l’année, 23 n’en comptent qu’un seul.
On y trouve des bureaux internationaux, comme Dentons, Clyde & Co et Gowling WLG. On y trouve aussi des structures beaucoup plus spécialisées : Chenette, Boutique de litige, Dionne Schulze, Lussier & Khouzam, Brisset Bishop et Pierre Giroux, Avocat.
Retour à Julie Chenette. Son cabinet concentre sa pratique sur quelques créneaux, dont la responsabilité professionnelle, le droit disciplinaire et le droit des médias. La fondatrice a aussi enseigné la procédure et la responsabilité civile à l’École du Barreau. En 2024, la Société des plaideurs lui a remis un prix d’excellence en mentorat.
Sa distinction dit bien la partie qui se joue. Dans un palmarès qui compte 62 catégories, la taille procure un avantage évident : un grand cabinet peut présenter des ténors dans des dizaines de champs. Une boutique spécialisée joue un autre jeu. Elle doit exceller dans un nombre réduit de pratiques.
Que tant de cabinets à un seul lauréat se glissent dans la liste montre que la spécialisation conserve une valeur forte aux yeux des pairs.

Le palmarès raconte aussi les dossiers qui occupent les avocats

Les catégories récompensées offrent une autre lecture. Plusieurs correspondent directement aux secteurs juridiques qui ont pris du poids au cours des dernières années.
La protection des renseignements personnels, d’abord. Chez Osler, François Joli-Coeur est l’avocat de l’année à Montréal en protection des renseignements personnels et sécurité des données. Associé du groupe national Respect de la vie privée et gestion de l’information, il conseille des clients sur la cybersécurité, l’intelligence artificielle, la fintech et les questions réglementaires entourant les données. Il a aussi témoigné devant un comité de la Chambre des communes sur des projets législatifs liés à la vie privée et à l’IA.

Le 2 septembre 2026, Canadian Lawyer l’a placé parmi ses 25 avocats les plus influents au Canada.

L’énergie constitue un autre front. Julie Belley Perron, de McCarthy Tétrault, remporte le titre en réglementation de l’énergie à Montréal. Son travail touche aussi le droit environnemental, les infrastructures et les technologies propres. Cet été, elle faisait partie de l’équipe qui analysait le premier Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques 2026-2050 du Québec.
L’insolvabilité reste également bien présente, avec Jean Legault, de Lavery, à Montréal, et Christian B. Roy, de Norton Rose, à Québec. Jean Legault conseille

Même constat du côté du droit autochtone. Jameela Jeeroburkhan, de Dionne Schulze, obtient le titre montréalais. Elle travaille sur les droits ancestraux et issus de traités, les revendications particulières, la fiscalité des Premières Nations et les négociations entre communautés autochtones, gouvernements et acteurs commerciaux. À Québec, le titre revient à Pierre-Christian Labeau, de Fasken.

Deux marchés dans un même palmarès
Les 78 noms produisent donc un portrait moins simple qu’il n’y paraît.
Oui, les grands cabinets dominent. Fasken, Davies, McCarthy et Norton Rose prennent presque 44 % des titres, et Davies réussit même à placer neuf avocats dans neuf catégories différentes à Montréal.

Et les catégories elles-mêmes déplacent le sens du classement. Le droit des sociétés, le litige et le financement restent fortement représentés. À leurs côtés s’installent la cybersécurité, les technologies financières, les biotechnologies, les données, l’énergie réglementée et des pratiques spécialisées qui auraient jadis occupé beaucoup moins d’espace.

C’est probablement ce que cette liste dit le mieux du marché juridique québécois. La puissance des grands cabinets demeure. La spécialisation, elle, continue de fabriquer ses propres gagnants.
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