La juge Brigitte Gouin voulait « aider »
Citée pour son ton inapproprié lors d’une audience à la Division des petites créances, la juge Brigitte Gouin s’est expliquée devant le Conseil de la magistrature…
Si elle reconnaît avoir un timbre de voix « fort », la juge Brigitte Gouin, de la Division des petites créances, a assuré durant son témoignage devant le Conseil de la magistrature que « tout ce qu’elle a fait » dans le dossier de plainte dont elle fait l’objet, c’était pour « aider » les justiciables devant elle.
La juge Gouin s’est expliqué devant ses pairs mercredi après-midi. Le Conseil de la magistrature se penchait sur une plainte déposée par Maryse Dupré et Jean Benoit Dupré White, qui reprochent à la magistrate d'avoir utilisé un ton « démesuré, inacceptable, intransigeant, impatient et inutilement agressif » à la suite d'audiences tenues à la Division des petites créances en avril et octobre 2022 dans un litige de copropriété.

La juge Gouin a expliqué que le dossier devant elle était particulièrement compliqué et qu’elle avait de la difficulté à le comprendre. « J’ai posé au moins une soixantaine de questions, j’essayais de comprendre c’était quoi la demande, c’était quoi les pièces » à l’appui de celle-ci, a-t-elle exposé lorsque interrogée par son avocat, Me Raymond Doray (Lavery).
Contre interrogée par l’avocate chargée d’assister le Conseil et son Comité d’enquête, Me Emmanuelle Rolland, qui lui demandait si à son avis son ton pouvait laisser entrevoir « de l’impatience ou de l’intransigeance », la juge a assuré que « tout ce que j’ai fait, c'était pour aider, assister les parties pour qu’elles comprennent qu’un fardeau de preuve doit être respecté ». « C’est pas de l’impatience, ça, c’est l’inverse », a dit la magistrate en réitérant que le dossier était « vraiment dans un état compliqué ».
« Je comprends que mon timbre de voix est fort [...], mais j’ai pas hurlé, j’ai pas insulté, j’ai pas critiqué, j’ai pas rabaissé », a souligné la juge.
Selon elle, ce n’est « pas évident » pour les juges qui siègent à la Division des petites créances « parce que c’est nous qui sommes maîtres de la preuve ». « On veut rendre un jugement qui est juste », a exposé la magistrate en rappelant que le rôle d’un juge aux petites créances est « totalement différent » de celui d’un juge qui est « devant des avocats ».
La juge Gouin a déjà été réprimandée par le Conseil de la magistrature en 2022 notamment pour son attitude inappropriée à l’égard d’un autre justiciable, Jean Rochefort. Dans ce dossier, où elle a tenu certains propos sur un ton s'apparentant à ceux tenus devant M. Dupré-White et Mme Dupré, la juge a reconnu que ses comportements n’étaient « pas appropriés ». Mais selon elle, les dossiers Dupré-White et Rochefort sont « totalement différents ». Dans Dupré-White, a-t-elle insisté, ses propos se voulaient « explicatifs ».

Invité à titre de témoin expert pour la juge Gouin, le juge à la retraite Jean-François Keable, qui a siégé plusieurs années dans différents territoires de la Division des petites créances, a expliqué jeudi matin le rôle difficile des juges de cette division.
« Aux petites créances, chaque dossier réserve son lot de surprises, on ne sait jamais ce qui va se produire », a souligné M. Keable, pour qui le rôle des juges aux petites créances est, « sur le plan physique et intellectuel, de loin la tâche la plus épuisante ».
« On devient des spécialistes des maisons mobiles », a-t-il imagé pour illustrer la panoplie de dossiers qu’ils ont à traiter.
Selon lui, les justiciables qui vont aux petites créances « pensent qu’ils sont à Tout le monde en parle ou à Parle, parle, jase, jase », d’où l’importance pour les juges de « garder le contrôle », a-t-il dit.
À son avis, ce que la juge Gouin a fait dans le dossier Dupré-White, c’est « tout ce qu’elle devait faire » dans de pareilles situations.
Au moment de rédiger ces lignes, les parties s’apprêtaient à discuter de la recevabilité de l’entièreté du rapport d'expertise de M. Keable, après quoi elles allaient faire leurs représentations sur le comportement de la juge Gouin et la sanction.
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